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Mardi 09 Juin 2026
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«25% des fédérations étaient dans l’incapacité d’atteindre leurs objectifs»

● Six mois après sa nomination à la tête du ministère de la Jeunesse et des Sports, Mohamed Ouzzine dresse les contours de la feuille de route de son département lors des prochaines années. Son seul mot d’ordre : la bonne gouvernance. Pour Ouzzine, chaque fédération qui bénéficie des subventions doit justifier où cet argent a été dépensé. Et celles qui ne suivront pas les orientations fixées n’auront pas l’habilité d’exercer.

«25% des fédérations étaient dans  l’incapacité d’atteindre leurs objectifs»
Mohamed Ouzzine.

Le Matin : S’il fallait définir l’approche qui sera la vôtre, en matière de sports, vous seriez plutôt enclin à mener une politique de rupture ou d’une démarche de continuité ?
Mohamed Ouzzine : Il ne s’agit pas de réinventer la roue, mais de s’inscrire dans une logique de continuité. Il y a un travail qui a été fait par mes prédécesseurs. Il y a eu des chantiers et des réalisations. Il s’agit donc de capitaliser là-dessus et corriger les erreurs d’antan. Je serais enclin de dire que je m’inscris dans une logique de continuité innovante. Cela dit, il s’agit de procéder à un diagnostic, je dirais, thérapeutique. Il y avait des actions de qualité qui ont été faites et d’autres qui se sont avérées moins concluantes qu’il faudra redresser.

Quelles sont vos priorités ?
Nos priorités sont connues. Il s’agit de la jeunesse, de sports et des affaires féminines. Concernant le sport, nous sommes en train d’élaborer une nouvelle vision qui va redéfinir la relation entre le ministère et l’ensemble des fédérations. Dorénavant, le ministère ne devra pas financer les fédérations en leur octroyant des subventions comme il se faisait auparavant, mais de financer les actions des fédérations dans une logique de bonne gouvernance et de transparence ou tout le monde est appelé à assumer ses responsabilités. La mise en place de cette nouvelle stratégie nous a pris un peu de temps. Ça n’a pas été évident. Il fallait provoquer des réunions avec les 46 fédérations. On a tenu 220 réunions. On a essayé de définir les tenants et aboutissants de cette nouvelle stratégie et de définir des objectifs clairs dans le temps et dans l’espace. Quand on parle de la bonne gouvernance, c’est un concept qui interpelle toutes les parties concernées, à savoir le ministère, les fédérations et les clubs. Nous sommes en train d’élaborer un cahier des charges qui va voir le jour bientôt et ce cahier va ériger la relation entre le département et les fédérations. Il y aura aussi des actions qui vont être porteuses d’espoir et d’excellence.

Vous avez dit que votre département allait financer des actions des fédérations au lieu de leur verser des subventions comme il se faisait auparavant, est-ce que les fédés doivent s’attendre à la diminution de leur subvention ?
Il y avait auparavant un package qui est donné aux fédérations. Moi aujourd’hui, j’essaye de voir les choses autrement. Une fois qu’on déterminera les ambitions de ces fédérations, on va essayer de financer leurs actions durant les premiers six mois. Quand je parle de financement, c’est un financement qui doit se faire dans la clarté et la transparence, c’est-à-dire que chaque fédération est appelée à avoir un site internet où il affiche le montant de la subvention qui lui a été octroyée et la manière avec laquelle elle est distribuée aux clubs ou à l’organisation des activités. Comme ça, tout le monde agira dans la clarté. Si la fédération arrive à honorer ses engagements durant les premiers six mois et à respecter ses objectifs, on se mettra d’accord sur le programme des six mois à venir et ainsi de suite.

Vous vous êtes exprimé plusieurs fois sur l’équipe nationale et vous avez déclaré que vous alliez prendre des mesures importantes pour redresser le football national ; concrètement, quelles sont les mesures que vous allez prendre ?
Quand j’ai parlé de mesures décisives, c’était en réaction aux résultats décevants de l’équipe nationale ces derniers temps. Ces résultats n’étaient pas à la hauteur des attentes du public marocain qui aspirent à voir son équipe nationale renouer avec le succès comme c’était le cas par le passé. J’ai effectivement dit que le ministère va prendre des mesures décisives. Nous sommes toujours en train d’étudier les mesures à prendre. Il ne faut pas oublier qu’après le match de la Côte d’Ivoire, l’équipe nationale s‘est envolée en Arabie saoudite pour participer à la Coupe arabe des nations. C’est vrai qu’on n’a pas encore pris de mesures décisives, mais ces mesures sont irréversibles. Donc l’engagement que j’ai pris sera respecté, mais il ne se fera pas sous la pression de la presse. J’ai lu récemment dans la presse des articles du genre «le silence d’Ouzzine». Le plus important n’est pas de savoir quand on prendra ses mesures, mais l’orientation que nous avons prise vise à faire des choses calmement et sans agitation. Ces mesures seront donc prises loin de la surenchère politique et des règlements de comptes parce qu’avant tout, ce qui nous intéresse tous, c’est le rayonnement de notre football. Il y a un grand travail qui nous attend. Prenez l’exemple aujourd’hui de l’Espagne championne du monde et d’Europe. Ce pays est en train de recueillir le fruit d’un travail qu’il a commencé il y a 20 ans. Est-ce normale dans un pays comme le Maroc, on pas des centres de formation. Ce n’est pas par hasard que l’Espagne a remporté la Coupe d’Europe et du monde, c’est le fruit de son travail sur plus de deux décennies. Nous aussi, il faut qu’on sache qu’on ne pourra rien gagner si on n’effectue pas un travail de base qui est la formation des jeunes. On ne peut plus accepter de l’absurdité dans la gestion des affaires des fédérations. Toutes les fédérations sont appelées donc à travailler dans la légalité et rendre des comptes parce que le temps de l’impunité est révolu.

Quelles étaient les motivations qui ont présidé au retrait des arrêtés d’applications du circuit procédural du secrétariat général du gouvernement des statuts des fédérations, des associations sportives… est-ce pour une refonte générale de ces arrêtés ou pour ouvrir un débat national à ce sujet ?
Il n’a jamais été question de retrait de quoi que se soit. C’est vrai qu’on est en train d’étudier ces arrêtés et voir si éventuellement s’ils ne présentent pas des vices de formes, mais il n’a jamais été question de retrait de ces arrêtés au secrétariat général du gouvernement. On est en train de mettre la pression pour les publier.

L’article 25 de la loi 30-09 prévoit qu’afin d’exercer leurs attributions et pour bénéficier des avantages prévus en leur faveur, les fédérations sportives doivent être habilitées par le ministère de la Jeunesse et des Sports. Or à ce jour, votre département n’a pas préparé l’arrêté qui fixe les conditions requises pour cette habilitation ?
Il faut d’abord que les fédérations s’inscrivent dans la nouvelle orientation du ministère. Des fédérations qui seront habilités seront celles qui ont des ligues, des clubs, qui ont une présence effective sur le terrain et qui sont présentes sur l’ensemble du territoire national. J’ai toujours du mal à établir cette relation directe entre une loi et une habilitation. Cela dit, on est en train d’établir des critères pour que ces fédérations puissent se retrouver dans une logique où elles peuvent se mettre au diapason avec les nouvelles orientations du gouvernement.

Vous auriez annoncé que vous alliez procéder au changement du statut de certaines fédérations en les transformant en associations. Notre question est à double vitrage. D’abord, est-ce légalement faisable ? Le cas échéant, quels sont les critères et les raisons qui pousseraient le ministère à cibler telle ou telle fédération et non pas une autre ?
Ce changement de statut concernera cinq ou six fédérations, six autres seront fusionnées. L’idée est venue suite à des discussions avec certaines fédérations qui ont fini par comprendre qu’ils n’ont pas atteint une certaine maturité pour prétendre au statut de fédération. Quand on a annoncé cette idée, c’était dans le cadre de la concertation et de consensus avec tout le monde. Il ne s’agit pas d’imposer, mais plutôt d’agir dans la clarté et dire à ces fédérations que nous sommes prêts à les soutenir pour atteindre la maturité parce qu’il faut avoir les prérequis d’abord avant de se dire qu’on est une fédération.

La professionnalisation du football marocain a été lancée, il y a un an. Qu’est-ce qui a été réellement fait à ce jour et que reste-t-il à faire ?
Nous avons encore beaucoup de chemin à faire au niveau de la professionnalisation de notre football. On est au début de cette expérience espérant qu’elle va être concluante. Quand on parle de professionnalisme, on parle forcément de la transformation des clubs en sociétés anonymes et de fiscalisation du secteur. On est en train de gérer tout ça. On est appelé à trouver une solution globale. Quand on a parlé de fiscalisation, ça a suscité des réactions parce qu’on n’a pas associé les parties concernées pour l’élaboration de la loi et du coup, on est aujourd’hui acculé à trouver des mesures d’accompagnements pour faciliter la tâche à ses joueurs. On est dans une étape embryonnaire. On essaye d’agir dans une logique de concertation et d’application de tout le monde pour réussir la démarche.

Est-ce que vous allez accorder aux clubs un délai supplémentaire comme le réclament les présidents de clubs avant de les soumettre à l’impôt ?
Non, il n’y aura pas de délai supplémentaire, mais plus de souplesse. Payer ces impôts est avant tout un acte citoyen. Le montant des salaires des entraîneurs de première division tourne autour de 14 millions de DH par an. Comment expliquer à un citoyen qui gagne le SMIC et qui paye ses impôts et de surcroît achète son billet pour aller regarder un match qu’on doit exonérer les entraîneurs et des joueurs d’impôts ? Je sais que c’est un peu difficile au début, mais on va essayer de mettre en place des mesures d’accompagnement.

Quelle est votre évaluation de la mise en œuvre des contrats programmes liant le ministère aux différentes fédérations ? Peut-on s’attendre à une remise en cause de cette approche ? Le cas échéant, quels sont les leviers à même d’aider à faire plus et mieux ?
Le rapport d’audit des fédérations parle des dysfonctionnements au niveau de la gestion financière et administrative des fédérations. Ça, c’est le premier constat. Selon le même rapport d’audit, 25% des fédérations ont atteint 70% de leurs objectifs fixés. 50% ont des difficultés à atteindre leurs objectifs et ont donc besoin d’aide du ministère pour atteindre leurs objectifs. Et les 25% restantes étaient dans l’incapacité d’atteindre leurs objectifs. On va donc essayer de rectifier le tir. Quand je parle de dysfonctionnement, cela ne veut pas dire qu’il y a des détournements de fonds.

Est-ce qu’on peut s’attendre donc à une remise en cause de l’approche des contrats programmes ?
Aujourd’hui, on ne parle plus de contrat programme, mais de cahier des charges. Ces derniers seront établis pour la période 2012-2016, c’est-à-dire un cycle olympique. Du coup, toutes les fédérations seront tenues par rendre les comptes à la fin de chaque olympiade.

Vous avez dit que l’ère de la rente était finie, est-ce que vous faites le ménage en ce qui concerne les fonctionnaires fantômes dans votre département ?
J’ai effectivement dit que l’ère de la rente est finie. Mais quand on parle du ministère de la Jeunesse et des Sports, il est difficile de parler de fonctionnaires fantômes dans mon département parce que nous avons des champions marocains qui ont fait rayonner le Maroc dans des manifestations sportives internationales et qui ont été recrutés par le ministère pour service à la nation. La place de ces champions n’est pas entre les quatre mûrs d’un bureau, mais sur le terrain. Ils doivent encadrer, prospecter, etc. Cela dit, je vous annonce en première que le ministère vient de virer un ancien sportif qui n’a pas respecté ses engagements.

Votre prédécesseur avait en 2009 annoncé qu’il allait céder l’ensemble du patrimoine du ministère aux entreprises publiques, notamment à Al Omrane, ce patrimoine a été évalué à l’époque à quelque 5 milliards de DH, est-ce que cette opération de cession a été effectuée, sinon est-ce que vous allez revenir sur cette décision qui a suscité l’indignation de plusieurs associations à l’époque ?
Aucun mètre du foncier du ministère ne sera cédé puisque nous en avons besoin pour notre jeunesse.

Est-ce que vous pensez qu’Eric Gerets est toujours l’homme de la situation ?
Ecoutez, moi je suis tenu par la réserve. Ce que je peux dire, c’est que la fédération doit assumer ses responsabilités. Le contrat a été signé entre Gerets et la FRMF. Je crois que la fédération est appelée plus que jamais à assumer ses responsabilités. Je pense que les choses sont claires.

Le cas Sonarges. D’aucuns avancent que le business plan de départ pourrait ne pas être réalisable. A quoi peut-on s’attendre au juste ? Certains avancent que vous auriez une vision particulière en vue de recadrer le mode de fonctionnement de cette entité ? Quels en seront les tenants et les aboutissants ?
La Sonarges est une entité qui a été dédiée à une cause noble sauf que pour une raison ou une autre elle n’a pas pu atteindre ses objectifs. Bien sûr que ça coince quelque part, il faudra chercher pourquoi. Aujourd’hui, il s’agit de voir les choses autrement pour redonner de l’élan à la Sonarges et lui permettre d’assurer son action avec plus de mordant et d’agressivité.

Est-ce que vous êtes optimiste pour le JO 2012 ?
Bien sûr que je le suis. Déjà, on participe avec une forte délégation de sportifs et avec 12 disciplines. On ose espérer quelques médailles.

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