La corruption est l’un des maux les plus répandus dans notre société. Une grande majorité des services rendus aux citoyens se fait moyennant la fameuse «tedwira». Malgré tous les efforts qui sont fournis, le Maroc est toujours mauvais élève en matière de corruption puisqu’il est classé à la 80e position mondiale sur 180 pays audités en 2011. En effet, les Marocains sont encore peu nombreux à porter plainte contre la corruption. Les trois Centres d’assistance juridique anti-corruption (CAJAC) que compte le pays n’ont reçu que 381 plaintes du 1er janvier au 30 avril 2012.
Depuis sa création, le CAJAC a reçu, selon un rapport publié récemment, 1 946 plaintes et ouvert 791 dossiers de suivi pour lesquels, soit il a donné un simple avis juridique, soit pris contact avec les parties concernées.
Selon le document du CAJAC, le centre de Rabat a reçu 306 plaintes dont 54 dossiers ouverts, celui de Fès en a reçu 33 dont 9 dossiers ouverts et enfin le CAJAC de Nador a enregistré depuis son ouverture en février dernier, 42 plaintes dont 6 dossiers ouverts. Le rapport du CAJAC a également classé les domaines ayant fait l’objet d’ouverture de dossiers de corruption. En haut de la liste figurent les autorités locales et provinciales, suivies des services de la santé, des institutions publiques, celles de l’habitat puis de la justice, la police et la gendarmerie. Le manque de transparence dans la gestion d’une administration ou dans le secteur privé fait aussi sujet de certaines plaintes. Et ce sont souvent les victimes de corruption qui viennent porter plainte.
D’après Transparency, cette répartition selon les domaines indique que les différentes plaintes traitent des cas de sollicitation de corruption pour accéder à un service particulier qui est du droit du citoyen, le non-respect par les autorités et les administrations des procédures en vigueur et les dysfonctionnements au niveau du système judiciaire.
Dans son rapport, Transparency Maroc a précisé que le CAJAC a envoyé, durant ces quatre mois, 32 correspondances aux autorités concernées pour leur demander de s’informer sur les irrégularités enregistrées et de prendre les mesures nécessaires quant aux affaires de corruption qui leur sont transmises. Il s’agit, entre autres, du Haut commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification, l’inspection générale du ministère de la Santé, la direction des affaires juridiques du ministère de l’Éducation nationale, l’inspection générale de la Gendarmerie royale, le gouverneur de la province d’Ouarzazate…
Éradiquer la corruption...
«En tant qu’association, nous nous adressons à des autorités locales pour leur demander d’apporter quelques éclaircissements, ouvrir des enquêtes afin de s’assurer de la véracité des faits. Entre 2009 et 2010, sur les 10 correspondances envoyées à ces administrations, nous n’avons reçu que deux réponses. En 2011, 13 réponses ont été données à 31 correspondances», souligne Mohammed Ali Lahlou, le directeur du CAJAC. Et d’ajouter : «Ces derniers mois, les correspondances se sont multipliées. En effet, entre janvier 2012 et aujourd’hui, les 32 correspondances envoyées n’ont reçu que 6 réponses. Le manque de réactivité des autorités est une véritable contrainte pour notre centre qui nous empêche d’aller de l’avant dans notre mission et éradiquer le phénomène de corruption».
En effet, le silence des autorités et le non-suivi des dossiers ouverts mettent en risque la crédibilité du centre, et renforcent le sentiment d’impuissance des plaignants et plaignantes.
S’ajoute à cela le manque de communication qui fait que les citoyens ne savent pas qu’ils ont la possibilité de porter plainte s’ils sont confrontés à une situation de corruption. «Nous avons constaté que la communication est très importante pour le bon déroulement de notre travail.
Parfois, les radios nous accordent des gratuités et des réductions et donc nous enchainons les campagnes publicitaires.
Durant ces périodes, nous remarquons que le nombre de plaintes augmente considérablement. Dès que nous arrêtons ces campagnes, le nombre de plaintes rechute», indique le directeur du CAJAC.
Par ailleurs, certains citoyens, bien qu’ils soient au courant de l’existence de ces centres, choisissent de ne pas porter plainte. Si certains sont sûrs qu’ils n’auront jamais gain de cause d’autres, ont peur d’avoir des ennuis suite à leur réclamation comme pour le cas de l’affaire d’une plaignante de nationalité française qui vient régulièrement au Maroc chez une famille d’accueil à Kasba Tadla.
Elle s’est adressée au centre pour dénoncer des agents de la police qui, depuis son arrivée, n’ont cessé de lui demander de la corruption sous forme de cadeaux, argent, nourriture..., jusqu’au jour où elle a décidé de mettre fin à leur demande et de porter plainte contre eux aux consulats de Casablanca et de Rabat. Depuis, la police lui fait vivre ainsi qu’à sa famille d’accueil un enfer. La plaignante a demandé au CAJAC le soutien et l’orientation juridique pour mettre fin aux pratiques de ces policiers. Le centre a donc envoyé le 17 juin 2011 une réclamation à l’inspection générale de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) lui demandant d’ouvrir une enquête et de prendre les mesures nécessaires. La DGSN a répondu le 1er juillet dernier, infirmant les faits à la suite de l’enquête ouverte par ces services.
Les citoyens n’ont donc qu’à attendre un miracle pour changer la donne.
