Maroc–Nigeria

Les prémices d’un axe de développement et de stabilité

Bouchra Rahmouni Benhida*,LE MATIN
08 December 2016 - 17:10

La coopération Sud-Sud initiée depuis plus de dix ans, sous le leadership de Sa Majesté le Roi, est marquée par une approche collaborative innovante, agissante et performante, sur la base d’une vision intégrée reposant sur deux piliers : la pertinence des projets et la profondeur de champ.

La perception de l’espace africain par le Maroc diffère totalement de celle d’autres pays, qu’ils soient développés ou émergents. Au moment où, pour beaucoup d’acteurs, l’Afrique est un continent dont la valeur est liée à la richesse de son sol et de son sous-sol, la perception de la valeur du territoire africain par le Maroc est fondée sur la proximité en termes de partage d’un destin commun et sur la dimension identitaire. Quand d’autres sont tentés de projeter leur vision du monde sur l’Afrique, le Maroc utilise son identité africaine pour parler de cœur à cœur avec ses frères et discuter des problèmes. Cela semble être en partie à l'ordre du jour des visites de Sa Majesté Mohammed VI en Afrique qui s'inscrivent dans une dimension régionale.

La coopération Sud-Sud initiée en Afrique, depuis plus de dix ans, sous le leadership de Sa Majesté le Roi révèle une coopération Sud-Sud innovante, agissante et performante sur la base d’une vision intégrée reposant sur deux piliers : la pertinence des projets et la profondeur de champ.
Cette dernière est fondée sur le déploiement de stratégies par sous-régions, basées sur une très bonne connaissance du territoire et sur la capture du moindre détail afin d’éviter toute dispersion des efforts, de façon à atteindre des résultats performants sur tous les plans, social, humain, écologique et économique. C’est ce qui pourrait expliquer pourquoi le Maroc a commencé par coopérer davantage avec l’Afrique de l’Ouest en premier, afin de mettre en valeur tous les atouts de cette partie de l’Afrique, avant d’approfondir le même type de coopération avec d’autres sous-régions africaines.

Alors que d’autres pays pourraient voir seulement certaines parties avantageuses du continent, le Maroc adopte une vision holistique et globale. Alors que d’autres pays pourraient uniquement viser le court terme, le Maroc s’intéresse au moyen et au long terme et progresse dans le temps pour atteindre des réalisations stables et durables. Il n’y a pas là un désir d’hégémonie, mais bien une prise de conscience de la nécessité d’une collaboration solide et durable entre les pays du continent. C’est d’ailleurs ce qu’a très bien exprimé Sa Majesté le Roi Mohammed VI dans ce passage tiré du discours prononcé à Abidjan : «La crédibilité veut que les richesses de notre continent bénéficient, en premier lieu, aux peuples africains. Cela suppose que la coopération Sud-Sud soit au cœur de leurs partenariats économiques (…) accompagnée par une action crédible et un engagement constant». Ce passage exprime clairement la volonté du Maroc de contribuer efficacement à la construction d’une Afrique «fière», «battante» et «courageuse» qui se fait confiance et qui met tout en œuvre pour la réussite de tous ses fils. Plus d’un expert considère que le discours d’Abidjan est une feuille de route pour l’émergence du continent.
Le Maroc s’érige, aussi bien par les propos que par les actions, en un défenseur et promoteur sincère, efficace et efficient des intérêts des peuples africains. Ainsi, en cette fin d’année, après la Tanzanie, le Rwanda, l’Éthiopie et Madagascar, le Souverain s’est rendu la semaine dernière au Nigeria. Il s’agit là de l’expression, au plus haut niveau, de la volonté du Maroc de diversifier ses partenariats en Afrique et d’étendre le modèle de coopération Sud-Sud qu’il a initié depuis plus d’une décennie.

Au menu de cette visite, la sécurité alimentaire en Afrique. En effet, le continent doit absolument moderniser son agriculture, car les terres arables seront moins nombreuses et les zones en stress hydriques beaucoup plus étendues. L’usine de fabrication d’engrais au Nigeria, la première alliance du genre, ne manquera pas de développer le marché des engrais au Nigeria et d’impacter le secteur agro-industriel en Afrique de l’Ouest, puisqu’il s’agit du plus grand projet de l’OCP en dehors du Maroc.

Fondé sur les complémentarités, les synergies durables et les approches inclusives, un autre projet encore plus structurant a été initié, il s’agit du lancement conjoint par le Maroc et le Nigeria du gazoduc Afrique-Europe. Ce projet jouera un rôle capital dans l’intégration régionale qui se renforcera à travers l’émergence de pôles industriels intégrés, notamment l’agroalimentaire, le tourisme et la production d’engrais. Ce qui fait de la politique africaine du Maroc une stratégie holiste, dynamique et spécifique qui cherche à répondre aux besoins d’un continent dont la population va doubler pour atteindre les 2,4 milliards dès le milieu du siècle et 4,2 milliards en 2100. Cette explosion démographique est synonyme de l’importance que prendront les besoins en infrastructure et en alimentation dans les 40 à 50 prochaines années.

Sur le plan sécuritaire, le Maroc est un acteur stratégique qu’il convient de solliciter davantage pour la lutte contre le terrorisme et le crime organisé, aussi bien à travers ses services de renseignements performants qu’à travers son armée bien classée au niveau régional. Le rapprochement entre Rabat et Abuja devrait également se faire à ce niveau, d'autant plus que le Nigeria fait face depuis plusieurs années aux actes de terrorisme perpétrés par Boko Haram.
Le champ religieux est également de mise dans la coopération maroco-nigériane, aussi bien en matière de restructuration du champ qu’en matière de formation des imams à «un islam modéré» contre la radicalisation et l’extrémisme.
Dans ce registre, le Royaume est devenu la référence. L’expérience marocaine est d’ailleurs saluée à travers le monde et constitue un atout majeur dans sa diplomatie. Cette dernière peut s’appuyer davantage sur la religion, puisque le Nigeria compte une importante communauté musulmane, parmi laquelle on compte les membres de la Tariqa Tijania, dont on recense quelque cinquante millions de disciples.

Quels que soient les pays où les sous-régions du continent, le Maroc dispose d’une vision claire, honnête et précise et de projets correctement construits qui répondent aux attentes des peuples africains. Une vision qui démontre également la détermination du Maroc à accompagner le continent dans ses efforts de réforme dans le cadre d’une coopération Sud-Sud fructueuse et mutuellement avantageuse qui capitalise sur les complémentarités des deux pays. Le Royaume dispose, en effet, d’une certaine expérience économique, sociale, écologique et militaire qui mérite d’être exploitée. Cela est d’autant plus vrai que le Royaume fait la démarche de rencontrer les pays du continent pour leur proposer ses services et sa vision du développement avec comme principal objectif la construction de la nouvelle Afrique. 


Le Maroc : un pays phare dans la résolution des équations sécuritaires

Visionnaire et innovant, fort de ses liens étroits avec les pays du Conseil de coopération du Golfe, l’Union européenne et les États-Unis, d’une part, et de ses liens économiques et historiques avec l’Afrique de l’Ouest, d'autre part, le Royaume a plusieurs atouts pour être un pilier dans la région et pour jouer le rôle de hub d’une coopération interafricaine contre l’extrémisme violent, ouverte sur l’Europe, l’Amérique et le Moyen-Orient. La lutte contre le djihadisme est pluridimensionnelle. Il s’agit d’une lutte contre le désarroi, la précarité, le désœuvrement et l’exclusion qui prédisposent des esprits fragiles à préférer l’au-delà à l’ici-bas. Il est surtout question de lutter contre la mise en discours de la fascination de la mort. Un discours qui pousse les jeunes à arracher l’au-delà à sa temporalité, puisque pour eux il n’y a pas d’avenir.

Outre l’idéologie fasciste et le projet de califat, le nihilisme est une nouvelle donne que doivent impérativement prendre en considération les sécuritaires et les géopoliticiens dans leur analyse de la matrice de l’extrémisme violent. Dans une perspective régionale, un environnement instable et dangereux et en quête d’une alternative au leadership, le Maroc dispose d’un potentiel et a fait ses preuves en matière de dé-radicalisation, expérience dont pourrait bénéficier à plus grande échelle toute la région. Car il s’agit là d’un pays dont le modèle de l’Islam commence à s’exporter en Afrique et dans le monde arabe. Un modèle fondé sur l’inclusion de tous les acteurs du champ religieux dans un cadre organisé incitant au renoncement à la violence et appelant à la lutte contre la radicalisation des croyants. Une radicalisation qui transforme l’Islam en une idéologie de l’exclusion et de la haine sociales et au non-respect des fondamentaux du vivre-ensemble national.
Lors de la présentation de son plan d’action (décembre 2015), le secrétaire général de l’ONU a insisté sur le fait que «de nombreuses années d’expérience ont prouvé que les politiques à court terme, les approches musclées, une vision restreinte des domaines relevant de la sécurité et un mépris total pour les droits de l’Homme ont souvent empiré la situation». Le Maroc a très tôt pris conscience que les plans mis en œuvre pour résoudre le problème de l’extrémisme violent et lutter contre le terrorisme, fondés sur les mesures de sécurité, étaient insuffisants.

Bouchra Rahmouni Benhida
Professeur à l’Université Hassan Ier, elle est aussi visiting professor aux USA, en France et au Liban. Ses travaux de recherche lui ont permis d’intervenir dans des forums mondiaux et des special topics dans des institutions prestigieuses à Hong Kong, en France, au Liban, aux Emirats arabes unis et en Suisse. Elle compte à son actif plusieurs ouvrages : «L’Afrique des nouvelles convoitises», Editions Ellipses, Paris, octobre 2011, « Femme et entrepreneur, c’est possible», Editions Pearson, Paris, novembre 2012, « Géopolitique de la Méditerranée », Editions PUF, avril 2013, «Le basculement du monde : poids et diversité des nouveaux émergents», éditions l’Harmattan, novembre 2013 et de « Géopolitique de la condition féminine », Editions PUF, février 2014. Elle a dirigé, l’ouvrage «Maroc stratégique : Ruptures et permanence d’un Royaume», éditions Descartes, Paris, 2013.







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