L'Offshoring, une opportunité au milieu de multiples contraintes

N.A.,LE MATIN
29 December 2016 - 16:34
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L’art de diriger une entreprise est de dégager un compromis parmi des options irréconciliables et de tenter de satisfaire des parties prenantes aux objectifs parfois diamétralement opposés. Ainsi pour que l’actionnaire maximise ses profits, il faut exercer une pression à la baisse sur la rémunération du personnel et à la hausse sur les prix payés par les clients. Mais vient un moment où, seul, le dirigeant doit trancher et prendre des mesures impopulaires dans l’intérêt de l’entreprise. L’Offshoring en fait partie.

Prendre la décision d’envoyer une partie du processus de production outre-mer n’est ni facile à vendre à ses partenaires, ni à mettre en œuvre. Et pourtant, l’avenir d’une entreprise peut en dépendre, car il ne suffit pas de prendre la résolution de «sortir» de l’entreprise une partie d’elle-même, mais il faut le faire au bon moment, avec les bons processus et accompagnée par les meilleurs partenaires. Une telle combinaison est difficile à réussir, tant les paramètres inconnus sont nombreux et les contraintes à gérer son multiples.

Des clients voulant toujours plus, en payant moins
La première pression en faveur de la délocalisation est celle exercée par les clients, désormais habitués à des produits de plus en plus sophistiqués, à des prix résolument plus bas. Dans ce contexte, les entreprises européennes et américaines (premières donneuses d’ordres) verraient leurs parts de marchés fondre comme neige au soleil, si elles faisaient supporter à leurs clients les coûts salariaux (salaires et charges sociales) de leurs pays. D’autant plus que les écarts de productivité (rapport entre quantité produite et coûts salariaux) entre pays développés et pays émergents tendent à se rejoindre, du fait des progrès de formation accomplis par certains pays, hier encore, qualifiés de sous-développés. À titre d’illustration, si on devait produire les smartphones, fabriqués aujourd’hui en Chine, par la Belgique, on les payerait à un multiple de leurs prix actuels.

Des actionnaires obnubilés par la création de valeur
La deuxième pression est celle émanant des actionnaires, cherchant toujours à maximiser leurs capitaux investis dans une entreprise. Le management est par conséquent soumis à des exigences élevées, en termes de maximisation du profit, qui passerait immanquablement par une réduction des coûts, dont l’Offshoring est l’un des instruments les plus radicaux, car présentant des résultats éprouvés. Il ne viendrait, en effet, à l’esprit d’aucun manager avisé de payer un agent de saisie à 1.300 euros, quand le même travail peut être accompli à 300 euros, à quelques heures de vol du pays du donneur d’ordre avec en prime des législations de travail largement plus souples.

Des concurrents aux aguets
La troisième pression est celle de la concurrence qui, une fois arrivant à produire moins cher que l’entreprise, peut l’attaquer par l’arme suprême de la guerre des prix et donc la pousser hors du marché. Ainsi, l’insolente compétitivité de l’industrie automobile allemande s’explique en grande partie par le réseau de sous-traitants qu’elle a réussi à mettre en place dans des pays à bas coûts évoluant dans son giron, posant ainsi de grandes difficultés à ses concurrents ayant pris les mêmes décisions, mais plus tardivement. Dans certaines industries, il ne s’agit plus d’une décision de nature à augmenter les profits des actionnaires, mais d’un acte de survie où tout retard accélère la descente de l’entreprise vers la faillite.

Des administrateurs sceptiques
Bien qu’ils soient les représentants des actionnaires au sein des conseils d’administration, et donc censés défendre toute décision de nature à augmenter leurs profits, les administrateurs sont étonnement sceptiques et prudents quant à autoriser le management à entreprendre l’aventure de l’Offshoring. En effet, la décision est porteuse de beaucoup de risques, ne la réduisant pas uniquement à une question d’économies, tant le processus est difficilement réversible ; et toute erreur de mise en œuvre peut signifier de grandes difficultés pour l’entreprise, surtout si la délocalisation porte sur des processus clés. La principale erreur redoutée par les organes de gouvernance est le mauvais choix des partenaires locaux auprès desquels l’entreprise sous-traiterait ses processus ; et la protection de ses secrets industriels de fabrication, constituant son fonds de commerce. Il est, en effet, plus facile pour un concurrent d’espionner un sous-traitant que le fabricant lui-même.

Des salariés angoissés
La perspective bien réelle de perdre son emploi au bénéfice d’un travailleur dans un pays étranger est traumatisante pour un salarié américain ou européen. Il est donc compréhensible que les syndicats soient parmi les plus farouches opposants à toute entreprise de délocalisation et y font face par des affrontements parfois violents avec les managers. Et pour cause, ils en sont souvent les victimes les plus touchées, car au-delà de la perte de leur travail, c’est leur employabilité et leur reconversion qui sont problématiques. La fermeture et le déplacement d’usines entières vers des pays à bas coûts a accéléré la décadence de régions entières, autrefois fleurons de l’industrie de leurs pays et a laissé sur le carreau des milliers de salariés sans perspectives.
Des pouvoirs publics farouchement opposés 

Bien plus que la perte d’emplois et des recettes fiscales, l’Offshoring devient un cauchemar pour les responsables politiques, car en délocalisant, c’est une partie du savoir-faire industriel du pays qui est en jeu. Le transfert de technologie est loin de n’être que l’affaire de l’entreprise elle-même. En effet, derrière toute avancée scientifique dont elle bénéficie, c’est toute la communauté qui a financé par ses impôts, la formation des cadres et a investi dans la recherche et développement, pour produire ces cerveaux à l’origine des innovations que l’entreprise vend et transforme en profits. Sur le plan politique, la détresse des citoyens à l’idée de perdre leurs emplois les pousse dans les bras des mouvements politiques extrémistes qui leur promettent d’arrêter le mouvement et de faire revenir les emplois dans le pays. Elle est même à l’origine des sentiments de xénophobie grandissants en occident. 







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