L’escalade militaire dans le Golfe Persique met sous pression l’un des passages maritimes les plus stratégiques de la planète. Dans une note publiée le 10 mars courant, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) met en garde contre les répercussions mondiales des perturbations qui affectent le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. Ce couloir maritime étroit constitue en effet un véritable nœud vital du commerce mondial, notamment pour les flux énergétiques. La paralysie quasi totale du trafic qui y est observée depuis fin février fait peser des risques sur les marchés du pétrole, du gaz, des engrais et du transport maritime, avec des conséquences potentielles sur l’économie mondiale et sur les coûts alimentaires.
Avant l’escalade militaire récente, ce passage assurait le transit d’environ un quart du commerce mondial de pétrole transporté par mer, ainsi que d’importants volumes de gaz naturel liquéfié et d’engrais. Selon les données de l’instance onusienne, en 2024, près de 20 millions de barils de pétrole par jour ont transité par cette route maritime, soit 25% du commerce mondial de pétrole transporté par voie maritime. Dans ce volume, 14 millions de barils par jour correspondaient au pétrole brut et aux condensats, tandis que 6 millions de barils par jour concernaient les produits pétroliers raffinés.
Le détroit représente également une part importante du commerce maritime mondial pour plusieurs catégories de marchandises : 38% du pétrole brut transporté par mer, 29% du gaz de pétrole liquéfié (GPL), 19% du gaz naturel liquéfié (GNL), 19% des produits pétroliers raffinés, 13% de certains produits chimiques et 3% du transport de conteneurs. Cette concentration des flux illustre la place centrale du détroit dans la sécurité énergétique mondiale.
La Cnuced affirme que, depuis la montée des tensions militaires, le trafic maritime dans le détroit a connu une chute libre. Concrètement, le nombre quotidien de navires transitant par ce passage est passé d’une moyenne de 129 navires par jour entre le 1er et le 27 février dernier à seulement 3 à 6 navires par jour au début de ce mois de mars. Selon les estimations de la Cnuced, cela correspond à une baisse d’environ 97% du trafic maritime. Une telle contraction du trafic constitue un choc majeur pour les chaînes d’approvisionnement internationales, compte tenu du rôle de ce passage dans l’acheminement des hydrocarbures et de nombreuses matières premières.
Selon la Cnuced, les perturbations dans le détroit affectent surtout les flux énergétiques destinés au continent asiatique. Rappelons qu’en 2024, sur les volumes transitant par ce passage, 84% du pétrole brut transporté étaient destinés à l’Asie et 83% du gaz naturel liquéfié prenaient également cette direction. Au total, 14,3 millions de barils de pétrole par jour et 10,4 milliards de pieds cubes de GNL par jour ont transité par le détroit vers les marchés internationaux.
Précision importante : l’Europe et d’autres régions représentent des parts nettement plus modestes dans ces flux. La tension géopolitique s’est immédiatement répercutée sur les marchés énergétiques. Ainsi, entre le 27 février et le 9 mars, le prix du Brent a progressé de 27%, atteignant 91,8 dollars le baril, alors que celui du gaz a grimpé de 74%. Ces évolutions illustrent la sensibilité des marchés énergétiques aux perturbations affectant les grandes routes maritimes.
La structure de ces exportations est dominée par l’urée, qui représente 67% des volumes, suivie du phosphate diammonique (DAP) avec 20%, du phosphate mono-ammonique (MAP) avec 9%, tandis que les autres types d’engrais représentent environ 4%.
Selon la Cnuced, une telle concentration des flux dans un passage maritime aussi sensible pourrait affecter l’accès aux intrants agricoles dans plusieurs pays fortement dépendants des importations. Certains États apparaissent particulièrement exposés à ces perturbations, car une part importante de leurs approvisionnements en engrais provient de la région du Golfe persique. C’est notamment le cas du Soudan, dont 54% des importations d’engrais proviennent de cette zone, du Sri Lanka (36%), de l’Australie (32%), de la Tanzanie (31%) et de la Somalie (30%). Le Pakistan et la Thaïlande présentent chacun une dépendance de 27%, tandis que le Kenya et la Nouvelle-Zélande atteignent 26%, et le Mozambique environ 22%.
Aux yeux des experts de la Cnuced, dans ces conditions, toute perturbation prolongée du trafic maritime pourrait rapidement affecter l’approvisionnement agricole de ces économies. Le Rapport souligne également l’existence d’une relation historique entre les prix de l’énergie et ceux des produits alimentaires. Les périodes de flambée des prix du pétrole ont souvent été associées à une hausse de l’indice mondial des prix alimentaires, comme cela a été observé lors de tensions géopolitiques au Moyen-Orient, pendant la pandémie de la Covid-19 ou encore au début de la guerre en Ukraine. De la même manière, la hausse des prix du gaz naturel tend à se répercuter sur les prix des engrais azotés, dont la production dépend fortement de cette source d’énergie.
Les perturbations du détroit ont par ailleurs entraîné une flambée rapide des coûts du transport maritime. Entre le 27 février et le 6 mars 2026, l’indice Baltic Dirty Tanker Index, qui mesure le coût du transport du pétrole brut, a progressé de 54%, tandis que l’indice Baltic Clean Tanker Index, qui concerne le transport des produits pétroliers raffinés, a augmenté de 72%. Ces indicateurs reflètent l’évolution des coûts moyens du transport maritime sur les principales routes pétrolières mondiales.
Dans le même temps, le prix du carburant utilisé par les navires a fortement augmenté. Entre le 27 février et le 9 mars 2026, le carburant maritime à faible teneur en soufre a enregistré une hausse frôlant les 100%, tandis que celui à forte teneur en soufre a progressé de 100%. Les données utilisées dans le Rapport se réfèrent au port de Singapour, qui constitue le principal hub mondial de soutage de carburant maritime.
La montée des tensions se reflète aussi sur les marchés financiers de la région. Entre le 1er janvier et le 9 mars 2026, les rendements obligataires ont progressé dans plusieurs économies du Moyen-Orient, atteignant 7,1% en Irak, 7,0% à Bahreïn, 6,4% en Jordanie, 5,3% à Oman, 5,1% en Arabie saoudite, 4,8% au Qatar, 4,8% aux Émirats arabes unis et 4,4% au Koweït. Cette évolution traduit une perception accrue du risque par les investisseurs.
Au-delà des perturbations immédiates, l’organisation onusienne souligne que la situation met en évidence la vulnérabilité structurelle du commerce international face aux tensions géopolitiques qui affectent les grands points de passage maritimes. Ces routes constituent des maillons essentiels des chaînes d’approvisionnement mondiales et leur perturbation peut transmettre rapidement des chocs à l’ensemble de l’économie mondiale. Dans ce contexte, la Cnuced estime que la désescalade des tensions et la sécurisation du transport maritime international demeurent essentielles pour limiter les risques pesant sur le commerce mondial et le développement économique.
Avant l’escalade militaire récente, ce passage assurait le transit d’environ un quart du commerce mondial de pétrole transporté par mer, ainsi que d’importants volumes de gaz naturel liquéfié et d’engrais. Selon les données de l’instance onusienne, en 2024, près de 20 millions de barils de pétrole par jour ont transité par cette route maritime, soit 25% du commerce mondial de pétrole transporté par voie maritime. Dans ce volume, 14 millions de barils par jour correspondaient au pétrole brut et aux condensats, tandis que 6 millions de barils par jour concernaient les produits pétroliers raffinés.
Le détroit représente également une part importante du commerce maritime mondial pour plusieurs catégories de marchandises : 38% du pétrole brut transporté par mer, 29% du gaz de pétrole liquéfié (GPL), 19% du gaz naturel liquéfié (GNL), 19% des produits pétroliers raffinés, 13% de certains produits chimiques et 3% du transport de conteneurs. Cette concentration des flux illustre la place centrale du détroit dans la sécurité énergétique mondiale.
La Cnuced affirme que, depuis la montée des tensions militaires, le trafic maritime dans le détroit a connu une chute libre. Concrètement, le nombre quotidien de navires transitant par ce passage est passé d’une moyenne de 129 navires par jour entre le 1er et le 27 février dernier à seulement 3 à 6 navires par jour au début de ce mois de mars. Selon les estimations de la Cnuced, cela correspond à une baisse d’environ 97% du trafic maritime. Une telle contraction du trafic constitue un choc majeur pour les chaînes d’approvisionnement internationales, compte tenu du rôle de ce passage dans l’acheminement des hydrocarbures et de nombreuses matières premières.
Selon la Cnuced, les perturbations dans le détroit affectent surtout les flux énergétiques destinés au continent asiatique. Rappelons qu’en 2024, sur les volumes transitant par ce passage, 84% du pétrole brut transporté étaient destinés à l’Asie et 83% du gaz naturel liquéfié prenaient également cette direction. Au total, 14,3 millions de barils de pétrole par jour et 10,4 milliards de pieds cubes de GNL par jour ont transité par le détroit vers les marchés internationaux.
Précision importante : l’Europe et d’autres régions représentent des parts nettement plus modestes dans ces flux. La tension géopolitique s’est immédiatement répercutée sur les marchés énergétiques. Ainsi, entre le 27 février et le 9 mars, le prix du Brent a progressé de 27%, atteignant 91,8 dollars le baril, alors que celui du gaz a grimpé de 74%. Ces évolutions illustrent la sensibilité des marchés énergétiques aux perturbations affectant les grandes routes maritimes.
Un tiers du commerce mondial d’engrais concerné
Au-delà de l’énergie, les perturbations qui affectent le détroit d’Ormuz menacent également les flux d’engrais, essentiels à la production agricole mondiale. Le Rapport souligne qu’environ un tiers du commerce maritime mondial d’engrais transite par cette route stratégique. En 2024, près de 16 millions de tonnes d’engrais ont été exportées par voie maritime depuis la région du Golfe Persique.La structure de ces exportations est dominée par l’urée, qui représente 67% des volumes, suivie du phosphate diammonique (DAP) avec 20%, du phosphate mono-ammonique (MAP) avec 9%, tandis que les autres types d’engrais représentent environ 4%.
Selon la Cnuced, une telle concentration des flux dans un passage maritime aussi sensible pourrait affecter l’accès aux intrants agricoles dans plusieurs pays fortement dépendants des importations. Certains États apparaissent particulièrement exposés à ces perturbations, car une part importante de leurs approvisionnements en engrais provient de la région du Golfe persique. C’est notamment le cas du Soudan, dont 54% des importations d’engrais proviennent de cette zone, du Sri Lanka (36%), de l’Australie (32%), de la Tanzanie (31%) et de la Somalie (30%). Le Pakistan et la Thaïlande présentent chacun une dépendance de 27%, tandis que le Kenya et la Nouvelle-Zélande atteignent 26%, et le Mozambique environ 22%.
Aux yeux des experts de la Cnuced, dans ces conditions, toute perturbation prolongée du trafic maritime pourrait rapidement affecter l’approvisionnement agricole de ces économies. Le Rapport souligne également l’existence d’une relation historique entre les prix de l’énergie et ceux des produits alimentaires. Les périodes de flambée des prix du pétrole ont souvent été associées à une hausse de l’indice mondial des prix alimentaires, comme cela a été observé lors de tensions géopolitiques au Moyen-Orient, pendant la pandémie de la Covid-19 ou encore au début de la guerre en Ukraine. De la même manière, la hausse des prix du gaz naturel tend à se répercuter sur les prix des engrais azotés, dont la production dépend fortement de cette source d’énergie.
Les perturbations du détroit ont par ailleurs entraîné une flambée rapide des coûts du transport maritime. Entre le 27 février et le 6 mars 2026, l’indice Baltic Dirty Tanker Index, qui mesure le coût du transport du pétrole brut, a progressé de 54%, tandis que l’indice Baltic Clean Tanker Index, qui concerne le transport des produits pétroliers raffinés, a augmenté de 72%. Ces indicateurs reflètent l’évolution des coûts moyens du transport maritime sur les principales routes pétrolières mondiales.
Dans le même temps, le prix du carburant utilisé par les navires a fortement augmenté. Entre le 27 février et le 9 mars 2026, le carburant maritime à faible teneur en soufre a enregistré une hausse frôlant les 100%, tandis que celui à forte teneur en soufre a progressé de 100%. Les données utilisées dans le Rapport se réfèrent au port de Singapour, qui constitue le principal hub mondial de soutage de carburant maritime.
Les coûts d’assurance explosent
Les coûts d’assurance contre les risques de guerre connaissent également une forte augmentation. Par exemple, pour un pétrolier évalué à environ 100 millions de dollars, la prime d’assurance peut passer d’environ 250.000 dollars par voyage avant la crise à près de 500.000 dollars si les primes doublent, voire atteindre jusqu’à 1 million de dollars si elles quadruplent. Ces charges supplémentaires viennent s’ajouter à la hausse du carburant et à l’augmentation des tarifs de fret.La montée des tensions se reflète aussi sur les marchés financiers de la région. Entre le 1er janvier et le 9 mars 2026, les rendements obligataires ont progressé dans plusieurs économies du Moyen-Orient, atteignant 7,1% en Irak, 7,0% à Bahreïn, 6,4% en Jordanie, 5,3% à Oman, 5,1% en Arabie saoudite, 4,8% au Qatar, 4,8% aux Émirats arabes unis et 4,4% au Koweït. Cette évolution traduit une perception accrue du risque par les investisseurs.
Au-delà des perturbations immédiates, l’organisation onusienne souligne que la situation met en évidence la vulnérabilité structurelle du commerce international face aux tensions géopolitiques qui affectent les grands points de passage maritimes. Ces routes constituent des maillons essentiels des chaînes d’approvisionnement mondiales et leur perturbation peut transmettre rapidement des chocs à l’ensemble de l’économie mondiale. Dans ce contexte, la Cnuced estime que la désescalade des tensions et la sécurisation du transport maritime international demeurent essentielles pour limiter les risques pesant sur le commerce mondial et le développement économique.
