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Mardi 09 Juin 2026
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Une loi de Finances pour colmater les brèches

Le projet de loi de Finances 2008 aura bel et bien sa dose de critiques. Il faut dire qu'il a tous les « atouts» pour gagner en intérêt.

Une loi de Finances pour colmater les brèches
Une loi de Finances pour colmater les brèches
Un contexte difficile et peu tendre pour la nouvelle équipe au gouvernement, marqué par une flambée exceptionnelle des prix du pétrole sur le marché international et par la hausse tout autant insupportable de la facture alimentaire qui a presque doublé cette année.

Cette situation risque de se compliquer davantage si les pluies ne sont pas au rendez-vous. Pendant ce temps, le nouveau gouvernement se cherche encore, même son action s'inscrit en partie dans la continuité par rapport à l'ancienne équipe.

Ainsi, confronté à ce contexte difficile et héritant d'un projet de Budget préparé par son prédécesseur qui a lui tracé les grandes lignes de ses recettes et dépenses pour l'année prochaine, le gouvernement actuel s'efforce tant bien que mal de s'en sortir en gérant toutes ces contraintes. Mais, a-t-il réussi dans cet exercice ?
Pour certains, il a procédé par la facilité, voire l'improvisation, en adoptant tel quel un Budget qu'il n'a pas préparé et dont il n'est même pas imprégné.

Pour eux, contrairement à ce que les membres du gouvernement essaient de nous faire croire, ce nouveau projet de loi de Finances n'a rien de social. Pour d'autres, celui-ci ne manque, en revanche, pas de mérite et montre le volontarisme de l'équipe de Abbas El Fassi. Adoptant une ligne médiane, d'autres observateurs se veulent compréhensif de certains choix du gouvernement, tout en nuançant que la volonté de donner un contenu social à ce budget ne s'est pas
vérifiée.

Ainsi, selon Lahcen Daoudi, du PJD, le projet de loi de Finances 2008 n'a rien de social. Il a plutôt usurpé cette qualité. « Comment peut-on lui coller l'étiquette sociale alors qu'il a tout donné pour les nantis et n'a rien apporté pour les pauvres », s'étonne le numéro 2 du PJD qui qualifie d'injuste la réduction de l'IS de 39 à 37%, en attendant de le ramener à 35%, pour les banques. Faisant des bénéfices exceptionnels (six milliards de dirhams !), celles-ci n'avaient pas besoin, soutient-il, de cette réduction.

De même, ajoute-t-il, réduire le taux de cet impôt pour les sociétés de 5 points d'un seul coup (de 35% à 30%) est brutal, puisqu'il prive le Budget de l'Etat des ressources importantes dans une conjoncture difficile.

La solution serait, selon lui, de procéder par étapes, en réduisant cet impôt de 2% par an et d'agir sur les autres facteurs qui grèvent la compétitivité de l'entreprise marocaine. Il a conclu qu'on est tout simplement en présence d'une «loi de Finances des lobbies» qui distribue des cadeaux fiscaux. «Sinon, comment expliquer qu'aucune mesure fiscale n'a été prise en faveur des petits salaires et des pauvres ? », s'interroge-t-il, en rappelant le statut quo au niveau de l'impôt sur le revenu et les augmentations qu'a subies la TVA.

Selon L. Daoudi le rôle joué par la Caisse de compensation pour ramener l'équilibre et aider les pauvres n'est qu'une illusion, «C'est une caisse financée par les contribuables, notamment les pauvres, qui apportent une bonne partie des recettes de la TVA», fait-il remarquer, en suggérant une subvention intelligente et ciblée.

Il a rappelé à ce sujet l'une des composantes du programme du parti qui consiste à taxer les gens qui consomment le plus pour redistribuer aux pauvres.
«C'est faisable et c'est très facile», estime-t-il, en se félicitant de la taxation des plus-values en bourse retenue par le gouvernement.
Le gouvernement aurait également dû, insiste-il, mettre davantage l'accent sur les mesures agricoles, notamment pour remédier au manque des semences et du fourrage.

En ce qui concerne la création de 250.000 emplois en 2008, le porte-parole du PJD estime que c'est irréalisable et que cela portera atteinte à la crédibilité du discours du gouvernement qui aura bien de surprises à la fin de l'exercice ! A son avis, le gouvernement a tout intérêt à rectifier le tir en juin ou juillet prochains en révisant ses prévisions par une loi de Finances rectificative.

Pour enfoncer le clou, il qualifie de trompeur le taux d'inflation retenu par la loi de Finances, à savoir 2%, en remettant en cause le calcul de cet indicateur. A ce sujet, il suggère d'instaurer un deuxième taux d'inflation spécifique pour les produits de base (une quinzaine à peu près) et qui permettra de refléter la réalité du coût de la vie.

Sur le même registre, relatif à la sincérité des chiffres, il trouve que le Fonds Hassan II ne doit pas faire partie du Budget.

Pour les défenseurs du nouveau gouvernement et sa loi de Finances, celle-ci a de quoi nous rendre optimistes. Il s'agit notamment, selon Moncef Kettani, président de l'Union PME Maroc, de nouvelles mesures pour les PME et pour la création d'entreprises (voir encadré). Pour le président de cette association, proche du parti de l'Istiqlal, le gouvernement est en mesure de réaliser ses ambitions . Il faut juste le laisser faire.

Parallèlement à ces deux courants, plus impliqués dans l'action du gouvernement, d'autres analyses ont pris plus de distance par rapport à ce projet. Il en est ainsi de l'enseignant-chercheur Driss Benali qui, tout en se montrant critique vis-à-vis du projet de loi de Finances, se veut compréhensif des contraintes du gouvernement et partage certains de ses choix.

D'abord, il considère à son tour qu'il est difficile de qualifier ce projet de Budget de social. Certes, le gouvernement n'a pas manqué de volonté sociale, mais la réalité ne reflète pas forcément cette bonne intention. En effet, explique-t-il, le poids fiscal est de plus en plus centré sur la TVA, notamment suite aux mesures prises par ce projet de Budget, dont la réduction de l'IS, les révisions à la hausse des taux de la TVA pour certaines activités et le statut quo en ce qui concerne l'IR. Or, précise-t-il, «un impôt indirect (en l'occurrence la TVA) est par définition injuste».

Le grand perdant dans cette tendance est, donc incontestablement, la classe moyenne qui continue, selon D. Benali, à être «plumée». Cette orientation va, d'ailleurs, à l'encontre de la logique qui sous-tend le renforcement de la Caisse de compensation qui est dotée de 20 milliards de dirhams, estime-t-il.

Toutefois, nuance-t-il, il est à souligner que le gouvernement dispose d'une marge de manœuvre très réduite, avec des contraintes aussi bien internes qu'externes. Pour gérer ces contraintes, il avait des arbitrages et des choix difficiles à faire. Il s'est adonné à un exercice acrobatique pour «colmater les brèches», dont le résultat a bénéficié plus aux secteurs producteurs, selon D. Benali. Ce qui est justifié, vu les surcoûts subis par le tissu industriel national, comme conséquence de la flambée des cours du pétrole et des matières premières sur le marché international, conclut-il.

Par ailleurs, au-delà de toute analyse, nous n'avons qu'à nous joindre à l'optimisme du nouvel argentier du Royaume qui est « convaincu » que les cours du pétrole finiront par reculer et, surtout, prions pour que les pluies soient au rendez-vous cette année car, au Maroc, gouverner est toujours synonyme de… pleuvoir.
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