Enseignement

Le dur métier d’instituteur rural

,LE MATIN
01 Juillet 2013
Les-conditions-de-vie-des-jeunes-instituteurs-du-monde-rural-sont-dures.jpg Les conditions de vie des jeunes instituteurs du monde rural sont dures.

Il y a quelques jours, les futurs instituteurs ont passé leur examen de fin d’année. À la prochaine rentrée scolaire, les admis parmi eux seront affectés en milieu rural. Voici leurs témoignages.

Les instituteurs des écoles rurales sont en majorité jeunes. Et selon la Fondation du Haut-Atlas, ils sont également «pleins d’idéalisme et profondément concernés par leurs élèves et des communautés où ils travaillent. De plus, comme les instituteurs ruraux sont répartis sur l’ensemble du territoire marocain, même dans les régions les plus reculées, ils constituent une institution importante à travers laquelle le développement rural peut être catalysé et facilité dans tout le pays», indiquent les membres de la Fondation. Dans le Royaume, il existe 34 Centres de formation des instituteurs (CFI), 13 Centres pédagogiques régionaux (CPR) pour la formation des enseignants du secondaire collégial et 8 Écoles normales supérieures (ENS) pour la formation des enseignants du secondaire qualifiant et des professeurs agrégés. Toutefois, il y a tout même un manque d’effectif criant, car certains professeurs doivent gérer des classes d’une trentaine voire une quarantaine de personnes. «Quand j’ai commencé à exercer ce beau métier d’instituteur, on m’a envoyée dans un patelin perdu à 60 kilomètres d’Al Hoceima», raconte L.B. une institutrice âgée de 29 ans.

Habituée à l’agitation de Casablanca, ce changement a été très difficile pour la jeune femme (qui relève de nombreux soucis) «Au sein du village, il y avait des problèmes de réseau, de connexion, mais également de culture. En effet, les gens de la campagne ont une autre mentalité et ce n’était pas toujours facile à gérer», confie la jeune institutrice. Après plusieurs demandes de mutation, c’est au bout de cinq ans que la jeune femme a été affectée à un autre secteur. Mais toujours au sein du monde rural. N’ayant pas d’enfant et n’étant pas mariée, la jeune femme ne remplit pas assez de critères pour revenir au sein du monde urbain. Après ce déplacement, L.B. s’est retrouvée au sein d’un autre village à 34 km de Settat. Pour elle c’était déjà beaucoup «Si je fais la comparaison entre mon monde de vie à Al Hoceima et Settat, je dirai que je suis mieux lotie ici».

Des élèves éduqués

Cependant, les conditions de vie restent dures. «Chaque jour, je dois attendre les transports en commun durant un long moment. Car je fais la navette entre l’endroit où je travaille et Settat quotidiennement. Le petit village est peu desservi et parfois, j’attends un grand taxi pendant plus d’une heure. Toutefois, à chaque fois je pense aux enfants qui m’attendent et je me dis que je ne peux pas les laisser tomber», avoue la jeune femme.
Par ailleurs, ici aussi L.B. note un manque criant d’infrastructure. Néanmoins, il y a tout de même des points positifs. En effet, d’après l’institutrice, les élèves du monde rural seraient «plus sages, mieux éduqués, plus assidus et largement plus maîtrisables que les élèves du monde urbain». Avant d’ajouter : «Quand j’ai fait de la surveillance durant les les épreuves du Baccalauréat, j’ai remarqué que les lycéens de Casablanca sont hautains, trop sûrs d’eux, mal éduqués et surtout pénibles. Alors qu’au sein du monde rural, les élèves sont reconnaissants envers nous et ont vraiment envie d’apprendre et d’étudier», explique L.B.

Bref, les conditions de vie de ces jeunes instituteurs du monde rural sont dures alors que vis-à-vis des relations humaines, c’est plus simple. Et comme le souligne L.B. «ce métier on le fait par amour et vocation, car on est au courant dès le début de ces conditions de vie au sein du monde rural». Cependant, pour la jeune femme, être enfermée dans un patelin depuis 5 ans, cela donne l’impression de stagner. Et ce qui est le plus dur pour elle est la coupure avec la famille. C’est pourquoi elle rentre chaque weekend à Casablanca. Les enseignants du monde rural regrettent aussi qu’ils ne soient pas indemnisés à hauteur de leurs mauvaises conditions de vie. Ils souhaiteraient bénéficier d’un meilleur salaire, car selon eux, ils touchent le même salaire que ceux qui travaillent tout prés de chez eux.

Il faudrait également plus d’infrastructures, car ils souffrent pour aller travailler. D’ailleurs, ils prennent parfois des risques en faisant de l’autostop ou en prenant des moyens de transport clandestins. Toutefois et malgré le fait qu’il y ait plusieurs points négatifs pour le monde rural, L.B. ne se voit pas travailler dans le monde urbain. Pour elle, les élèves de la campagne déploient plus d’efforts pour s’en sortir. «Ils ont une autre mentalité dont je n’ai pas envie de me détacher. D’ailleurs, je connais trop d’enseignants du monde urbain accros aux antidépresseurs», insiste-t-elle. L.B. aimerait aussi que le ministère soutienne plus les jeunes filles du monde rural. «Il faut aider ces fillettes, car ce sont des filles brillantes qui se retrouvent trop rapidement déscolarisées à cause du manque d’argent, d’infrastructures et de pression de leurs parents pour les marier tôt», livre-t-elle. D’après L.B. si le ministère attribuait plus d’argent pour les cantines, les transports scolaires et les fournitures, il y aurait moins de taux de déscolarisation, surtout chez les jeunes filles.



Les fonctions de l’instituteur

L’instituteur a la responsabilité d’une classe d’une trentaine d’enfants. Parfois, suivant les effectifs, il est nécessaire de grouper deux classes en une. C’est ce que l’on appelle un double niveau. Dans les zones rurales notamment, trois classes ou plus peuvent même être réunies. Il doit assurer chaque semaine 26 heures d’enseignement. Hors du temps de travail, il doit aussi corriger les cahiers, préparer les leçons et recevoir les parents d’élèves.

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