Entretien avec Mounir Sefrioui

«Nous proposons une étude pour classer cette musique arabo-andalouse comme patrimoine mondial de la culture»

,LE MATIN
17 Mars 2017
Mounir-Sefiroui.jpg Mounir Sefiroui, vice-président de l’Association des amateurs de la musique andalouse du Maroc. Ph. Seddik

Dar Al Ala, située au cœur du quartier Habous de Casablanca, a rouvert ses portes officiellement jeudi après l'achèvement des travaux d'extension et de réaménagement. Fondée par l’Association des amateurs de la musique andalouse du Maroc, cette institution se veut à la fois un musée, un centre de formation et un lieu de concerts et de conférences autour de la musique andalouse. L’architecte Mounir Sefrioui, vice-président de l’Association, nous parle dans cet entretien de Dar Al Ala, son histoire, ses programmes artistiques, les cours de formation et d'initiation à la musique andalouse et de la nécessité d’inscrire cette musique comme patrimoine mondial de la culture.

Le Matin : Quelle est votre appréciation de la réouverture de Dar Al Ala après les travaux de rénovation ?
Mounir Sefrioui : Dar Al Ala a été créée en 2010 comme musée et capitale des amateurs de la musique andalouse. Active chaque jour de la semaine, nous y organisions des concerts de musique andalouse dans le patio. C’était très étroit. Il prenait au maximum 60 à 70 personnes. Mais au fil des années, notre association s’est agrandie. Elle compte plus de 500 adhérents, et cet espace ne suffisait plus. Il fallait ou l’agrandir ou chercher un autre espace. Nous avons finalement décidé d’acheter la maison jouxtant Dar Al Ala et nous avons commencé à travailler sur la restauration de cette maison tout en respectant l’architecture arabo-andalouse de cette même maison. Du coup, nous avons réservé un espace plus grand au musée et nous avons agrandi le patio. Et nous avons aménagé aussi ce patio qui devient une salle polyvalente pour accueillir des conférences, des concerts ou des cours de formation.

Dar Al Ala se veut à la fois un espace de concerts, de conférences, un musée, mais également un centre de formation. Comment se déroulent les cours ?
Chaque lundi et mercredi, nous donnons des cours de formation et d'initiation à la musique andalouse en présence des musiciens et professeurs de musique andalouse. Ces cours sont réservés aux amateurs de la musique andalouse, notamment des ingénieurs, des médecins et des pharmaciens, qui viennent apprendre la musique. C’est ce que nous appelons dans notre jargon la chorale des grands. Les mercredis en après-midi, les samedis ou parfois même les dimanches sont consacrés à des cours d’initiation au profit des jeunes et des moins jeunes. Et ce, en présence des professeurs de musique andalouse.

Pourriez-vous nous parler de l’Encyclopédie que vous venez de publier sur la musique andalouse ?
Depuis la création de l’Association des amateurs de la musique andalouse du Maroc, nous avons édité plusieurs livres pour la sauvegarde du patrimoine musical arabo-andalou. Mais à partir des années 1980, le ministère de la Culture s’est chargé d’enregistrer le répertoire le plus connu de cette musique, les 11 noubas. Et depuis, il fallait transcrire cette musique sous forme de notes. Dans ce sens, notre association a largement contribué à écrire cette musique avec trois grands professeurs, dont Younes Chami et Mohamed El Othmani. Nous avons édité trois livres qui rassemblent l’ensemble des partitions de cette musique. Aujourd’hui, nous avons publié un ouvrage, «La musique andalouse au Maroc, d’hier à demain», qui retrace, en l’espace de 200 pages illustrées et accompagnées d’un texte bilingue arabe-français, l’histoire riche de ce patrimoine multiséculaire, cher à tous, depuis sa création dans l’Andalousie musulmane jusqu’à nos jours. Cette musique, qui fait partie intégrante du patrimoine musical, est célébrée un peu partout au Maroc dans de différentes manifestations. Festivals, rencontres, cérémonie d’hommages... Parmi ces rendez-vous phares des mélomanes : le festival Andalussyat, une rencontre internationale initiée par l’Association des amateurs de la musique andalouse du Maroc depuis 14 ans. Dans cet ouvrage, nous parlons aussi de notre festival des rencontres Nouba et Mizane que nous avons initié en 2011. Cet ouvrage s’adresse à la fois aux néophytes, aux amateurs et aux fervents défenseurs de cet héritage.
Mieux encore, il réunit les figures de proue de la scène musicale arabo-andalouse du Maroc, depuis le siècle
dernier jusqu’à aujourd’hui. C’est aussi
le premier ouvrage qui rassemble 60 chefs d’orchestre, musiciens et «mounchiddines».
Ce livre revient également sur les multiples actions menées dans notre pays pour la préservation, la diffusion et la transmission de cet art depuis 1958. Une date clé dans l’histoire de la musique andalouse au Maroc, puisque c’est l’année où est née notre Association.
En évoquant vos ambitions à travers les diverses manifestations que vous organisez, vous avez récemment formulé le vœu d’inscrire la musique andalouse comme patrimoine mondial de l’humanité…
Beaucoup de musiques sont inscrites comme patrimoine mondial de l’humanité. Je citerai l’exemple de la musique d’Ahwach. Mais la musique andalouse, qui est plus ancienne, n’est malheureusement toujours pas inscrite. L’histoire de la musique andalouse regorge de richesse.
De l’Andalousie musulmane jusqu’à nos jours, ce vieux patrimoine a résisté à l’usure du temps, contrairement à d’autres genres de musique du patrimoine marocain, en déperdition. Dans ce sens, nous sommes en train de proposer au ministère de la Culture une étude pour classer cette musique arabo-andalouse comme patrimoine mondial de la culture. Nous l’espérons bien.





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