22 Mars 2012 À 18:34
Une prestation réunissant ensemble peintures et sculptures où l’artiste développe sa propre vision esthétique et humaine. Une vision née de son approche très profonde à travers ses recherches et contemplations méditatives du monde qui nous entoure. Ce qui l’a mené à traverser plusieurs étapes dans la peinture apportant un nouveau souffle à la création plastique marocaine. Leila Cherkaoui s’est donc essayée à d’autres styles et tendances pour mettre le voile sur l’abstraction où elle se retrouve complètement. Une manière pour elle de s’exprimer comme elle l’entend sans aucune contrainte. Elle peint ce qu’elle ressent, comme l’a souligné Abdelkader Mana, sociologue et anthropologue.
Sa source d’inspiration, Leila Cherkaoui la trouve dans les médinas traditionnelles et anciens quartiers qui exercent sur elle une grande fascination. Il en sort des œuvres aussi lumineuses que mystérieuses dégageant une force incroyable. «Pour moi, il s’agit d’un acte nostalgique et un hommage à l’ancienne Médina, avec ses gens de l’ombre et ses lumières qui jaillissent des arcades et des fenêtres. Mon souci est de chercher les moyens de mettre en valeur les racines de ma mémoire visuelle à travers la forme et la couleur dans une cohabitation harmonieuse», souligne l’artiste Leila.
Selon le regard de Maurice Arama, historien d’art de renom, «Leila sait dans sa poétique des ruines comment le vrai enlace les fidélités picturales, conduit la forme vers l’harmonie tonale, ouvre aux masses l’équilibre des dialogues intimes, porte vers son élan unitaire la composition que la maîtrise gestuelle de l’artiste écarte des étiquettes de la mode». Cette peinture, ajoute Maurice Arama, est encore «une prise de conscience qu’agencent la force du travail et l’authenticité de l’inspiration». Il poursuit, lui-même inspiré par le travail puissant de l’artiste : «Des forces s’unissent à des particules de lumière et irradient chaque œuvre de manière contrôlée. Ici, les espaces s’enlacent au temps. Les gestes venus de la grammaire visuelle de l’artiste, les tours, voûtes, fortins, murs et éminences prétentieuses que l’histoire universelle arase, retrouvent la berge du fleuve le long duquel l’homme est invité à sonder sa capacité de toujours détruire l’œuvre de ses mains. Sans être une narration abstraite, cette peinture retient les flux tendus dans lesquels nous semblons englués». Cette lecture critique par Maurice Arama ne fait qu’honorer, encore une fois, le parcours de l’artiste Leila, dont la création a toujours eu du succès auprès des professionnels des arts plastiques. Quelques années lui ont suffi pour s’imposer parmi l’élite de la scène plastique.
Ses diverses expositions aux côtés de grands peintres marocains et étrangers ont, aussi, marqué sa carrière, à travers laquelle Leila Cherkaoui a, souvent, réalisé des rencontres dans son propre atelier. Des moments uniques pour partager avec ses proches et amis, peinture, poésie et musique. L’écrivain et journaliste, Jean Miot, la qualifie de «merveilleuse peintre-poétesse». Pour lui «Leïla Cherkaoui ne peint pas : elle fait naître la couleur, tel son bleu qui est à l’évidence la couleur de l’infini. C’est elle qui nous l’a fait découvrir. Parfois, comme sorti de la brume d’un rêve, transparaît un paysage avec des silhouettes fantomatiques, des voûtes de la Médina, des portes innombrables, barrées parfois, entrebâillées le plus souvent, ouvrant toujours sur une éblouissante lumière vers laquelle le visiteur se jette comme l’insecte aimanté par la lampe allumée. Et quand elles n’ouvrent pas sur l’infini, ses fenêtres nous donnent l’éblouissante et brûlante chaleur marocaine». De belles images qui émanent de cette artiste dont le besoin de peindre est presque vital.