Santé et sécurité au travail

La gestion et la prévention des risques, une responsabilité partagée

Mohamed Sellam,LE MATIN
16 Avril 2017
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Face à la multiplication des risques professionnels, l’entreprise est tenue de développer une stratégie globale pour veiller à la santé et sécurité au travail (SST). Produits chimiques, ondes électromagnétiques ou encore le stress au travail, des menaces guettent les travailleurs au quotidien. L’implication de l’ensemble des acteurs est indispensable pour mieux gérer et prévenir les risques professionnels.

L'environnement de travail évolue sans cesse et devient de plus en plus complexe. Ces transformations impactent tous les process des entreprises, obligeant ces dernières à faire davantage d’efforts pour garantir leur pérennité. Le capital humain de l’entreprise se retrouve confronté à plusieurs risques professionnels, qu’ils soient physiques ou psychosociaux, d’où le besoin de mettre en place des politiques garantissant une meilleure protection des salariés et leur assurant une vie digne et décente. De nouvelles menaces ont émergé ces dernières années : ondes électromagnétiques, nuisances thermiques, vibrations… Les risques psychosociaux (stress, burn out) sont également de plus en plus fréquents.

Dans un souci de protection des droits des travailleurs, la question de la santé et sécurité au travail est régie à travers la législation en vigueur : «Dahir des Obligations et contrats de 1913 obligeant les employeurs à prendre en compte la sécurité de leurs salariés, première législation du travail en 1926, droit des victimes d’accident du travail à réparation en 1927 étendu aux maladies professionnelles en 1943, législation conférant aux médecins du travail la pleine charge de la SST en 1957, inscrite dans le Code du travail en 2003...». Ce dernier prévoit d’ailleurs de doter les entreprises de services médicaux du travail, à travers un médecin de travail qui assure le suivi de la santé des salariés et un comité de sécurité et hygiène.

Pourtant, la concrétisation de ces obligations sur le terrain pose de nombreux problèmes. Faute de volonté ou de moyens, bon nombre d’entreprises ne mettent pas en place les principes généraux de prévention pour évaluer, gérer et protéger contre les risques au travail. Toutefois, l’intérêt pour la question de la santé et de la sécurité au travail est grandissant parmi les entreprises.
«Il y a des chiffres qui circulent, mais il faut être optimiste et souligner que beaucoup de choses ont été faites et certainement les choses vont avancer. Selon une étude terrain menée par la direction du travail sur l’ensemble du pays, 20 à 30% des entreprises répondent aux exigences réglementaires», explique docteur Tariq Essaid, président du Collège national des médecins du travail (Conamet), président du Congrès Préventica International. Toutefois, le responsable note que l’on ne dispose pas de chiffres sur le secteur
informel.

L’implication de tous est indispensable

L’amélioration de l’environnement du travail et la gestion des risques professionnels nécessitent d’abord un bon dépistage des risques. Et qui mieux que les collaborateurs de l’entreprise connaissent la situation de travail. C’est dans cette optique que la stratégie «SOBANE» a été élaborée par l’Unité hygiène et physiologie du travail du professeur Jacques Malchaire de l’Université catholique de Louvain, dans le cadre du projet de recherche «SOBANE», cofinancé par le Service public fédéral Emploi, Travail et Concertation sociale belge et le Fonds social européen.

Présentée lors d’une conférence organisée par le Conamet, en marge de la quatrième édition du Congrès international pour la maîtrise globale des risques, Préventica International, organisée du 11 au 13 avril, cette stratégie de prévention des risques se décompose en quatre niveaux : Dépistage (Screening), Observation, Analyse, Expertise. Cette stratégie, comme l’explique Jacques Malchaire, est applicable aux différentes situations de travail, peu importe la complexité du problème rencontré. En impliquant les collaborateurs, l’entreprise optimise le temps et les efforts pour mettre en œuvre la stratégie de gestion des risques professionnels. Selon l’expert, la démarche de dépistage repose sur des outils simples permettant aux collaborateurs d’identifier la situation de travail, quelle que soit la nature de l’élément déclencheur (plainte, accident, changement organisationnel…). Ce problème est ainsi remis dans son contexte et d’autres aspects conditionnant également la santé, la sécurité et le bien-être sont identifiés. Il s’agit ainsi d’élaborer une dynamique de gestion des risques en interne, afin de favoriser une culture de concertation. Le but étant de veiller à l’amélioration de l’environnement de travail, ce qui constitue, in fine, un garant de la performance de l’entreprise.



Préventica, un salon international pour sensibiliser à la maîtrise des risques

Casablanca a accueilli, du 11 au 13 avril, la quatrième édition du Salon/Congrès Préventica International pour la maîtrise des risques, avec la participation de 160 exposants nationaux et internationaux. Le salon a été l'occasion pour le nouveau ministre de l'Emploi et de l'insertion professionnelle, Mohamed Yatim, de rappeler l'importance à accorder aux questions relatives à la santé et la sécurité au travail, mettant l'accent sur les chantiers lancés dans ce cadre, dont la mise à niveau du cadre législatif et normatif, l'amélioration du contrôle et de l'information et la sensibilisation, ceci afin d'instaurer une culture de la sécurité et de la santé au travail. La coopération internationale et l'ouverture sur les expériences étrangères font également partie intégrante de la politique du ministère dans le domaine de la santé et la sécurité au travail, a-t-il relevé, citant les liens de coopération étroits unissant le Maroc avec l'Organisation internationale du travail, l'Union européenne, l'Agence européenne de sécurité et de santé au travail, sans parler des liens bilatéraux privilégiés que le Maroc entretient avec plusieurs pays amis. De son côté, le président de ce congrès international, Tariq Essaid, a souligné que les travaux de cette manifestation, devenue une référence pour les professionnels en termes de gestion des risques relatifs au travail, portent sur les thèmes de la santé et de la sécurité au travail. Pour sa part, le président de Préventica Francophonie, Yves Van de Vloet, a affirmé qu'il y a une volonté de s'ouvrir sur d'autres pays francophones, dont le Sénégal qui va accueillir le Congrès après Casablanca. Il s'agit de se montrer dans ses différences et voir en quoi elles peuvent être complémentaires. «Dans cette mise en perspective, il y a également d'autres pays qui commencent à se profiler pour l'organisation de cet événement. Je pense en particulier à la Côte d'Ivoire, à la Tunisie et même au Liban où des contacts sont faits. Nous ne sommes pas ici pour avoir le modèle de prévention mondial, mais pour prendre en compte et échanger des données et je crois que c'est là toute la richesse de Préventica Francophonie».

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