Animée par Pr Amany Burhaneddin Lubis, présidente du Conseil indonésien des oulémas pour les Affaires de la femme, de la jeunesse et de la famille

S.M. le Roi, Amir Al Mouminine, préside à Casablanca une nouvelle causerie religieuse du mois sacré du Ramadan

,LE MATIN
17 Juin 2017
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Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Amir Al Mouminine, accompagné de S.A.R. le Prince Moulay Rachid et de S.A. le Prince Moulay Ismaïl, a présidé, samedi au Palais Royal à Casablanca, une nouvelle causerie religieuse du mois sacré du Ramadan. Cette causerie a été animée par Pr Amany Burhaneddin Lubis, présidente du Conseil indonésien des oulémas pour les Affaires de la femme, de la jeunesse et de la famille, sous le thème : L'édification de la civilisation islamique entre genèse avérée et renouveau escompté, à la lumière du verset du Saint Coran : «Il [appartient également] à ceux qui, avant eux, se sont installés dans le pays et dans la foi, qui aiment ceux qui émigrent vers eux, et ne ressentent dans leurs cœurs aucune envie pour ce que [ces immigrés] ont reçu, et qui [les] préfèrent à eux-mêmes, même s'il y a pénurie chez eux. Quiconque se prémunit contre sa propre avarice, ceux-là sont ceux qui réussissent».

La conférencière s'est attelée, de prime abord, à expliquer les significations profondes de ce verset coranique qui évoque des questions liées au modèle civilisationnel et à l’expérience historique singulière ayant fondé la première société islamique, sur le socle de la fraternité entre les Muhajirine (les émigrants) de La Mecque et les Ansar (les partisans) qui les ont accueillis à Médine. Elle a noté à ce propos comment le verset coranique a loué la position formidable des Ansar qui n’ont eu aucun ressentiment à l’égard des émigrants au point de partager avec eux même leurs biens et leurs fortunes. La sagesse éloquente a voulu que les émigrants aient leur part des tributs de guerre du fait qu’ils ont émigré pour faire valoir les principes du changement vers le meilleur, en rejoignant les Ansar qui sont les Aws et les Khazraj, chez qui ils se sont établis dans une terre de foi, pour fonder le noyau de l’Islam et assurer son expansion, a-t-elle indiqué.
Sur les fondements religieux de cette première société islamique, elle a rappelé que la migration du Prophète fut un important point de bascule dans l’Histoire de l’Islam ayant marqué le début de l’édification concrète de l’État à Médine, avec un édifice fondé sur la fraternité et la consécration de la coexistence, aussi bien entre les musulmans qu’avec les autres confessions de Médine, donnant ainsi à voir le meilleur modèle dans l’histoire de l’Humanité. Elle a considéré que la consécration de la fraternité entre les Muhajirine et les Ansar constitue de ce fait la meilleure manifestation de la justice humaine et morale de l’Islam, dès lors que les émigrants ont abandonné derrière eux terres et fortunes, alors que les partisans, des gens aisés par leurs plantations, leurs biens et leurs métiers, ont volé à la rescousse de leurs frères, tant et si bien que nombre de versets coraniques ont magistralement magnifié ce comportement altruiste.

À Médine, les Juifs avaient leur religion comme les musulmans la leur et le Prophète a fait établir «le Document de Médine» pour faire la part des choses entre les musulmans et les autres habitants juifs et païens de Médine, a-t-elle relevé, rappelant qu'à l’initiative du Royaume du Maroc, ce Document a fait l’objet, il y a deux ans, d’un symposium auquel ont pris part des centaines de penseurs, intellectuels et représentants des minorités de par le monde.

Cette rencontre a été couronnée par la «Déclaration de Marrakech» ayant établi que l’Islam, à travers le «Document de Médine», a été précurseur en matière de reconnaissance des droits des minorités, a-t-elle dit. Pour elle, la société islamique, adossée à ces principes fondateurs, s’est très tôt distinguée par deux aspects : le premier est lié au fait que la religion et la charia constituent le socle de tous les autres fondements, et le second consiste à mettre en place des garde-fous pour la préservation et la mise en œuvre desdits fondements.

Parmi les piliers de ce modèle, elle a évoqué l’unicité du Créateur dans toutes les dimensions de la vie sociale et la solidarité entre les membres de la Oumma islamique qui, au-delà des sentiments, requiert assistance et entraide sociale, comportement moral idéal, consultation sur les questions d’intérêt général et attachement aux principes d’équité, de liberté, de tolérance et de vivre-ensemble. Si tous les pays partagent des dénominateurs communs en matière de construction civilisationnelle, il n’empêche que chaque édifice a des particularités propres qui sont conditionnées par la culture de chaque pays, a-t-elle fait observer, notant que les habitants sont le vrai capital des peuples qu’il importe de développer et de préparer dans le cadre d’une responsabilité partagée qui n’incombe pas uniquement au gouvernement, mais qui interpelle aussi les institutions civiles et les organisations religieuses et sociales. Il est vrai que les gens diffèrent entre celui qui défend le patrimoine et qui tend vers la modernisation, celui qui explique les phénomènes avec plus de liberté et celui qui cède à l’extrémisme, mais le défi auquel tout le monde est invariablement confronté demeure la réforme du système éducatif, a-t-elle signalé, considérant que la performance du système actuel est assez réduite pour de nombreuses raisons, dont celle de l’attachement à un régime d’administration centralisée en matière de gestion. À ce propos, elle a soutenu que toute stratégie est avant tout un ensemble de théories qu’il importe de maîtriser et d’assimiler, certes, mais dont les significations doivent être déclinées en fonction des exigences et des possibilités offertes, précisant qu’une administration locale décentralisée dans le domaine éducatif est de nature à créer une émulation saine entre les provinces et à favoriser l’épanouissement multiculturel dans un pays comme l’Indonésie.

Comparant le cas de l’Indonésie justement avec des pays développés comme le Japon voisin, elle a fait remarquer que «la lecture et la recherche scientifique demeurent, chez nous comme chez les peuples musulmans en général, assez limitées». Selon elle, cet état de fait constitue le frein majeur à tout développement du système éducatif qui doit être accompagné d’un changement des mentalités et d’une inversion des habitudes pouvant adapter les gens à l’intensité du travail et au rejet de l’oisiveté, pour couper court à cette tendance à la victimisation. Car, a-t-elle expliqué, l’éducation est éminemment une opération de transfert de connaissances, de valeurs et de culture qui cherche à investir dans les ressources humaines, d’où l’importance d’accorder tout l’intérêt nécessaire à cet investissement, dont les résultats ne seront palpables qu’au bout d’une vingtaine d’années à venir.

À cet égard, elle a rappelé que le Prophète Sidna Mohammed a entamé la même opération lorsqu’Il a jeté les graines de l’éducation pendant 23 ans au sein de la nation arabe, notant que certains fruits de cet investissement de longue haleine n’ont été visibles qu’à l’époque des Califes. Sur l’impératif du renouveau, une donnée immanente à la vie sociale, elle a relevé que la religion est au fond une jonction entre la dimension intemporelle et spirituelle et une réalité conjoncturelle et matérielle, considérant que si le modèle fondateur de la religion a balisé le terrain pour l’adoration du Créateur, le changement des situations psychologiques, culturelles, sociales et matérielles exige une action et une exégèse permanentes pour le renouvellement de ce modèle, en vue de combler le fossé entre le texte céleste et intemporel et la réalité humaine de nature versatile et variable. Elle a noté que certains minimisent le rôle de la religion dans la stratégie de développement, mais l’Histoire a clairement démontré son apport déterminant à la création des civilisations, comme en témoigne l’Histoire de l’Islam, une religion qui a fondamentalement métamorphosé la société antéislamique et non civilisée de la péninsule arabique en une société pionnière dans la création de la civilisation.

Car, a-t-elle ajouté, la civilisation n’est autre que cette symbiose entre l’Homme, la pensée et la fortune, et c’est à ce titre que la religion a permis la création de la civilisation, selon un programme, une idée, une théorie préalable à l’élaboration d’une feuille de route vers la civilisation. Pour la conférencière, «nos sociétés musulmanes sont minées de l’intérieur par la domination de pensées et de thèses introverties, vieilles et désuètes et héritées des années de décadence intellectuelle et politique, au moment où le monde a besoin d’élargir l’espace de la critique des concepts et des idées et d’asseoir le principe de l’ouverture sur l’autre».
Revenant sur la coopération et le partenariat, elle a cité les vertus de la coopération et de la solidarité comme étant des valeurs immanentes à l’Islam, conformément au verset coranique «Entraidez-vous dans l’accomplissement des bonnes œuvres et de la piété et ne vous entraidez pas dans le péché et la transgression». Selon elle, l’Islam a appelé à l’entraide sous toutes ses formes et les versets coraniques comme les traditions prophétiques ont constamment souligné l’importance de doter la nation d’une stratégie qui s’articule autour de quatre paramètres fondamentaux, en l’occurrence l’entraide défensive, l’action coopérative et associative, la sécurité sociale et les droits des minorités. Elle a estimé que l’entraide défensive suppose la coopération entre les pays musulmans pour défendre leurs terres et leurs habitants pour les assurer de l’importance d’une stratégie sécuritaire, dont l’existence dépend d’un plan qui fait valoir la paix et la sécurité, sur les plans national et international.

À cet égard, elle a signalé que la lutte contre la criminalité est devenue une politique au sens plein du terme faisant intervenir la police, les services compétents de l’État avec le soutien des individus et de la société, selon une vision profonde et globale destinée à résorber les problèmes et à régler les différends. Sur la coopération associative, elle a rappelé le comportement louable des Ansar à l’égard des Mouhajirine, soutenant que cette méthode authentique de l’Islam devrait servir de base pour les associations coopératives dans chaque pays musulman où elles devraient, dans le cadre de la loi, collecter les fonds, les faire fructifier et les distribuer aux pauvres, aux orphelins et aux veuves. S’agissant de la sécurité sociale, elle a fait observer que les organisations sociales modernes mettent au point des mesures et des lois pour sa promotion, au moment où les musulmans ont dans leur religion des bases qui permettent la réalisation de cette entraide sociale qui englobe aussi bien les musulmans que les non-musulmans.

Dans ce sens, elle a mis l’accent sur l’impératif d’inclure cette dimension de la sécurité sociale en tant que composante essentielle de la stratégie de la renaissance du monde musulman où l’État et la société devraient coopérer pour prendre en charge les pauvres, aider les malades, les vieux et les invalides, rappelant au passage que c’est précisément dans cette optique que s’inscrit l’obligation de la Zakat en tant que cinquième pilier de l’Islam.

Concernant le droit des minorités, elle a indiqué que c’est un droit consacré en Indonésie par la Constitution de 1945 et qu’il n’y a aucune difficulté technique ou politique à connaître le nombre des confessions religieuses, qu’elles soient islamiques ou autres. Néanmoins, a-t-elle ajouté, l’Islam a de nos jours une présence culturelle intellectuelle dans la vie sociale et politique de nombre de pays de par le monde, tant et si bien que certains parlent d’un Islam de la diaspora, notant que ces minorités ont établi leurs écoles islamiques d’enseignement publique et des institutions universitaires et postuniversitaires, de telle sorte à ce qu’elles puissent s’intégrer dans les pays d’accueil. Elle a par ailleurs souligné l’importance pour les musulmans de diagnostiquer leurs problèmes et d’imaginer les solutions les plus idoines à leurs maux, notamment à travers la prise en compte des transformations profondes qui traversent leurs sociétés et des interactions qui s’y opèrent. À l’issue de cette causerie, S.M. le Roi a été salué par Ibrahim Yacouba, ministre des Affaires étrangères, de la coopération, de l'intégration africaine et des Nigériens de l'extérieur dans le gouvernement du Niger, Mohamed Ahmed Mohamed Hussein, Grand Mufti d’Al-Qods et de Palestine, Kaïs Ben mohamed Al Sheikh Moubarak, professeur à l’Université Roi Faysal et membre de l’Instance des grands oulémas (Arabie saoudite), Cheikh Madani Mountaga Tall, membre de la Ligue des oulémas de l’Islam (Sénégal), Yasin Dutton, professeur à l’Université Johannesburg-Cape Town (Afrique du Sud), Thierno Hady Oumar Thiam, membre du Conseil fédéral national des adeptes de la Tariqa Tijaniya et membre de la section de la Fondation Mohammed VI des oulémas africains (Mali), et Mohamed Ghazali Omar Jinki, président du Conseil national de la fatwa et des recherches scientifiques et membre de la section de la Fondation Mohammed VI des oulémas africains (Guinée-Conakry). Le Souverain a également été salué par Hamidou Tahar, enseignant des sciences religieuses et membre de la section de la Fondation Mohammed VI des oulémas africains (Cameroun), Tcherno Embalo, président du Conseil supérieur des affaires islamiques de Guinée-Bissau et membres de la section de la Fondation Mohammed VI des oulémas africains, Cheikh Mohamed Mahmoud Ben Al Khalifa Al Mourabit, un des oulémas de Mauritanie, Mohamed Daoud Ben Kassem, membre du Conseil supérieur des affaires islamiques du Cambodge, Ramael Jizatouline, doyen de la Faculté des sciences islamiques à l’Université islamique de Russie, et Daoud Abdelmajid Elikhia, directeur-fondateur du Centre Nour Al Islam de l'enseignement arabo-islamique de Lagos. 





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