Marrakech

André Azoulay : «Notre africanité n’est pas conjoncturelle, mais une appartenance à une très grande civilisation»

Mokhtar Grioute,LE MATIN
16 Juillet 2017
André-Azoulay.jpg le ministre des Habous et des affaires islamiques a estimé que les défis de la paix et du vivre ensemble sont tout d’abord liés à la discipline de l’écoute.

«Notre africanité n’est pas simplement conjoncturelle, elle n’est pas le fruit d’une stratégie politique (…), c’est l’appartenance à une très grande civilisation», a expliqué le conseiller de S.M. le Roi André Azoulay qui intervenait vendredi à Marrakech lors d'une conférence organisée dans le cadre du quatrième Festival d’Al-Haouz sur le thème «Pour la paix et le vivre ensemble», à l’initiative de l’Association «Jam Salam».

Une conférence sur le thème «Pour la paix et le vivre ensemble» a eu lieu, le 14 juillet au Fairmont Royal Palm, à une quinzaine de kilomètres de Marrakech, sur la route d’Amizmiz, à l’initiative de l’Association «Jam Salam» pour les intercultures et la paix. Considérée comme le moment fort du Festival d’Al-Haouz, cette conférence a réuni un panel prestigieux de personnalités. André Azoulay, Conseiller de S.M. le Roi Mohammed VI, Ahmed Toufiq, ministre des Habous et des affaires islamiques, et Nadia Salah, directrice des rédactions du Groupe «Eco-Médias» et administratrice de l’Association, ont été de la partie. Intervenant à cette occasion, M. Azoulay a souligné l’actualité et la pertinence du sujet objet de la rencontre, précisant que «notre africanité n’est pas simplement conjoncturelle, n’est pas seulement le fruit d’une stratégie politique et d’une réflexion menée par les économistes et tous ceux qui veulent donner du sens à nos racines africaines, mais c’est également l’appartenance à une très grande civilisation». M. Azoulay a mis l’accent sur la nécessité pour tout un chacun de «résister à la tentation d’être simplement spectateur ou très souvent silencieux par rapport à ceux qui prennent en otage mon histoire, mes valeurs, ma spiritualité et mes acquis de la modernité dans la relation avec l’autre». «Nous devrions, a-t-il précisé, être collectivement en état de résistance pour que cette dynamique souvent morbide et tragique, trop souvent meurtrière, s’arrête et se brise au nom de notre histoire, de nos religions, de nos valeurs et de ce magnifique projet d’un nouveau Maroc aujourd’hui».

Dans cette quête de la diversité reconquise, reconstruite et revendiquée qui est la nôtre, nous Marocains avons dans cette bataille un avantage relatif. Et c’est un privilège et une fierté que de l’exprimer de la façon la plus simple et la plus irréfragable, a souligné M. Azoulay, pour qui le regard collectif national est celui d’une société portée sur cette diversité, comme il est celui de la modernité et de la raison reconquise, a-t-il conclu. Lui succédant, le ministre des Habous et des affaires islamiques a estimé que les défis de la paix et du vivre ensemble sont tout d’abord liés à la discipline de l’écoute, question qui revient dans 186 versets du Saint-Coran. À ce titre, il a imaginé trois remèdes aux problématiques de la paix et du vivre ensemble. Il s’agit, a-t-il explicité, d’un mode de vie sobre et digne qui permet la prise en charge de la précarité humaine dans ses besoins et ses douleurs, un scrupule aiguisé et ferme dans l’acquisition des moyens de vie et une solidarité extrême. Avec la tendance aujourd’hui à démocratiser la parole, «l’objectivité n’est toujours pas facile à assumer par l’homme, tendancieux par nature», a souligné M. Toufiq, qui s’est attardé par la suite sur la question de la communauté d’options entre le Maroc et moult pays africains.

À son tour, Nadia Salah s’est interrogée sur le nombre de coups d’État qui se sont construits sur ce conflit de valeurs, entre le mérite individuel et le mérite collectif, le nombre de victimes des violences et des misères avant qu’une culture devienne légale et légitime. Quoi qu’il en soit, «il est fascinant de voir que les entreprises se sont intéressées à l’interculturalité bien avant et plus fortement que les politiciens. Elles en ont fait une grosse discipline d’enseignement», a conclu l’administratrice de l’Association. 





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