Management d’entreprises

Il est où le bonheur au travail…

Souad Badri,LE MATIN
02 Avril 2017
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La quête du bonheur est ancestrale et vitale. Dans la vie privée ou professionnelle, on cherche à être heureux à tout prix, sauf que dans le monde du travail cela semble compliqué. La notion de bonheur au travail, qui parait irréaliste, commence à s’imposer aux managers et aux directeurs des ressources humaines, car elle est directement liée à l’état d’esprit du collaborateur et donc à sa performance.

Dès lors que la performance et la productivité sont mises en jeu, les experts se mettent à la recherche des causes profondes qui affectent la santé de l’entreprise. Ils se sont donc intéressés à la psychologie des salariés en se basant sur la thèse du travailleur heureux-productif, selon laquelle les employés plus heureux au travail seraient aussi plus performants. De là est née la notion du bonheur au travail qui fait aujourd’hui son entrée dans la gestion des RH au sein des grands organismes internationaux et doucement dans les entreprises marocaines.

En effet, longuement considéré comme un concept abstrait et émotionnel, les employeurs ont pris conscience de l’intérêt à faire du bien-être et du bonheur de leurs salariés l’une de leurs priorités. Les entreprises se penchent ainsi beaucoup plus sur les pratiques qui touchent directement le bien-être des employés : responsabilité sociale, relations humaines, management collaboratif, coaching… On a même créé un poste dédié : le «Chief happiness officer», le responsable du bonheur en entreprise. Pour discuter de ce concept relativement nouveau au Maroc, Toulouse Business School Casablanca a organisé une conférence, jeudi dernier, sur le thème «Le bonheur au travail, mission impossible ?» Pour mettre l’assistance dans le contexte du bonheur, cette conférence a débuté de manière originale : une séance de relaxation-méditation improvisée par Meryem Lahlou, business coach et consultante marketing à Compétences plus, qui s'est terminée sur des notes de poésie accompagnée d’un air d’harmonica. La zen-attitude était donc au rendez-vous.

Mais pour rentrer dans le vif du sujet, Mme Lahlou a tenu à rappeler l’importance de la thématique et l’urgence pour les managers et les responsables RH d’ériger cette notion en haut de leurs priorités. «Selon des études internationales, les salariés heureux sont 2 fois moins malades, 6 fois moins absents, 7 fois plus loyaux à l'entreprise qui les recrute, 31% plus productifs et 55% plus créatifs», a indiqué d'emblée la modératrice de la rencontre.
De son côté, Moulay Driss Alaoui Mdaghri, philosophe et professeur universitaire, tout en soulignant qu'il n'y a pas de recette du bonheur, a insisté sur le fait que le bonheur vient de soi. «Il faut oser se remettre en question, s’interroger sur les choses qu’on fait et si on est satisfait de notre vie, prêter attention à notre entourage, faire des pauses, prendre du recul… Et dans les moments difficiles, se réfugier dans l'art, la lecture ou tout autre domaine apte à nous apporter un peu de bonheur et surtout de rire», a noté le philosophe. Et Mme Lahlou d’insister : «le rire doit être pratiquée dans les entreprises parce que le stress est très élevé et les tâches exigées sont très sollicitantes. Le meilleur moyen d'y faire face c'est rire, ce qui libère des hormones qui luttent contre le stress».

Outre la philosophie, les organisateurs ont invité des managers qui ont mis en exergue les moyens et mesures adoptés par leurs entreprises respectives dans le but d'apporter du bonheur à leurs collaborateurs.
Il s’agit notamment de Aziz Daddane, président de la société S2M, pour qui «la relativité du bonheur au travail est indépendante de la pénibilité de ce travail. Le principal objectif d'un manager est d'avoir une entreprise performante. Donc on peut se poser la question de savoir si un collaborateur heureux est un collaborateur performant ou non». Il a affirmé, par ailleurs, que le manager et l'entreprise ne peuvent pas faire le bonheur du collaborateur, par contre leur rôle est d’agir sur le contexte de travail, de préparer les ingrédients d'un certain bien-être, notamment en agissant sur les facteurs de démotivation. Dans ce cadre, l’intervenant a rappelé une récente étude canadienne qui a révélé que le bien-être d'un collaborateur se base sur les «5R», à savoir : la relation au travail, la réalisation de soi, la reconnaissance, la responsabilisation et enfin la rémunération. Pour conclure, le responsable s’est dit convaincu d’une chose : on ne quitte pas une entreprise, on quitte un manager. D'où l'importance de la relation entre les collaborateurs, d'un côté, et les managers, de l'autre. Même son de cloche chez Yann Deguel Serres, Alumni TBS, venu lui aussi partager son expérience. Il a ainsi insisté sur l’importance de sensibiliser les dirigeants à la notion du bonheur au travail, car «si le dirigeant est convaincu que le bonheur est important, il va agir au niveau des stratégies de gestion de son entreprise».

Pour allier la théorie à la pratique, TBS a invité à cette conférence la première Marocaine nommée «Responsable du bonheur au travail».
Il s’agit de Saida Fikri, Chief happiness officer chez B2S. La jeune responsable a tenu à définir sa mission comme étant à «mi-chemin entre les RH et la communication». Pour elle, «Le bonheur au travail est une succession d'émotions positives. Cependant, mon métier ne consiste pas à jouer au clown pour faire rire les collaborateurs, mais à agir sur la psychologie positive et le développement personnel des collaborateurs», explique-t-elle. Saida Fikri est ainsi convaincue que le bonheur s'apprend et se transmet et que le mal-être au travail coûte cher à l'entreprise, les statistiques le prouvent : un salarié heureux est 4 à 5 fois moins absent qu'un salarié malheureux. Interrogée sur la pratique au quotidien de sa mission, Fikri a expliqué qu’elle veille à préserver un climat serein et collaboratif entre les salariés de l’entreprise et propose de multiples activités pour créer la convivialité et consolider l’esprit d’équipe.
En conclusion, le bonheur au travail reste une notion relative, mais pas impossible ! Le bonheur est,
certes, à puiser dans la positivité et l’esprit des personnes, mais dans le contexte professionnel, il relève aussi de la responsabilité des managers qui sont convaincus que des collaborateurs heureux ont tendance à être plus impliqués, plus fidèles, plus créatifs et plus productifs que les collaborateurs insatisfaits.
Qui sème le bonheur récolte la performance… 


Questions à Meryem Lahlou, consultante marketing et business coach à Compétences Plus

«Le bien-être au travail doit devenir une culture dans les entreprises marocaines»

Éco-Emploi : Peut-on parler de bonheur au travail ?
Meryem Lahlou : Il faut que les responsables des ressources humaines, les managers et les directeurs changent leurs stratégies et intègrent une culture de bonheur et bien-être dans leurs entreprises. Comment ? Au lieu d’attendre que les collaborateurs manifestent leurs souffrance, maladie, dépression ou burnout, il faut agir dans une optique de guérison en faisant appel à des coachs, des médecins et psychologues de travail. Il serait mieux d’anticiper ces risques psycho-sociaux en mettant en place un climat de travail favorable aux collaborateurs. En effet, le top management de l'entreprise doit être conscient de l’importance de prendre soin de ses collaborateurs, chose qui les aidera à rester positifs vis-à-vis de l’entreprise même si la charge de travail est importante. Et cette positivité peut attirer d’autres talents à l’entreprise.

S'agit-il de bonheur ou de bien-être au travail ?
Très sincèrement, je crois davantage à la notion de bien-être au travail. Si aujourd’hui le manger, le responsable ou le DRH met en place des mesures concrètes pour garantir le bien-être des collaborateurs, je suis sûre qu’ils finiront par être heureux. Contrairement au bonheur, le bien-être est une notion concrète et palpable qu’on peut réaliser avec des mesures simples : améliorer l’ergonomie des espaces de travail, instaurer le respect, la bienveillance, éviter et combattre le harcèlement… L’autre point important est que le bien-être donne lieu à des effets tout aussi réalistes et mesurables. Je pense que si l’on prend conscience de l’importance du bien-être au travail, cela ne pourra qu’avoir des retombées positives sur les entreprises.

Les mesures à prendre semblentfaciles à mettre en place...
Oui. En plus ne serait-ce que le fait de travailler sur les comportements, cela peut changer beaucoup de choses dans le quotidien des collaborateurs.
En effet, si on parle aux gens de manière positive, si on les traite avec bienveillance et on voit en eux des talents, c’est-à-dire des gens qui sont capables d’évoluer et de prendre des responsabilités,l’entreprise aura gagné en les fidélisant à la structure. 
Propos recueillis par H.S.





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