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Histoire de voitures «voilées»

LE MATIN

Histoire de voitures «voilées»

De plus en plus de véhicules aux occupants invisibles investissent le circuit urbain

Concept en vogue pour la plupart de ses adeptes, chape de mystère pour certains, garant de l'intimité au sein de l'habitacle pour d'autres, les vitres teintées -ou fumées- des automobiles sont un phénomène qui fait fureur sur les artères et parkings marocains. Cependant, la « vitre in » a également une autre définition que ses partisans doivent totalement ignorer. «Conducteur n'étant pas en condition de conduire», telle est la qualification par la loi de cette mode qui constitue, en fait, une infraction au code de la route.

Certes, depuis l'apparition du phénomène au tout début des années 80, il n'a jamais été question de légiférer autour de la chose. Mais ce ne sont pas les circulaires émanant de la Direction générale de la sûreté nationale qui font défaut. Bien au contraire. Actuellement, des notes adressées aux services concernés tombent pratiquement tous les jours. Autant dire, au risque de décevoir les accros de l'habitacle obscurci, qu'il s'agit bel et bien d'une tendance illicite.

«C'est une question de visibilité, car le chauffeur, outre le fait qu'il doit obligatoirement voir clairement l'environnement dans lequel il évolue avec son véhicule, chose que réduit significativement une vitre fumée, il est en plus tenu d'être vu. En d'autres termes, l'habitacle du véhicule, ses occupants et ce qui s'y passe doivent être visibles de l'extérieur», indique un responsable de la Brigade de circulation urbaine de Casablanca. Il est à souligner que l'on ne s'en rend pas compte, mais en prêtant un tant soit peu l'attention, le nombre de véhicules aux vitres totalement opaques dépasse de loin ce que l'on pourrait imaginer.

Aujourd'hui, on assiste à une véritable contamination, et à grande échelle. De sorte qu'aucune catégorie de véhicules ne soit épargnée. Cela va des petites citadines, passant par des berlines bien portantes sur leurs roues et autres gros 4X4, jusqu'aux véhicules utilitaires (L'Honda… mon amour !), ainsi que certains camions aux mille et une couleurs, dont la robe rappelle étrangement celle de leurs «confrères» que l'on voit dans des documentaires tournés au Pakistan.

Rien qu'au district de Al-Fida-Mers Sultan, ce ne sont pas moins de cinq véhicules qui sont interceptés chaque jour. Pour le Grand Casablanca, il est question de plus d'une vingtaine de voitures «arrêtées» quotidiennement pour «port de voile illégal».

Frénésie

L'engouement est certain et ses raisons diffèrent d'une personne à l'autre. «C'est plutôt cool, la caisse est plus belle ainsi et ça ne passe pas inaperçu», explique un jeune, la vingtaine, à la sortie d'un garage spécialisé en «kits» et autres gadgets automobiles, où il vient de «maquiller» les vitres de sa voiture. «C'est aussi l'aspect mystérieux que dégage désormais la voiture une fois les vitres opaques, les gens doivent bien se poser des questions quand vous êtes à l'arrêt au niveau du même feu rouge.

Ça se lit sur leur regard, cherchant en vain à discerner ce qui se trouve dedans… ils ne me voient pas tandis que moi, je peux les voir…», poursuit-il avec un air empreint d'un ravissement pour le moins étrange.

Voyeurisme ? Peut-être pas, mais cela s'y apparente visiblement. Voir sans être vu, ce ne peut être que ça avec, en bonus, le sentiment de gêne que cela est susceptible d'occasionner chez l'autre. Nous l'avons tous vécu un jour, dans diverses situations, et tout le monde sait l'effet que cela produit. Cela renvoie au regard croisé avec des yeux derrière des lunettes noires. On ne sait absolument pas dans quelle direction se dirige le regard et, du coup, on préfère regarder ailleurs. Ainsi, en plus de la frime, il y a forcément de la perversité dans l'air.

Laquelle est promise à des jours heureux, jusqu'au feu rouge fatal, où l'agent verbalisateur se rendra compte du look illégalement apposé sur la voiture. Car, généralement, le pare-brise est conforme aux normes de la circulation, c'est-à-dire sans opacité apparente et ce ne sont que les vitres latérales et la lunette arrière qui sont «taggées» à l'adhésif noir. Chose qui ne permet pas à l'agent de la circulation de remarquer ce qui cloche.

Il ne s'en apercevra que tardivement, une fois que le véhicule quittera le périmètre où règne son sifflet.
Pour Leyla, il s'agit plutôt de préserver l'intimité de son «espace mobile». «Seule une femme est à même de savoir ce que peut peser un regard indésirable, lorsqu'elle se retrouve dévisagée par un énergumène dans sa voiture, lui faisant des signes afin de la convaincre de s'arrêter pour lui raconter ses bobards, c'est une agressivité au quotidien.

Parfois, cela peut être agréable, mais ça représente un ratio qui dépasse rarement le 1% des gens croisés. Je préfère ainsi me vautrer derrière ma vitre sombre et fumer ma cigarette le plus tranquillement du monde, sans avoir à passer pour l'extraterrestre de service», ironise la jeune femme.

Risques et périls

Ce qu'ils ignorent, les férus du «scotchage» de vitres, c'est que, une fois chopé, le contrevenant peut dire au revoir à son permis de conduire et à la carte grise de son véhicule, jusqu'à ce qu'il débarrasse ce dernier du ruban adhésif défendu.
Il peut également être passible d'une amende dont le montant sera décidé par le juge du tribunal.

«Je me souviens d'une première circulaire que nous avions reçue au début des années 80. La campagne fut alors lancée et nous avions pour ordre de retirer la carte grise à tout conducteur dont les vitres du véhicule étaient opaques. Une fois ce dernier rendu conforme au code de la circulation, son propriétaire pouvait récupérer ses papiers, sans avoir à payer d'amende», explique un agent verbalisateur en retraite.

Une deuxième circulaire tombera durant les années 90, suite à laquelle la chasse aux voitures aux vitres teintées à outrance fut relancée. Une chasse qui sera reconduite à l'aube du troisième millénaire pour se poursuivre jusqu'à aujourd'hui.

Cependant, la seule chose qui ne tourne pas rond dans cette histoire, c'est qu'ils sont de plus en plus de conducteurs à circuler dans des véhicules dont on ignore «le contenu». Manque de vigilance de la part des agents de la circulation ou situation établie moyennant un petit bakchich ? Les deux versions restent plausibles, au vu du nombre croissant des ces véhicules à l'allure, plutôt, inquiétante. «A vrai dire ce sont des voitures qui me font peur.

Dès que j'en croise une en marchant dans la rue, surtout lorsqu'elle roule à vitesse réduite, je ne peux m'empêcher de penser au pire, je me dis que des personnes malveillantes pourraient en descendre et me faire du mal, me kidnapper par exemple, sinon que ce sont des gens qui épient mes faits et gestes sans que je puisse savoir de qui il s'agit ni pourquoi agissaient-ils de la sorte », confie Salma, étudiante âgée de 17 ans.

La jeune fille ignore que ce sentiment qui l'envahit à la vue de pareille voiture, au comportement douteux, est le même que celui ressenti par les adultes, toutes proportions gardées, toutefois. De ce fait, on imagine mal la pérennité de pareil phénomène, notamment en vertu de la recrudescence de la criminalité, de la réapparition, certes éphémère, d'actes de terrorisme, ainsi que de la liste des personnes recherchées dans le pays et qui ne cesse de s'allonger.

Epilogue

Pour les autorités, ce sont plutôt des actes de débauche que pourraient abriter ce genre de voitures sujettes à controverse. «Quand vous vous retrouvez avec une voiture garée en pleine chaussée, que vous n'arrivez pas à distinguer son intérieur, cela prête forcément à équivoque. De plus, il s'agit d'une propriété privée et vous n'avez aucune latitude de forcer la portière pour voir ce que ça pourrait bien cacher», explique-t-on, non sans un sentiment de frustration mêlé d'impuissance face à la question.

Quoi qu'il en soit, le phénomène est bien réel, on dit que l'on fait ce qu'on peut. Mais ne faudrait-il pas, dans un premier temps, commencer par interdire la pose de ces fameux adhésifs ? Cela est de nature à constituer, de fait, la base de l'éradication de cette mode aux facettes peu rassurantes.n
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Comment se procurer le «voile» ?

«Non, pas sur le pare-brise, c'est interdit». C'est la réponse du gérant d'un centre auto à Casablanca, à la question relative à la possibilité de recouvrir toute la voiture de film adhésif noir. Notre ami ne sait pas que même sur les vitres latérales, le film est interdit lorsqu'il est trop opaque. Bref, ici, on fait plutôt les choses de manière professionnelle.

Après la pose, pas de bulle d'air, pas d'impureté, le travail est nickel. L'adhésif en question est qualifié de «film solaire» et ses mérites sont vantés, à coup de flyers, comme «une excellente protection contre les ultraviolets et la chaleur». «Anti-UV et anti-rayure», certes, mais il est également mentionné, un peu plus loin, «pour cacher l'intérieur de votre voiture». Dans ce centre où l'on trouve toutes sortes de gadgets, trois nuances différentes sont proposées à la clientèle, allant du clair au plus opaque, ne laissant rien transparaître et gardant, ainsi, jalousement l'habitacle de la voiture.

La pose du film, quant à elle, varie entre 1.500 et 2.000 DH pour une voiture moyenne. Pour une grosse berline ou un véhicule tout-terrain, il faudra compter beaucoup plus, car le prix est calculé en fonction de la superficie à recouvrir. Comment expliquer, alors, la déferlante qui a touché même les véhicules utilitaires, vu le coût de l'opération ? La réponse se trouve chez quasiment tous les vendeurs de pièces de rechanges et une grande partie de drogueries.

Là, on est à des années lumière des prix affichés par le centre auto en question. En effet, des rubans adhésifs sont vendus entre 25 et 50 DH le rouleau, selon la qualité. Il y a même des films qui ont une face « miroir »… de couleur dorée. « Il faut compter deux rouleaux pour couvrir toutes les vitres de la voiture», indique le tenant d'une droguerie.

Du coup, à ce prix là, il n'est pas étonnant de voir même les fameuses Honda, où de grosses sonos ont élu domicile par le passé, parées sur toute la surface vitrée de film, disons, très «flashy».

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