Lutte anti-acridienne

Nouvelle imagerie satellitaire pour anticiper les invasions de criquets

Samir Benmalek,LE MATIN
16 Juin 2017
Lutte-anti-acridienne-b.jpg Un kilomètre carré d'essaim contient près de 40 millions de criquets qui sont capables d'ingurgiter autant de nourriture que 35.000 personnes en une seule journée.

Des scientifiques de l'Agence spatiale européenne et des spécialistes du criquet pèlerin de la FAO ont mis au point une nouvelle technique qui leur permet d'anticiper la formation d'essaims destructeurs des cultures. Ce procédé permettra de rallonger de deux mois le délai d'avertissement des résurgences acridiennes.

Les données obtenues par les satellites de l'Agence spatiale européenne, telles que l'humidité des sols ou la végétation fraiche, sont utilisées pour surveiller les conditions pouvant conduire au regroupement de criquets. «Les essaims surgissent lorsqu'une période de sécheresse est suivie de pluies abondantes et d'une rapide croissance de la végétation», rappelle la FAO. «Des délais d'avertissements plus longs donnent aux pays davantage de temps pour agir vite, contrôler rapidement une potentielle résurgence et éviter des pertes alimentaires importantes», souligne Keith Cressman, chargé des prévisions acridiennes. L'humidité des sols renseigne sur la quantité d'eau disponible pour la croissance de la végétation et sur les conditions favorisant la reproduction de criquets et peut donc signaler la présence de criquets 2 ou 3 mois à l'avance, selon la FAO.

En prenant l'exemple de la dernière résurgence en Mauritanie en 2016, la FAO a pu décaler de près de 70 jours les moments des signes initiaux d'humidité des sols par rapport au moment où la résurgence a lieu. Les criquets pèlerins sont des sauterelles capables de former de grands essaims, qui représentent une menace importante pour la production agricole. En Afrique de l'Ouest, lors de l'invasion qui a eu lieu entre 2003 et 2005, plus de 8 millions de personnes ont été affectées, de nombreuses cultures céréalières ont été ravagées et jusqu'à 90% des légumineuses et des pâturages ont été détruits. Il aura fallu près de 600 millions de dollars et 13 millions de litres de pesticides pour maîtriser la situation. En plus des observations, la FAO mène également plusieurs opérations de traitements préventifs. Lors de l’atelier de formation au profit des journalistes maghrébins du 15 au 18 mai à Tanger, Mohamed Lamine Hamouny, secrétaire exécutif de la commission FAO de lutte contre le criquet pèlerin, avait souligné : «Si la dernière invasion du criquet pèlerin, qui consomme en cultures et pâturages 100 fois son poids, remonte à 2003-2005, c’est parce que nous avons mené des opérations de traitements préventifs. S’il n’y a pas de prévention sur des milliers d’hectares, ce seront des millions d’hectares qui seront envahis par ce criquet. Pour la période 2014-2017, notre budget est de 28,8 millions de dollars», a précisé l’expert. 





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