Une mise en œuvre problématique

N.A.,LE MATIN
29 December 2016 - 16:39
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La décision d’Offshoring n’est que la première phase d’un long processus devant aboutir à délocaliser toute ou partie de la production dans un pays étranger. Aux complications liées au processus industriel lui-même, s’ajoutent les spécificités culturelles du pays d’accueil et son environnement des affaires, à prendre en compte. C’est ainsi que la phase de mise en œuvre se heurte souvent à de multiples difficultés se traduisant, dans de nombreuses situations, par un échec pur et simple. Dans ce cas, commence un autre processus de transfert à un autre pays ou de rapatriement au pays d’origine. Les principales difficultés rencontrées dans une opération de délocalisation sont stratégiques, financières et humaines.

Difficultés stratégiques
La décision de délocaliser est en soi problématique et nécessite beaucoup d’études, d’expérience de la part de management, et parfois même, fait appel à l’intuition. Entre «y aller» ou «ne pas y aller», les paramètres sont nombreux et souvent inconnus, surtout pour les éclaireurs (first movers). L’accumulation d’expérience n’est, dans ce cas, pas suffisante pour fonder la décision sur des bases empiriques. Le flair des dirigeants, leur bon sens et la qualité des consultants accompagnateurs jouent un grand rôle dans la sécurisation du processus.
L’autre défi de taille porte sur le choix du pays d’accueil qui doit s’effectuer sur la base d’une batterie de critères, dont les économies sur les coûts de réalisation ne sont qu’une composante. Il faut intégrer d’autres paramètres (stabilité macroéconomique, sécurité juridique, environnement des affaires, qualité des infrastructures, niveau de qualification de la main-d’œuvre, etc.).
Enfin, il faut déterminer le mode de délocalisation (implantation directe, joint-venture, partenariat avec des opérateurs locaux, simple sous-traitance, etc.). Celui-ci est fonction du niveau d’implication que veut avoir l’entreprise et sa confiance dans la réussite de l’opération. Elle peut procéder graduellement, en renforçant sa présence, au fur et à mesure de sa maîtrise des rouages dans le pays récipiendaire.

Difficultés financières
Si les économies sont le principal motif de l’Offshoring, celles-ci doivent être minutieusement évaluées, en prenant cinq précautions majeures :
• Chiffrer avec exactitude le montant des économies à réaliser, en faisant «tourner» des modèles de calcul et de simulation de différents scénarii.
• Ne pas sous-estimer les coûts cachés dans le pays d’accueil (formation du personnel, adaptation de l’outil industriel, délais nécessaires pour atteindre le rythme de croisière, etc.).
• Déterminer le montant des investissements requis pour l’opération d’Offshoring lui-même (usines, matériel, conseil, etc.).
• Actualiser les différents flux (économies nettes à réaliser – coûts cachés – investissements de réalisation), à un taux approprié reflétant les exigences de rentabilité des investisseurs et les risques entourant la réalisation des flux. Plus la réalisation est improbable, plus le taux sera élevé.
• Financer l’opération par des instruments appropriés. Si l’entreprise compte financer sa délocalisation en fonds propres, cela lui procurera plus de flexibilité et réduira ses charges fixes de démarrage, mais suppose également qu’elle dispose de la liquidité nécessaire. Si elle compte se financer par endettement, elle doit être capable de convaincre les prêteurs de la pertinence d’une opération qu’elle ne maîtrise pas encore entièrement.

Difficultés humaines
La réussite de l’opération d’Offshoring dépend d’une qualité d’exécution des processus délocalisés, comparable à celle du donneur d’ordre, mais à moindre coût. Cette contrainte dépend étroitement du niveau de qualification des ressources humaines dans le pays d’accueil, et de leur culture et discipline d’exécution. Il n’est ainsi pas étonnant que l’essentiel du marché de l’Offshoring dans le monde soit concentré entre la Chine (industries) et l’Inde (services). Au-delà de la dimension purement financière, le niveau de productivité des ressources locales est le déterminant principal de la pérennité de l’opération à long terme. 







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