Laïla Mamou, présidente du directoire de Wafasalaf, présidente d’Injaz Al-Maghrib

,LE MATIN
15 Mars 2017

«Comme dans tout parcours professionnel, il y a des hauts et des bas. Il y a des moments intenses de réalisation, de reconnaissance, de dépassement de soi très gratifiant par la satisfaction du travail bien accompli et d’épanouissement et d’autres moments de doute. Durant ma carrière, j’ai eu la chance d’avoir des patrons qui m’ont permis de grandir et de me former. Pour pouvoir mener à bien une fusion en 2005, j’ai dû me former au coaching pour mieux intégrer les enjeux humains et me préparer à de grands changements aussi bien culturels qu’organisationnels. Pour pouvoir m’appuyer sur toutes les forces vives de la société, j’ai aussi fait de la mixité un réel levier de performances et dès 2008, j’ai commencé à faire des séminaires en interne pour sensibiliser tous mes collègues à l’importance de la mixité, de la diversité, en faisant tomber les barrières et en luttant contre les stéréotypes. À Wafasalaf, les femmes représentent 51% et cela nous a valu plusieurs prix de diversité et de mixité. La mixité en tant que telle n’est pas suffisante, il est important aussi de faire évoluer les femmes vers les postes à très haute responsabilité et les positionner dans les comités exécutifs et les conseils d’administration. Je salue l’initiative de Zineb Baiz, qui a fondé Mentor’elles cette année et qui a lancé un pilote en faisant rencontrer des mentors (hommes ou femmes) et des mentees (jeunes femmes brillantes promises à de belles carrières). Sensible aux différents sujets que peuvent rencontrer les femmes dans l’évolution de leur carrière, j’ai naturellement accepté d’accompagner plusieurs mentees. Plusieurs CEO (chief executive officer) ont pris part à ce processus. Le mentoring est une chaîne solidaire, qu’il faut multiplier dans les entreprises en les structurant et les pérennisant.»

Aïcha Ech-Chenna, fondatrice et présidente de l’association Solidarité féminine

«Mon parcours de militante a été semé d’embuches et j’ai maintes fois été pointée du doigt et accusée à tort, et ce pour avoir osé aborder des sujets qui étaient encore tabous à l’époque, comme la problématique des petites bonnes, les enfants abandonnés, les mères célibataires, l’inceste ou encore le viol. Il est vrai que lorsque j’en parlais à la télévision pour la première fois, j’en avais la peur au ventre, mais je considère que je suis investie d’une mission et c’est de là que vient ma force et mon courage. J’étais encore très jeune lorsque j’ai découvert le cas des nourrissons déclarés enfants sous X et je ne comprenais pas encore la gravité de la situation, jusqu’au jour où j’ai visité un orphelinat et eu accès aux documents des enfants nés hors mariage. Cela a été un véritable choc. Le temps a passé et j’ai intégré une association de planification familiale en tant que bénévole, ainsi que l’Union nationale des femmes marocaines, en parallèle avec mon poste de fonctionnaire de la santé publique. Puis, un jour d’hiver dans les années 70, une jeune fille enceinte de son neuvième mois est venue nous voir après avoir été mise à la porte par sa mère qui lui a demandé de “vider son ventre avant de rentrer à la maison”. Sauf que la fille ne voulait pas abandonner son enfant. Je me suis investie dans cette affaire, avec trois amies, pour venir en aide à cette fille. En 1981, en rentrant de mon congé de maternité, je suis tombée sur une femme qui venait abandonner son enfant à qui elle donnait le sein. Après avoir mis ses empreintes digitales sur le document d’abandon, elle enlève le sein de la bouche de son fils d’un coup sec et part. Et c’est là où je me suis dit : “Plus jamais ça !”»

Bouchra Baibanou, alpiniste

«La femme marocaine doit prendre conscience de ses capacités. Elle est capable de briser tous les stéréotypes qui lui collent à la peau. Car si elle veut quelque chose, elle peut l’atteindre facilement (…) Je sais que la femme marocaine a fait d’énormes progrès ces dernières années et mon souhait est que la femme rurale puisse s’émanciper à son tour. Pour ma part, mon challenge est de vaincre les sept plus hauts sommets sur terre. J’ai commencé à faire des recherches sur ce projet, cela m’a motivée pour relever ce défi. Vu que j’avais déjà escaladé le plus haut sommet en Afrique, je me suis dit pourquoi ne pas essayer les autres. Bien sûr, je savais que c’était un projet très grand, coûteux et qui demande beaucoup d’efforts. Mais cela ne m’a pas empêchée de me lancer dans mon périple. Ma plus grande satisfaction est de planter le drapeau du Maroc au sommet de chaque montagne escaladée.»

Omayma Achour, présidente de l’association Jossour, Forum des femmes marocaines

«Le 8 mars est une journée pour la consécration des femmes et l’occasion de rappeler qu’elles ne devraient plus subir les discriminations, les violences, les inégalités d’accès à l’éducation, à la santé, au travail décent, à la protection sociale, à la propriété et aux postes de décision. L’adoption du nouveau programme de développement durable en 2017, articulé autour des 17 objectifs de développement durable, est un message fort pour l’humanité pour appuyer l’autonomisation réelle des femmes en luttant contre le changement climatique et en impliquant les gouvernements locaux, régionaux et nationaux, le secteur privé, la société civile, les universitaires et la communauté internationale. Je suis convaincue que pour un monde plus juste, les femmes et les hommes méritent de vivre ensemble dans la paix, la sérénité, l’égalité et la justice sociale.»

Yasmine Benamour, administratrice-directrice générale de HEM

«La part des femmes dans la population active marocaine est d’environ 27%. Cette part est non seulement insuffisante, mais elle régresse dans notre pays, ce qui est d’autant plus alarmant. Il est également intéressant de noter que cette part est largement inférieure à la moyenne africaine qui se situe autour de 58%. Par ailleurs, selon le cabinet McKinsey, la part des femmes PDG au Maroc est de 2% seulement. Leur part dans les conseils d’administration est de 8% et dans les comités de direction de 13%. Or beaucoup d’études démontrent que la mixité est un levier fondamental de performance des résultats financiers et non financiers de l’entreprise et des organisations en général. Il ne s’agit donc pas de faire participer bien davantage les femmes à la vie active pour “faire bien”, mais d’un sérieux avantage compétitif. En d’autres termes, faire travailler autant les femmes que les hommes se révèle rentable ! Qu’attendons-nous alors ? Des dirigeants conscients que tout cela est dans leur intérêt et un gouvernement capable de prendre les mesures nécessaires pour favoriser, encourager l’emploi des femmes et faire sauter le fameux “plafond de verre”».





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