Le Matin : Comment s’est concrétisée cette collaboration avec Marouan Khoury ?
Karima Skalli : Je suis allée à Bayrouth afin de me préparer avec le compositeur et interprète, Marwane Khoury. C’est un travail que j’ai beaucoup aimé. C’est vraiment une chance que ce soit une production du festival. C’est une chanson avec un dialectal simple dans le but d’être comprise par tout le monde arabe. Elle met en relief la relation naturelle et profonde entre nos deux pays. Je pense que cette rencontre entre le Maroc et le Liban est une valeur ajoutée pour le Festival Mawazine.
Vous vous produisez pour la seconde fois à Mawazine. Quels sentiments ressentez-vous vis-à-vis de ce passage ?
C’est vrai que ma première prestation n’avait pas fait l’effet que j’avais souhaité. Mais, quand on m’a sollicitée pour cette 11e édition, j’en ai été très fière, d’autant plus que ma participation a été programmée en compagnie du grand compositeur et chanteur, Marouan Khoury, pour faire l’ouverture du festival.
Pensez-vous que les styles classique et authentique que vous chantez ont pu garder leur présence dans l’univers musical actuel ?
Il ne faut pas nier que cette mondialisation a étouffé les créations arabes. Je ne suis pas contre la mondialisation. Moi-même, je suis une voix pour tous les styles et tendances. Mais, nous aussi, nous devons faire notre travail pour sauvegarder notre identité. Par exemple, le Maroc consomme beaucoup plus les autres cultures. Nous devons avoir une infrastructure pour conserver notre patrimoine culturel et musical. J’estime qu’il y ait des industries locales pour veiller sur cet héritage.
Qu’en est-il de l’Album «Leila» ?
Je suis, actuellement en train de le finaliser, puis l’enregistrer comme son origine. C’est un travail qui représente le symbole de la femme à travers les plus grands poètes soufis arabes tels Ibn Arabi, Al Harraq, Ibn Al Masri, etc. Ils ont pris la femme comme symbole pour exprimer leur amour. Cet album sera enregistré sur des arrangements de Moulay Rchid Regragui et des musiciens virtuoses en interpréteront la musique. Je prépare un autre projet qui a pris naissance après ma participation au Festival de la culture soufie au Liban où la thématique tourne autour de la femme soufie. Cette femme instruite sur le plan culturel, scientifique et religieux. Cette femme qui avait une place importante dans la société et qu’elle a perdue pour plusieurs raisons. J’ai travaillé ce projet avec Rachid Zeroual au «ney», un Turc au «qanoun» et Khalid Kohen aux percussions internationales. Il y a une belle composition de Rachid Zeroual de «Attawhid alilahi» sur des paroles d’Ibn Arabi que j’ai programmée pour la première partie de la soirée au festival Mawazine.
Vous vous produisez beaucoup plus dans des pays arabes qu’au Maroc. Est-ce que cela veut dire qu’il n’y a pas chez nous de manifestation de votre style musical ?
Il y a plusieurs festivals et manifestations au Maroc. Ce qu’il faut, c’est l’encouragement et la motivation pour certains styles. Moi, je fais tout mon possible, je travaille, je réalise des projets, je cherche la nouveauté pour ne pas me répéter. Par exemple, je viens de faire une prestation au Liban où j’ai présenté le «mouachah» andaloussi et celui arabe. Ce sont deux créneaux qui nous appartiennent, pas au monde arabe. J’étais, donc, une ambassadrice de notre culture. C’est l’intérêt qui nous manque, alors que nous avons tout.
Quel est le rêve que vous aspirez exaucer dans votre carrière artistique ?
Je suis une artiste qui vit son instant. Nous avons tout pour valoriser notre musique et notre culture et lui donner plus de chances de s’épanouir. J’espère qu’elle sera plus diffusée au même titre que les autres cultures des autres pays.
