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État des lieux du divorce au Maroc

,LE MATIN
24 Février 2016
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Se basant sur l’étude des dossiers des divorces du tribunal de la famille et sur des récits de personnes divorcées, l'ouvrage de la sociologue Touria Houssam, «Divorcé(e) : le devenir et le vivre», permet de mieux comprendre les relations de couples et les principales raisons du divorce au Maroc.

Depuis une dizaine d’années, les cas de divorce ont sensiblement augmenté au Maroc. Hommes et femmes formulent plus facilement leur demande pour mettre un terme à leur relation pour des raisons différentes. Afin de mieux cerner ce sujet, le Centre des études sur la famille et de recherches sur les valeurs et les lois vient de publier un livre intitulé «Divorcé(e) : le devenir et le vivre», présenté dans le cadre de la 22e édition du Salon international de l'édition et du livre (SIEL) qui s’est tenu du 12 au 21 février. «Le Code de la famille de 2004 a pour objectif d’instaurer de nouvelles relations entre les époux basées sur la concertation et le partage de la responsabilité. Toutefois, son application ne s’est pas accompagnée d’un changement de perception quant aux personnes divorcées.

Ce livre part de ce constat et se base sur l’étude des dossiers des divorces du tribunal de la famille et sur des récits des personnes divorcées (hommes et femmes) à Casablanca. Il contribue à la compréhension de quelques éléments sur le sujet du divorce», souligne Touria Houssam, auteure du livre et docteur en sociologie. Et de poursuivre : «L’analyse des données quantitatives à partir des dossiers permet l’étude des caractéristiques des divorces et des personnes divorcées, des années suivant l’application du nouveau Code de la famille. L’analyse qualitative des entretiens avec les personnes divorcées permet, quant à elle, d’approfondir l’étude des causes du divorce et de relever les représentations sociales différenciées sur les hommes et les femmes divorcées qui sont à l’origine de la stigmatisation de ces personnes surtout dans le cas des femmes divorcées».

D’après son auteure, cet ouvrage s’adresse aux chercheurs qui travaillent sur la sociologie de la famille et ceux qui s’intéressent à la sociologie du divorce, mais aussi à toute personne qui veut avoir des données sur le divorce, qui veut comprendre les raisons y qui mènent dans le contexte casablancais et qui veut connaître les représentations sociales sur l’homme et la femme divorcés avec toute la différence qu’il y a entre les deux sexes. «À travers ce livre, les personnes divorcées peuvent se retrouver dans les récits des interviewés, avoir une vue d’ensemble sur le divorce qu’elles ont vécu et comprendre que le problème est dans les représentations sociales et dépasser la stigmatisation à laquelle elles sont confrontées. Pour les personnes qui sont en cours de divorce, le livre peut aider à savoir ce à quoi la personne peut être confrontée et à mieux se préparer à l’après-divorce. Et pour les personnes mariées, il leur permettra de comprendre pour mieux gérer les relations de couple et les relations familiales pour éviter la séparation», affirme Touria Houssam. 


Questions à Touria Houssam, auteure du livre «Divorcé(e) : le devenir et le vivre» et docteure en sociologie

«La société marocaine continue à stigmatiser les divorcés, surtout les femmes»

Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?
Je m’intéresse beaucoup à la famille et aux changements qui l’affectent, c’est pour cela que j’ai choisi de travailler sur le divorce pour ma thèse de doctorat en sociologie que j’ai soutenue en mars 2014. Le livre représente d’ailleurs une partie de cette thèse. Aussi, la littérature sociologique sur le divorce manque au Maroc. C’est un champ fertile qui a besoin de beaucoup de travaux de recherche.

Pensez-vous que le divorce est toujours un sujet tabou au Maroc ?
Non, sincèrement je pense que cela commence à changer. Dans une partie que je n’ai pas encore publiée, les résultats montrent que le divorce n’est pas toujours mal vécu. Il peut même parfois constituer un nouveau départ pour la personne divorcée, voire une bonne motivation d’épanouissement au niveau personnel et professionnel, mais bien sûr dans des contextes précis et avec des facteurs déterminés. En revanche, ce qui relève encore du tabou, c’est ce qui est en lien avec les représentations sociales sur les personnes divorcées. La société marocaine continue à les stigmatiser et à ne pas accepter ce statut social dans la famille et dans l’entourage.

D’après vous, quelles sont les principales raisons du divorce au Maroc ?
Ces causes sont tirées à partir des dossiers du tribunal de la famille. La cause la plus citée pour demander le divorce est la mésentente, elle représente 69,5% des cas. Le défaut d’entretien, révélé dans 31,4% des cas, représente la deuxième cause importante. La violence représente 21% des cas. Il s’agit surtout de violence verbale ou physique. L’absence prolongée du mari du foyer conjugal représente un pourcentage de 13,7%. La non-disponibilité d’un foyer conjugal, qui représente un pourcentage de 8,9%, concerne les couples qui n’avaient pas de domicile indépendant. Le préjudice en tant que cause représente un pourcentage de 7,9%. Les autres causes de divorce citées sont relativement moins importantes. On peut en citer quelques-unes : mettre l'épouse à la porte (6% des cas), l’épouse sort sans permission (5,1%), l’épouse est stérile (4,8% des cas) et l’épouse quitte le foyer (3,2% des cas).





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