Le Matin : entre certains opérateurs de secteur du livre, comme les distributeurs, les éditeurs et les libraires, il paraît malaisé d’avoir une estimation de la taille du marché du livre au Maroc. Avez-vous des éléments qui pourraient apporter quelques éclaircissements au sujet du nombre de livres écoulés annuellement ainsi que le chiffre d’affaires de ce secteur ?
Hassan El Ouazzani : En fait, la dernière étude portant sur le secteur du livre date de 2009, je l’ai élaborée pour l’Unesco et le ministère de la Culture. Actuellement, nous sommes, au ministère de la Culture, en train de préparer le lancement d’une nouvelle enquête qui nous permettra de poser un regard actualisé sur l’état des lieux du secteur du livre au Maroc. Concernant les performances économiques du secteur, les dernières statistiques officielles disponibles, particulièrement celles du ministère de l’Industrie, du commerce et des nouvelles technologies, font ressortir que la branche «Édition et Imprimerie» a généré en 2010, à travers ses 500 unités, une production de l’ordre de 3,34 milliards de DH, contre 2,28 milliards de DH pour l’année 2006, un investissement de 290 millions de DH contre 186 millions de DH et enfin une valeur ajoutée de 1,07 milliard contre 728 millions de DH en 2003. En dépit de ces «bonnes» performances réalisées au niveau de cette branche, deux petites remarques persistent. En premier lieu, ces performances demeurent modestes en comparaison avec celles réalisées dans les autres branches industrielles. En témoigne le chiffre d’affaires de ladite branche qui n’a jamais dépassé les 2% du chiffre d’affaires du secteur industriel. Ensuite, ces chiffres englobent les unités œuvrant dans le secteur d’édition et d’impression de divers supports, y compris le livre scolaire qui représente une «bonne affaire» pour les maisons d’édition qui y travaillent.
Les performances du secteur du livre culturel seraient évidemment moins importantes.
Certains libraires, qui estiment leur activité déjà fragile, se plaignent de la concurrence que leur imposent des écoles privées ainsi que des distributeurs et qui approvisionnent directement des institutions sans passer par les librairies. Partagez-vous ce point de vue ? Et si oui, votre département prévoit-il des mesures afin de réglementer ce secteur ?
Le secteur des librairies au Maroc demeure un des maillons les plus faibles de la chaîne du livre. Une telle situation résulte certes de la nature déséquilibrée des structures de son réseau ; mais elle découle aussi d’une intervention peu coordonnée des acteurs en jeu, ouvrant par là même la voie à des pratiques peu conformes. Je crois que le ministère de l’Éducation est censé contrôler ces pratiques à travers les cahiers de charges destinés aux écoles privées. De même, nous considérons, au ministère de la Culture, ce secteur comme une priorité, en témoignera notre plan quinquennal, qui lui accordera tout l’intérêt qu’il mérite.
Pour l’année en cours, votre département prévoit-il une politique de soutien au livre ?
Évidemment, le soutien au livre et à la lecture présente une des grandes assises du plan sectoriel du ministre pour cette année et de sa politique en général. Dans ce cadre, nous avons choisi, d’une part, d’asseoir ce soutien sur une politique de proximité visant à toucher l’ensemble des régions du Maroc ; et d’autre part, d’essayer de couvrir une grande partie des maillons de la chaîne du livre. Dans cet esprit, l’élargissement et la modernisation du réseau des bibliothèques présentent pour nous une grande priorité.
À cet effet, le ministère compte, dès cette année, mettre en œuvre sa stratégie, à travers l’élaboration d’un programme national pour le soutien de la lecture, et ce, en partenariat avec tous les acteurs concernés : Collectivités locales, secteurs gouvernementaux, associations des parents d’élèves, associations culturelles, associations professionnelles, secteur privé et intellectuels.
En parallèle à ces actions de création et de mise à niveau des bibliothèques, le ministère projette de mettre en œuvre la politique de création et d’animation des bibliothèques scolaires, en concertation avec le ministère de l’Éducation nationale, de mettre en place la charte de la bibliothèque publique en tant que texte de référence régissant les projets d’exécution des infrastructures de la lecture publique, d’intensifier les activités des caravanes de lecture, de lancer des prix régionaux et nationaux dans le domaine de la lecture. Pour ce qui est du soutien à l’édition et aux auteurs, notre programme pour cette année repose sur un certain nombre d’actions, à savoir le soutien présenté aux revues culturelles, dont la deuxième session se tiendra le mois prochain, l’acquisition de livres d’écrivains marocains, l’organisation du prix du Maroc du livre, l’organisation des salons régionaux et du Salon international de Casablanca, le lancement des nouvelles publications du ministère, la participation aux grands salons internationaux, dont le dernier celui de Genève, auquel le Maroc, hôte d’honneur en 2012, a brillé par sa présence et ses prestations. Nous préparons, actuellement, la participation du Maroc, en tant qu’invité d’honneur, au Salon du livre des îles Canaries qui doit se tenir au mois de septembre prochain. Parallèlement à ces actions et à d’autres, nous sommes en train de travailler sur une étude sur le secteur du livre, et sur l’élaboration des sources d’information, à savoir le répertoire des bibliothèques publiques au Maroc et le répertoire des professionnels du livre au Maroc, qui seront disponibles en deux versions, papier et électronique.
Estimez-vous que les Marocains lisent beaucoup, moyennement ou peu ?
C’est un peu difficile, pour moi, de répondre d’une façon absolue, surtout en l’absence des données crédibles et scientifiques. Et je crois que la situation est un peu paradoxale. Ainsi, contrairement à ce discours qui présente une image ténébreuse, nous nous trouvons avec d’autres indicateurs vraiment significatifs. Je cite là deux exemples.
Le premier concerne nos importations en matière du livre à partir du Liban, qui étaient, il y a cinq années, presque 600 fois plus importantes que celles enregistrées au niveau de nos exportations vers le même pays. Le deuxième concerne le chiffre de ventes déclaré récemment par la FNAC Casablanca et qui a dépassé 40 000 livres vendus en seulement trois mois d’existence.
Pour conclure, le lecteur marocain répond présent, quand on lui présente un bon produit, avec les bonnes méthodes de promotion, et surtout en répondant à ses besoins !
