Éditorial

La balle est dans le camp d’Alger

Par Omar Dahbi,LE MATIN
19 October 2014 - 15:33

La nouvelle provocation venue du côté algérien relève indéniablement de l’irresponsabilité politique, de l’immaturité stratégique et de l’insouciance sociale.
Irresponsabilité politique, car un acte pareil suppose plusieurs risques de dérapages en cascade qui peuvent conduire d’une manière instantanée et inattendue à une situation incontrôlable de part et d’autre. Un État responsable assumant honnêtement son rôle dans la préservation de la sécurité et de la stabilité de son environnement interne et externe ne saurait entériner de tels actes. Il devrait réagir avec la fermeté qui se doit dans une telle situation pour pousser ses gardes-frontières à se conformer à la loi, d’abord, et au respect du bon voisinage ensuite.

L’immaturité stratégique, elle, émane du fait que l’on tolère des actes de provocation à l’encontre d’un voisin avec qui on partage, au moins, un devenir commun, en courant le risque de compromettre l’avenir, et ce pour plusieurs générations. Ce qui est grave. Car cela signifie que celui qui dessine l’avenir de ce pays frère qu’est l’Algérie a tendance à oublier que le premier paramètre que l’on prend en considération au moment de faire de la géostratégie, que ce soit à court, moyen ou long terme, pour un État, est la quiétude et la sécurité des citoyens. Et, de ce fait, n’importe quel État qui se respecte réagit avec la fermeté nécessaire vis-à-vis de tout acte individuel de ses agents qui mettrait en péril ce paramètre. Toutefois, et quand on se rappelle du fait qu’en février dernier, des gardes-frontières algériens s’étaient permis de tirer une rafale de balles contre un poste de gardes-frontières marocains et que le gouvernement de leur pays n’avait pris aucune mesure de sanction à leur encontre, on est en droit de s’interroger si le paramètre de sécurité figure, lui, en tête des priorités des stratèges algériens. Si ce n’est pas le cas, il est clair que nous sommes face à un cas d’immaturité stratégique.

Pour ce qui est de l’insouciance sociale, il est clair aujourd’hui qu’il existe une volonté du côté de notre voisin de l’Est de créer une sorte de fracture entre les deux peuples frères, en général, et entre les populations vivant de part et d’autre des frontières, en particulier. On crée de l’animosité, on la provoque, on l’attise, et on essaye, quel qu’en soit le prix, de faire en sorte que des populations ayant toujours entretenu des liens familiaux, des liens de solidarité, des liens de complicité dans la lutte contre le colonisateur, soient séparées, dressées l’une contre l’autre. Ce qui n’arrivera jamais malgré la séparation forcée de familles entières pendant des décennies à cause de la fermeture des frontières et malgré toutes les campagnes de désinformation menées par la presse algérienne stigmatisant le citoyen marocain et le présentant comme un ennemi à abattre. Tout cela ne relève-t-il pas de l’insouciance sociale ? La réponse est indéniablement oui.

Cela dit, il est légitime de s’interroger sur ce que cherche l’Algérie. Aujourd’hui, le fait est là : le sang marocain a coulé à cause d’un tir irresponsable de la part d’un garde-frontière algérien. Quelles mesures l’État algérien va-t-il prendre pour réparer cette atteinte à la vie, à la quiétude, et à la sécurité de citoyens marocains que l’on ne cesse de qualifier de frères dans les messages officiels et d’ennemis à abattre dans les médias officieux ? La balle est dans le camp d’Alger.







E-MATIN
Feuilletez LEMATIN
comme si vous le teniez
entre les mains

L'édition du
21 Janvier 2017
est maintenant disponible
pour les abonnés