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Mercredi 10 Juin 2026
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«L’ignorance» de Milan Kundera : exploration dans la mémoire humaine

La sortie d’un roman de Milan Kundera est toujours considérée comme un évènement littéraire. «L’ignorance» ne faillit pas à cette règle. L’auteur d’origine tchèque, exilé à Paris depuis de nombreuses années, revient sur des thèmes

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Plaidoyer à la fois désespéré et puissant, «L’ignorance » de Milan Kundera est un récit empli de tristesse et de regrets, un voyage dans le passé et un douloureux rappel de tout ce qui fut. Les protagonistes, de retour dans leur pays natal, après une longue absence, découvrent avec effroi, qu’ils n’ont plus de passé. Les amis et les proches ne montrent aucune curiosité concernant les années d’éloignement. L’absence d’un passé commun, de souvenirs ou encore d’une histoire commune plane de son ombre impitoyable sur les personnages de «L’ignorance» Le passé est partiel, irrémédiablement amputé de toutes les années d’absence. Ne pas partager le passé signifie être voué à vivre malheureux et solitaire. A partir de cette notion d’ignorance comme lacune existentielle, Milan Kundera s’interroge sur la mémoire, et surtout sur l’oubli, qui, à ses yeux, prend le pas sur le travail de la mémoire. «De quoi je me souviens ? De très peu de choses. Et l’autre ne se souvient pas des mêmes choses. C’est donc une non-rencontre, mais qui est voilée par l’émotion. Mais, dès que la situation subit une vraie analyse, vous vous rendez compte de la présence de l’oubli.»
Les protagonistes traversent le roman en y traînant leurs déceptions, leurs blessures et leurs contradictions. Il y a d’abord Irena, veuve et mère, exilé à Paris à la fin des années soixante-dix et qui revient à Prague vingt ans après, Gustaf, l’entrepreneur suédois, ami d’Irena, qui découvre avec émerveillement le pays, Milada, la vieille complice d’enfance qui a connu une tragique histoire d’amour ; Josef qui a choisi de vivre au Danemark et qui revient en Bohême, dans une Tchéquie post-communiste. Emigrés sans patrie, les personnages de «L’ignorance» se cherchent, se croisent, se fuient, dans une quête désespérée et s’enfoncent à nouveau dans leur solitude. La rencontre de deux «dissidents», Irena et Joseph dans un aéroport, aurait pu tisser entre ces deux êtres déracinés un présent et un avenir communs. Mais l’ironie du sort a voulu que Joseph soit atteint d’une amnésie totale concernant ses dernières années à Prague : il n’a aucun souvenir d’Irena, ne se rappelait même pas son prénom. La jeune femme avait, par contre, gravé dans sa mémoire chacune de leurs rencontres, chaque parole échangée et gardait, presque religieusement le cendrier qu’il lui avait offert. La relation entre eux débouche sur une «non-rencontre». Destins croisés qui n’accostent pas sur la même rive, improbable quête de l’identité et des racines, «L’ignorance» n’est pas, insistait son auteur, un roman politique et encore moins un texte autobiographique. C’est «une exploration de ce qu’est la vie humaine dans le piège qu’est devenu le monde». Le roman est ainsi traversé, de bout en bout, par un discours philosophique et des remarques géopolitiques articulés autour du Printemps de Prague, en 1968, de la Révolution de velours, en 1989 et de la Tchéquie post-révolutionnaire.
Avec «L’ignorance», Milan Kundera renoue avec le roman à multiples entrées. Une magnifique parabole nous plonge dans le récit mythique d’Ulysse, de son éloignement pendant vingt ans et son retour qui ne suscite pas la curiosité qu’il escomptait sur les deux décennies vécues loin des siens.
Né en Tchécoslovaquie en1929, Milan Kundera connaît une célébrité immédiate après la publication de son premier roman «La Plaisanterie» en 1965, suivi, en 1968 de «Risibles amours». Victime de la répression soviétique, (ses livres sont interdits et il est privé de son emploi), Milan Kundera choisit, en 1975 d’émigrer en France où il vit toujours.

«L’ignorance» de Milan Kundera, Ed. Gallimard, 181 pages
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