Green financing, effet de mode ou tendance de fond ?

N.A.,LE MATIN
29 November 2016 - 17:06
Green-financing-.jpg Contrairement aux financements classiques dont la seule finalité est la satisfaction du niveau de rendement exigé par les investisseurs et les marchés financiers indépendamment du secteur d’activité, les financements verts ou socialement responsables exigent davantage de transparence dans l’usage des fonds collectés.

La mutation vers des économies respectueuses de leur environnement écologique et social restera lettre morte sans la mise en place d’une nouvelle gamme de produits financiers à même d’accompagner le mouvement. Le secteur financier jouera ainsi un rôle moteur dans le financement de projets d’investissement dans la «green economy» et des projets socialement responsables. Ces initiatives seront portées par une nouvelle génération de managers formés et éduqués aux enjeux environnementaux. La première vague de financements verts a déjà fait son apparition dans les marchés financiers. En quoi consiste-t-elle ?

Un début récent La première émission de titres de dettes dits «verts» a été réalisée en juin 2007 par la Banque européenne d’investissement (BEI). Cette première émission obligataire verte a permis de lever 600 millions d’euros, à maturité de 5 ans et une garantie du capital à l’échéance, bien que sa performance ait été basée sur un indice de type actions, en l’occurrence, le «FTSE Good Environmental Leaders Europe 40». Jusqu'en 2012, ces émissions sont restées limitées aux grandes institutions financières internationales. À partir de 2013, on a assisté à leur élargissement au secteur privé et en 2014, le marché a été structuré et son fonctionnement normalisé. Ainsi, on a vu l’arrivée de grands noms des marchés des capitaux (HSBC, Bank of America – Merrill Lynch, etc.), la normalisation des processus d’investissement dans le «green», à travers l’établissement de guidelines propres «Green Bond Principles», la création d’une organisation à but non lucratif dédiée «The Climate Bond Initiative», la formalisation de l’usage des fonds (use of proceeds), l’organisation des contrôles externes de l’allocation des capitaux (mandats aux cabinets d'audit), la formalisation des critères d’évaluation de l’éligibilité des projets et la mise en place de reporting et de communication financière aux investisseurs. Ces initiatives adoptées par la plupart des acteurs augurent d’une certaine maturité du marché, qui dépasse les effets d’annonces. Compte tenu du potentiel de développement des «obligations vertes» et de la confiance des opérateurs dans leur liquidité future, une consultation a été lancée en juillet 2014 pour la réalisation d’un indice obligataire «Green Bond». En 2016, à l’occasion de la COP 22 organisée par le Maroc, plusieurs banques marocaines ont émis des obligations vertes.

Un fonctionnement alliant rentabilité et éthique

Les financements verts ou socialement responsables sont des produits financiers dont le fonctionnement est normal (similaire aux produits classiques), mais dont la destination est écologiquement ou socialement responsable. Ce type de financements, en Dettes ou en Capitaux propres, consiste en la levée de fonds auprès de divers investisseurs, en vue de financer des projets comportant une dimension environnementale. Les projets qu’on qualifie de «verts» et à même d’être financés par ce type d’instruments couvrent un éventail très large de domaines. Il peut s’agir des projets globaux d’adaptation aux changements climatiques et d’atténuation de leurs effets sur certaines industries ou dans le domaine agricole. Ils peuvent concerner des projets d’efficacité énergétique et d’investissement dans des sources alternatives aux énergies fossiles, telles que le solaire ou l’éolien, aussi bien dans la production que dans la distribution selon les nouvelles règles strictes de respect de l’environnement.
Les capitaux sont levés directement par les porteurs de projets eux-mêmes ou sont structurés dans des OPCVM dédiés. Dans le cas des «green bonds», les obligations émises par les banques ne servent pas à financer une entreprise en particulier, mais une collection de projets dits «verts». D’autres acteurs peuvent être des émetteurs de financements verts, tels que les gouvernements ou les institutions financières internationales.

Contrairement aux financements classiques dont la seule finalité est la satisfaction du niveau de rendement exigé par les investisseurs et les marchés financiers indépendamment du secteur d’activité, les financements verts ou socialement responsables exigent davantage de transparence dans l’usage des fonds collectés. Leur affectation n’est pas soumise aux seules contraintes traditionnelles de la rentabilité et du risque, mais ils intègrent également des soucis de développement durable. D’où un contrôle rigoureux de l’usage des capitaux collectés. Cette transparence peut être garantie par l’émetteur lui-même ou contrôlée par des organes spécifiques qui en sont indépendants. Ce contrôle vise, comme exposé précédemment, à s’assurer que les fonds collectés servent bien à financer des projets verts ou socialement responsables. Cette exigence de transparence renforce l’attrait de ces nouveaux produits auprès des marchés financiers. Traditionnellement, les investisseurs dans ce type de produits étaient principalement les institutionnels qui pouvaient les concevoir, ou du moins en comprendre plus aisément le fonctionnement, mais ayant gagné en popularité et en vulgarisation, ces instruments intéressent aujourd’hui également les particuliers. Cet intérêt trouve sa source aussi bien dans des considérations éthiques de la part de ces investisseurs (qui veulent laisser à leurs enfants un monde propre) que dans l’atteinte d’objectifs financiers de rentabilité et de diversification du portefeuille. En effet, en dépit de leur souci de l’environnement et de la responsabilité sociale des entreprises, ces investisseurs sont aussi à la recherche de placements rémunérateurs.

Des perspectives prometteuses

Bien que les offres de produits financiers classiques soient abondantes et que le concept de financements verts ou socialement responsables soit encore jeune, les possibilités de développement de ce segment de la finance sont importantes et bien réelles. En effet, les projets «green» économiquement viables sont de plus en plus nombreux, ce qui ne manquera pas d’attirer de nouveaux acteurs à ce marché qui se structure et se professionnalise à grande vitesse.

Ces projets sont portés aussi bien par des opérateurs privés que par des États cherchant à se positionner comme leaders dans la nouvelle «green economy» et à réduire leur dépendance énergétique (devenue un enjeu géostratégique majeur). Tous les ingrédients sont donc réunis pour faire de ce segment de la finance une belle opportunité de croissance, tant pour les investisseurs que pour les entrepreneurs.







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