Dérapages verbaux de Ban Ki-moon

Une crise diplomatique sans précédent entre le Maroc et l’ancien SG de l’ONU

Abdelwahed Rmiche,LE MATIN
06 January 2017 - 12:38
Derapages-verbaux-de-Ban-Ki-moon-b.jpg Jugeant les propos de Ban Ki-moon sur la question du Sahara «inappropriés, politiquement inédits dans les annales de ses prédécesseurs et contraires aux résolutions du Conseil de sécurité», le gouvernement marocain a constaté que le SG de l’ONU «s'est départi de sa neutralité, de son objectivité et de son impartialité».Ph. AFP

La visite de Ban Ki-moon à Tindouf en mars dernier a été à l’origine d’une crise diplomatique d’une virulence inouïe entre le Royaume du Maroc et l’ancien secrétaire général de l’ONU. Ce dernier, en tournée dans la région, a tenu des propos déplacés et attentatoires à l’intégrité territoriale du Maroc, de même qu’il a fait une entorse grave à l’obligation d’impartialité et de neutralité que tout fonctionnaire de l’organisation onusienne est supposé observer. La réaction du gouvernement marocain ne s’est pas fait attendre.

Lors de sa visite en mars dernier à Tindouf, l’ancien secrétaire général de l’ONU n’en a pas raté une. Il a commis des bourdes et des maladresses que même un diplomate novice ne commettrait pas.
À moins d’être animé de mauvaises intentions. Non seulement il a qualifié la présence du Maroc dans ses provinces du Sud «d’occupation», un terme lourd de sens, dénotant une prise de position flagrante, mais il s’est incliné devant le drapeau de la rasd, une entité non reconnue par l’ONU. Il a également brandi un «V» symbole de victoire face aux populations de Tindouf. Il n’en fallait pas plus pour que le Maroc réagisse avec fermeté et vigueur.
Au lendemain de ces dérapages

(8 mars 2016), le gouvernement marocain s’est fendu d’un communiqué virulent pour protester contre les propos du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon. Le communiqué indiquait que le gouvernement du Royaume relevait avec «une grande stupéfaction les dérapages verbaux, les faits accomplis et les gestes de complaisance injustifiés de Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, durant sa récente visite dans la région».

Une indulgence coupable

Jugeant les propos de M. Ki-moon sur la question du Sahara «inappropriés, politiquement inédits dans les annales de ses prédécesseurs et contraires aux résolutions du Conseil de sécurité», le gouvernement marocain a constaté que le SG de l’ONU «s'est départi de sa neutralité, de son objectivité et de son impartialité, affichant ouvertement une indulgence coupable avec un État fantoche, dépourvu de tous les attributs, sans territoire, ni population, ni drapeau reconnu».
Il a regretté, en outre, que «le secrétaire général ait cédé au chantage des autres parties en procédant à des faits accomplis, en violation des engagements et des garanties données au Maroc par ses plus proches collaborateurs, de s'opposer à toute manipulation lors de ses déplacements».

Par ailleurs, le gouvernement marocain a constaté «avec stupéfaction que le secrétaire général a utilisé le terme “occupation” pour qualifier le recouvrement par le Maroc de son intégrité territoriale ce qui déroge de façon drastique avec la terminologie traditionnellement utilisée par les Nations unies s'agissant du Sahara marocain».
Dans le même ordre d’idées, il a déploré que le secrétaire général n'ait pas daigné soulever la question des violations massives des droits de l'Homme dans les camps de Tindouf en Algérie, y compris les cas de trois femmes sahraouies séquestrées depuis plus d'un an, dont il est régulièrement saisi tant par les victimes elles-mêmes, que par les organisations internationales des droits de l'Homme».
Se rendant compte de l’ampleur des conséquences de sa tournée régionale, le secrétariat général de l’ONU a essayé de calmer les esprits en évoquant un simple «malentendu». Mais cette justification n’a fait qu’attiser l’ire du gouvernement marocain qui persistait à croire qu’il s’agissait d’actes d'une gravité sans précédent, qui ne sont «ni justifiables, ni effaçables».

Pour le Maroc, «la situation provoquée par les propos et les actes inadmissibles du secrétaire général ne peut se réduire à un simple “malentendu”.
Il s'agit, en réalité, d'actes d'une gravité sans précédent, qui ne sont ni justifiables ni effaçables». «Aux yeux du Maroc, ce sont des agissements prémédités, qui visent à altérer la nature du différend et qui préjugent de son
issue. Il s'agit, ni plus ni moins, d'un alignement total sur les thèses des autres parties».

Les griefs du Maroc

Outre le fait de parler d’occupation du Sahara, le Maroc reproche à Ban Ki-moon d’avoir déclaré que la Minurso était prête à organiser exclusivement un référendum, sachant que pour le Royaume, depuis 2004, l'option référendaire n'est plus évoquée par le Conseil de sécurité pour résoudre ce différend régional. Car même l'Assemblée générale n'y fait plus référence depuis 2007.
De même, la visite, le 5 mars, du SG à la localité de Bir Lahlou, constitue pour le Maroc «un développement dangereux puisque cela revient à considérer Bir Lahlou comme une extension de Tindouf». En procédant de la sorte, le SG a consacré «une division du territoire, crédité la thèse de “territoires libérés” et changé le statut de cette zone tampon». De même, «les marques d'alignement qu'ont été le “V” de la victoire» brandi par Ban Ki-moon et son inclinaison devant l'étendard d'une entité fantoche non reconnue par l'ONU sont également une violation du devoir d'impartialité du secrétaire général, et autant d'affronts au Maroc et au peuple marocain dans l'ensemble de ses composantes».
Le Maroc a déploré, par ailleurs, «la campagne médiatique et l'activisme politique, latents ou ouverts, du SG contre le Maroc sont aussi regrettables que contreproductifs».

C'est le sens du message adressé par les 29 pays membres de la Communauté des États sahélo-sahariens réunis à Sharm Al Cheikh, à la suite de l'inclusion par le secrétariat général du différend avec le Maroc dans une réunion consacrée à la sécurité régionale. Pour le Maroc, «l'implication du secrétariat général des Nations unies devrait se faire conformément aux principes de neutralité et d'impartialité» et qu'il est tenu d'«agir de manière constructive dans le respect de ses membres». 







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