Conflit israélo-palestinien

Résolution 2334 : la grande bonne surprise

Bouchra Rahmouni Benhida,LE MATIN
29 December 2016 - 17:22
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Bouchra Rahmouni Benhida Professeur à l’Université Hassan Ier, elle est aussi visiting professor aux USA, en France et au Liban. Ses travaux de recherche lui ont permis d’intervenir dans des forums mondiaux et des special topics dans des institutions prestigieuses à Hong Kong, en France, au Liban, aux Emirats arabes unis et en Suisse. Elle compte à son actif plusieurs ouvrages : «L’Afrique des nouvelles convoitises», Editions Ellipses, Paris, octobre 2011, « Femme et entrepreneur, c’est possible», Editions Pearson, Paris, novembre 2012, « Géopolitique de la Méditerranée », Editions PUF, avril 2013, «Le basculement du monde : poids et diversité des nouveaux émergents», éditions l’Harmattan, novembre 2013 et de « Géopolitique de la condition féminine », Editions PUF, février 2014. Elle a dirigé, l’ouvrage «Maroc stratégique : Ruptures et permanence d’un Royaume», éditions Descartes, Paris, 2013.

Depuis 1979, les États-Unis ont toujours soutenu Israël sur le dossier des colonisations. Pour la première fois, ils n'ont pas mis leur veto à une résolution du Conseil de sécurité relative à ce dossier très sensible. Grâce à l’abstention américaine, la résolution 2334 a recueilli quatorze voix en sa faveur et a pu passer.

Les réactions violentes de la classe politique israélienne contre le vote de la résolution ne se sont pas fait attendre. Le bureau du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a aussitôt rejeté cette «résolution anti-israélienne honteuse» et annoncé qu’Israël ne s’y conformerait pas. Selon Benyamin Netanyahou, l'administration américaine a donné «un coup anti-israélien honteux aux Nations unies». Pour Danny Danon, l’ambassadeur israélien auprès de l’ONU, la résolution représente un «non à la possibilité d’une paix (…) C’est une victoire pour le terrorisme, la haine et la violence». Comme si dépouiller un peuple de ses terres pouvait amener la paix et la stabilité.

Déjà, le 1er juillet, un rapport établi par le Quartet pour le Moyen-Orient (États-Unis,
Russie, Union européenne et ONU) dressait un état des lieux alarmant de la réalité sur le terrain.
La résolution 2334 se situerait dans la suite logique de ce rapport puisqu’elle exige la «cessation immédiate» de la colonisation dans les territoires palestiniens occupés, dont Jérusalem-Est, estime que la construction et l’extension des colonies mettent «gravement en danger la viabilité de la solution à deux États» et «condamne tous les actes de violence contre les civils, dont les actes terroristes».

Quels enseignements tirer du vote de cette résolution ?
1. Donald Trump, Président élu, mais non encore en fonction, s’est impliqué pour faire avorter le projet de résolution. Il n’a réussi qu’à moitié. Les pressions sur l’administration Obama afin que les États-Unis usent de leur droit de veto n’ont rien donné. Par contre, il est arrivé à faire renoncer l’Égypte à son initiative. Cette dernière avait présenté le texte de la résolution pour le retirer juste après. Il a fallu que quatre membres non permanents du Conseil de sécurité – la Nouvelle-Zélande, la Malaisie, le Sénégal et le Venezuela – promeuvent la résolution dans une version identique faisant fi des représailles israéliennes, qui ne se sont pas fait attendre d’ailleurs à travers la convocation des ambassadeurs et le gel des aides.

2. La réaction de Donald Trump suite au vote de la résolution 2334 dans un Tweet, «Les choses seront différentes après le 20 janvier», conforte le sentiment qu’il va gérer le conflit israélo-palestinien différemment. Un sentiment né avec le choix du futur ambassadeur en Israël, David Friedman, connu pour son soutien idéologique à la colonisation et son opposition à un État palestinien, ce qui en dit long sur ses intentions.
3. L’administration d’Obama avait mis son veto à une résolution similaire en 2011, mais cinq ans plus tard, on assiste à un revirement de la position du Président sortant, qui entretient des relations tendues avec Benyamin Netanyahou. Après le rapprochement avec l’Iran et avec Cuba, Obama cherche à marquer à jamais les esprits comme étant le Président américain derrière ce vote historique. Sans oublier que quelques mois auparavant il avait validé, vis-à-vis de la communauté sioniste, le nouvel accord de défense sur dix ans, conclu entre les États-Unis et Israël pour un montant de 38 milliards de dollars (36,3 milliards d’euros).

4. Cette résolution, qui a suscité la réprobation d’Israël, ne prévoit aucune sanction contre l’État hébreu, mais elle peut constituer un soubassement légal pour des poursuites judiciaires et donc de futures sanctions à l’encontre d’Israël. La question qui doit être sur toutes les lèvres est la suivante : quelles vont être les réactions et les actions qui seront entreprises après l’investiture du nouveau Président américain ? Mais gardons tout de même à l’esprit que ce que l’ONU a fait, Trump ne peut le défaire !




Résolution 2334, histoire et contexte

L'État israélien a été créé le 14 mai 1948 par David Ben-Gurion, autrefois à la tête de la Jewish Agency. C'est le premier État juif depuis 2000 ans. Après la proclamation de l'État d'Israël, le Président des États-Unis d’Amérique, Harry S. Truman, le reconnaît, le même jour. Malgré le soutien par les États-Unis d'Amérique de la déclaration de Balfour (1917), Truman affirme qu'il n'interviendra pas sans consulter les camps arabes et juifs. C'est donc en mai 1946 que Truman approuve l'admission de 100.000 personnes dans cet état fraîchement proclamé. Ce n'est qu'en 1947 que les États Unis proposent la partition du territoire de Palestine en deux États : l'un juif et l'autre musulman. Aujourd'hui, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté une résolution historique condamnant la politique israélienne : cette dernière attise donc les tensions et menace la constitution de deux États, guidée par les buts et principes énoncés dans la Charte des Nations unies qui affirment notamment que l’acquisition de territoire par la force est inadmissible. «Réaffirmant qu’Israël, puissance occupante, est tenue de respecter scrupuleusement ses obligations et responsabilités juridiques découlant de la quatrième convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en 2004 par la Cour internationale de justice.» Ce texte, qui exhorte Israël à cesser immédiatement toute activité en territoire palestinien occupé (dont Jérusalem-Est), a déclenché une offensive diplomatique de la part de l'État hébreu qui s'est immédiatement tourné vers son allié américain. Washington a en effet utilisé son droit de veto trente fois pour bloquer les résolutions concernant Israël et la Palestine (Security Council Report). Israël quant à elle rejette cette résolution anti-israélienne des Nations unies et ne s'y conformera point (Benyamin Netanyahou). Cette réaction s'est soldée par celle de Nabil Abou Roudeina : «Il s'agit d'une condamnation internationale unanime de la colonisation et d'un fort soutien à une solution à deux États», a-t-il ajouté. Le vote, qui a été accueilli par des applaudissements, avait été réclamé par la Nouvelle-Zélande, la Malaisie, le Sénégal et le Venezuela. Ces quatre pays se sont impliqués après la volte-face du Caire qui avait proposé mercredi soir cette résolution rédigée par les Palestiniens et présentée au nom du groupe arabe à l'ONU. Selon les décisions de l'ONU, Israël doit stabiliser la situation et corriger les tendances négatives sur le terrain, qui ne cessent de fragiliser les deux États. Il s'agit ainsi de créer des conditions qui permettraient d’assurer le succès des négociations sur le statut final et de faire progresser la solution des deux États par la voie des négociations, tout en mettant un terme à toutes les activités de peuplement.



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