Les crédits à l'équipement n'ont progressé que de 5,8 %, au cours des huit premiers mois de 2011, alors qu'ils avaient évolué de 19,2 % une année plus tôt.
Les entreprises se soucient plus de leurs besoins à court terme que de s'engager dans de nouveaux investissements.
LE MATIN
19 Octobre 2011
À 12:34
Les entreprises sont nettement moins enclines à investir dans une conjoncture marquée par de fortes incertitudes qui planent sur les économies de la zone euro, auxquelles est arrimée l'économie marocaine, doublées d'un certain attentisme au niveau local. Celui-ci ne devrait se dissiper qu'à l'issue des élections législatives qui auront lieu le 25 novembre prochain et qui devront donner lieu à un renouveau. Cette tendance des entreprises à surseoir à leurs projets d'expansion, qui est déjà perceptible, vient d'être mise en lumière par un autre indice. Il s'agit du net ralentissement des crédits à l'équipement qui n'ont progressé au cours des huit premiers mois de cette année que de 5,8%, alors qu'ils avaient évolué à un rythme nettement plus élevé, une année plus tôt, soit +19,2% à fin août 2010.
Pendant ce temps, les crédits de trésorerie continuent leur forte ascension, dénotant, selon la dernière note de conjoncture du ministère des Finances, un accroissement des besoins de certains secteurs, notamment l'industrie, le transport et les télécommunications. L'octroi des crédits de trésorerie a évolué de 17,2% à fin août dernier, après +15,9% à fin juillet, +13,3% à fin juin et +9,4% à fin mai. Cette évolution contrastée des crédits à l'équipement et des crédits de trésorerie montre que les entreprises se soucient beaucoup plus de faire face à leurs besoins quotidiens et à court terme que de s'engager dans de nouveaux investissements.
Cette tendance est d'ailleurs confirmée par les opérateurs eux-mêmes, comme cela a été relevé par la dernière enquête de conjoncture de l'Observatoire de l'entrepreneuriat (groupe BMCE). En fait, 66% l'envisagent globalement et 55% avec certitude. Ce qui correspond au niveau le plus bas depuis le début de cette enquête en fin 2008. D'après celle-ci, les chefs d'entreprise restent préoccupés surtout par l'évolution de la demande, les coûts de production, la disponibilité et les cours des matières premières. Ils ont également des appréhensions en rapport avec les tensions sur les liquidités bancaires et restent attentifs aux spéculations sur le futur gouvernement et la prochaine Loi de finances 2012. Du reste, ils suivent de très près l'évolution de la situation économique et politique au niveau mondial.
Autre indicateur qui corrobore cette tendance, la baisse des importations des produits finis d'équipement, selon les statistiques de l'Office des changes. En fait, de janvier à août, ces importations ont reculé de 1,5%, avec la baisse notamment des achats de matériel à broyer, à agglomérer (-54,6%), du matériel ferroviaire roulant (-79,3%) et des machines outils (-50,4%). Ce qui a fait que la part des produits finis d'équipement dans le total des importations a reculé à 19,2% contre 23,6% à fin août 2010. Toutefois, cela ne signifierait pas que les opérateurs manquent d'optimisme. En fait, d'après l'enquête de l'Observatoire de l'entrepreneuriat qui sonde les dirigeants des 500 plus grandes entreprises marocaines, les patrons se montrent plutôt sereins en ce qui concerne l'évolution de l'activité de leurs entreprises à l'horizon de mars 2012. Les entreprises ne sont toutefois pas logées à la même enseigne. On note à ce sujet que les opérateurs du bâtiment et des travaux publics n'envisagent pas l'avenir avec autant de confiance que les autres. Ils se disent en fait pénalisés par une dégradation de la commande publique.