Entretien avec Mikael Naciri, directeur général du Centre monétique interbancaire

Les grands facturiers, les compagnies aériennes et les sites eGov toujours en tête du paiement en ligne

Mounia Senhaji,LE MATIN
10 Avril 2017
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Les consommateurs marocains s’approprient de plus en plus rapidement la culture du e-paiement, avec une tendance qui va crescendo. En témoignent les chiffres de 2016 et ceux du premier trimestre 2017 avancés par le Centre monétique interbancaire (CMI), acteur de référence pour le paiement électronique au Maroc. De l’avis de son directeur général, Mikael Naciri, l’année 2017 se révèle encore plus prometteuse puisque le 1er trimestre a été bouclé avec de très bonnes performances. Au moins aussi bonnes que celles de l’année écoulée qui prouvent qu’un indéniable changement s’opère dans les habitudes des consommateurs, rassurés par la sécurité des paiements en ligne puisque très peu de cas d’usage frauduleux de carte bancaire marocaine ont été enregistrés à ce jour. Les détails.

Le Matin : Quelle lecture faites-vous de l’évolution du secteur ?
Mikael Naciri : Le paiement électronique de manière générale connaît une percée remarquable, c’est notamment le cas pour le paiement par carte bancaire, et encore plus pour le paiement en ligne.
En terme de réalisations, l’année 2016 a été très satisfaisante pour le CMI, l’activité a progressé de +23,5% en nombre d’opérations de paiement et de +13,8% en montant, soit 40,5 millions de transactions de paiement pour un montant global de 26,1 milliards de DH.
L’année 2017 se révèle encore plus prometteuse, le 1er trimestre a été bouclé avec de très bonnes performances. Le nombre d’opérations de paiement a atteint 11,7 millions de transactions en progression de +29,5% et le volume de paiement a atteint 7,1 milliards de DH en progression de +20,2%.
Les contributions à ces résultats diffèrent entre les cartes bancaires marocaines et celles étrangères, et diffèrent aussi par les secteurs d’activité qui ont permis la réalisation de ce nombre d’opérations.
De manière globale, les cartes bancaires marocaines continuent de monter en puissance et représentent, pour le 1er trimestre 2017, une part de 86,9% en termes de nombre d’opérations, contre 23,1% pour les cartes étrangères, et une part de 67,4% en termes de montant, contre 32,6% pour les cartes
étrangères.
Les secteurs d’activité qui acceptent le plus la carte bancaire, en termes de nombre d’opérations de paiement et toujours pour le 1er trimestre 2017, sont les supermarchés qui se démarquent avec 32,0% des transactions, suivis par les restaurants avec 13,6% des opérations, et enfin les stations-services et les magasins d’habillement avec 10,5% des opérations chacun.

À la lumière des chiffres encourageants, peut-on parler de changement dans les habitudes des consommateurs ?
Oui, indéniablement, les consommateurs changent leurs habitudes de paiement, on note à la fois, plus de porteurs de cartes bancaires qui utilisent leurs cartes pour le paiement, plus de transactions de paiement par porteur, et une baisse du montant moyen de paiement. Ce sont les 3 indicateurs de bonne santé de l’activité. En effet, la baisse du montant moyen indique pour nous, d’une part, que les commerçants hésitent de moins en moins à accepter le mode de paiement par cartes bancaires même quand le montant est relativement bas, et d’autre part, que les commerces de proximité et les services de montant moyen à faible sont maintenant ouverts au paiement par carte bancaire.
Durant les 3 premiers mois de l’année 2017, nous avons enregistré 1.320.867 cartes bancaires marocaines actives en paiement sur les TPE et sites marchands au Maroc, chaque carte ayant réalisé en moyenne 7,7 opérations de paiement avec un montant moyen de paiement de 472,8 DH.

Qu’en est-il de la sécurité des paiements en ligne ?
La sécurité des paiements en ligne est assurée par le processus appelé 3D Secure. Une demande de paiement par carte bancaire sur un site eCommerce ou un site de facturier ou d’une administration, exigera une authentification de l’internaute client via la saisie d’un code confidentiel qui lui est remis par sa banque.
Ce processus est une norme de Visa et Mastercard et il est appliqué partout dans le monde. Le Maroc a adopté ce processus d’authentification pour les cartes étrangères depuis le lancement et pour les cartes marocaines depuis 2014.
Durant l’année 2016, nous avons réalisé plus de 3,5 millions d’opérations de paiement en ligne par carte bancaire marocaine, et plus de 106 mille opérations par carte bancaire étrangère. Il y a eu de très rares cas d’usage frauduleux de carte bancaire marocaine, et c’est arrivé quand la banque n’avait pas encore déployé le 3D Secure à tous ses clients porteurs de cartes.
Les cas de fraude qui nécessitent un traitement de notre part concernent principalement les cartes étrangères. Là effectivement, et malgré le 3D Secure, des fraudeurs arrivent encore à réaliser des paiements en ligne avec les informations de la carte bancaire étrangère. C’est possible, tant que certaines banques n’ont pas encore fait évoluer leur processus 3D Secure vers le code dynamique, et donc que leurs clients porteurs de cartes continuent d’utiliser le code statique.
Signalons que le marchand est protégé contre les conséquences de cette fraude, en cas de livraison de produits, le règlement du marchand est garanti par le CMI.
Il est aussi intéressant de signaler que plusieurs affaires de fraude en ligne sur les cartes étrangères ont fait l’objet de plaintes et d’investigation par le CMI et ont permis de traduire les fraudeurs devant les tribunaux.

Où en êtes-vous avec le paiement «Contactless» ?
Sur le terrain, nous constatons encore peu de transactions Contactless, marocaines et étrangères. Il faut signaler que quelques banques marocaines ont commencé à émettre une partie de leurs cartes en Contactless, mais ces cartes représentent encore une toute petite part de l’encours des 13 millions de cartes bancaires marocaines en circulation.
Pour ce qui revient au CMI, nous avons déployé, en 2015 et 2016, plus de 8.000 TPE acceptant les transactions en mode Contactless, et par ailleurs, tous les nouveaux TPE installés ou remplacés aux commerçants possèdent la fonctionnalité du Contactless. Il faut donc encore quelque temps avant que l’offre et la demande sur le paiement Contactless se rencontrent.
Comme vous le savez, l’avantage principal du paiement en Contactless est d’offrir la possibilité d’un paiement rapide pour les petits montants. Pour cela, les banques qui émettent ces cartes doivent aussi changer leurs process pour gérer les transactions en mode offline, c’est-à-dire sans vérification du PIN et sans demande d’autorisation préalable.

Quel bilan faites-vous du e-paiement de la vignette automobile ?
Le paiement en ligne de la vignette automobile a donné un coup de pouce très important pour le paiement sur Internet. Au-delà du nombre d’opérations, ce qui a retenu notre intérêt dans les deux opérations Vignettes de 2016 et 2017, c’est l’arrivée de milliers de nouveaux adeptes du paiement en ligne.
En effet, beaucoup de porteurs de cartes bancaires marocaines, qui n’avaient auparavant jamais effectué de paiement sur Internet, ont fait le pas lorsqu’il s’est agi de la vignette.
Il est évident que ces milliers de clients, ayant fait leur baptême de paiement sur Internet, deviennent en majorité des adeptes du paiement en ligne sur les sites eCommerce, les sites des facturiers, les sites des compagnies aériennes.
En termes d’opérations, 42.687 vignettes automobiles ont été acquittées via internet et avec paiement en ligne par carte bancaire en janvier 2017, en progression de +31% par rapport à janvier 2016. Le site web du CMI www.mavignette.ma a vu sa part de marché passer de 43% en janvier 2016 à 78% en janvier 2017.

Avez-vous remarqué un changement au niveau du classement des secteurs qui accaparent la plus grande partie des transactions ?
Les secteurs traditionnels continuent de tirer le paiement par cartes bancaires. Pour le TPE, les secteurs locomotives restent les supermarchés, les restaurants, les magasins d’habillement et les stations de services. Pour ce qui est du paiement en ligne, les secteurs phares sont les grands facturiers tels que les opérateurs Télécom et les régies de distribution d’eau et d’électricité, les compagnies aériennes et bien sûr les sites eGov tels celui de la TGR et de la DGI.

Quels sont, selon vous, les faits marquants ayant concerné le CMI en 2016 ?
Il y a d’abord le rapprochement qui a été concrétisé entre CMI et Maroc Telecommerce, et qui permet au CMI d’offrir des solutions de paiement Multicanal pour ses clients : le TPE, le GAB, l’Internet, le mobile et la tablette (au sens de l’internet), le paiement en agences bancaires et dans un réseau physique de commerçants. Ces dernières solutions reposent sur la plateforme Fatourati qui est développée, améliorée et étoffée en services par les équipes de MTC depuis plusieurs années.
Il y a aussi le partenariat avec le groupe Marjane qui a été consolidé et élargi en 2016. Ce groupe qui est un partenaire stratégique du CMI et qui est un client sans interruption du CMI depuis le lancement de son premier magasin pour le traitement des opérations de paiement par cartes bancaires, a choisi le CMI pour renouveler toute son infrastructure monétique en décembre 2016. Les équipes du CMI ont ainsi déployé en un temps record plus de 1.350 TPE Contactless dans les 103 magasins du Groupe Marjane (Marjane, Acima, Electroplanet…). La solution monétique déployée par le CMI a apporté au Groupe Marjane de nouveaux services comme le Contactless, le service DCC pour les cartes étrangères, les ventes de recharges instantanées et surtout un passage en caisse plus rapide… la nouvelle solution offre aussi à notre partenaire des outils de rapprochement et de contrôle des transactions bien plus sophistiqués que sa précédente solution.





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