On en dénombrait 30 dans les années 80. Maintenant, il n’en reste que 2 ou 3 qui parviennent véritablement à résister au tsunami qui a secoué le 7e art dans la capitale, à savoir le «Cinéma Royal», le cinéma «7e Art» et «Fayrouz». Où sont passées «La Renaissance», le «Colisée», le «Mauritania», le «Star», le «Marignan», le «Zahwa» et les autres qui, pourtant, il y a seulement quelques années, nourrissaient la passion des cinéphiles ? Disparues pour voir s’élever à leur place des bâtiments plus grandioses.
Rentabilité oblige ! Crise économique aussi ! Certaines salles ont fermé leurs portes sous la poussée de la fièvre immobilière à l’image du cinéma «Le Star», l’«Abc» et le «Vox». D’autres salles, ne pouvant être démolies, car emboitées dans des ensembles immobiliers, sont tout bonnement abandonnées à leur sort. C’est le cas de «La Renaissance», le «Colisée» ou le «Mauritania». Une triste situation qui fait de la capitale une terre déserte pour les amoureux du septième art qui sont obligés de se rendre à la Megarama de Casablanca Dans les années 70, le cinéma connaissait un essor prodigieux. En 1980, le CCM a enregistré un chiffre record de 45 millions de tickets vendus. Les salles de cinéma subissent ainsi le joug des taxations qui les obligeaient à vendre les billets d’entrée à des prix dérisoires (5 DH).
La libéralisation des ventes à partir de 1984, permettant à chaque salle de fixer le prix de son choix, n’a pas eu d’impact positif sur les recettes. Cela, conjugué à «la médiocrité» des films proposés, constituait les prémices d’une progressive descente aux enfers. Mais c’est surtout les avancées technologiques dans les débuts des années 90 notamment l’apparition de clubs vidéo, du piratage et du marché noir, qui représentent l’épée qui a sonné le glas de la gloire du septième art. «S’il y a de vrais ennemis du cinéma, c’est le piratage et la télévision qui ont beaucoup contribué au déclin des salles de cinéma», nous confirme M. Lamnini, responsable de la salle de cinéma «7e Art».
Un point de vue partagé par Saad Chairabi, réalisateur, pour qui la télévision, «présente au Maroc plusieurs années plus tôt», n’a pas été d’un grand impact sur le cinéma et considère le piratage comme le premier facteur de la dégringolade cinématographique. On pourrait ajouter comme causes, l’apparition, vers l’année 1995, des DVD, satellites et paraboles qui feront perdre définitivement la manche aux salles de cinéma.
De tels facteurs rejoignent une volonté de faire plus de profit en construisant, à la place des salles de cinéma, des immeubles ou autres investissements plus rentables. Sans oublier que les salles de cinéma n’ont pas su anticiper les attentes du public qui devenaient de plus en plus aigües et diverses. Ce qui devrait se traduire par une rénovation plus attrayante aussi bien en réaménagement interne qu’en contenu.
Questions à : Saad Chraïbi, réalisateur
«L’heure est aux mesures efficaces pour secourir le cinéma»
Aujourd’hui, le cinéma au Maroc va de mal en pis. Qu’en est-il de la situation à Rabat ?
Elle est loin d’être encourageante. À l’échelle nationale, sur les 250 salles qu’il y avait dans les années 90, il n’en reste qu’une cinquantaine actuellement. À Rabat, c’est pire. Il n’y a presque plus de salle, si ce n’est certaines qui essaient encore de survivre, à l’image du Cinéma Royal. Pourtant, il en existait une dizaine, il y a seulement 5 ou 6 ans. Tout ceci montre clairement que le cinéma tend à disparaître dans la capitale, obligeant les adeptes du 7e art à se déplacer jusqu’à Casablanca pour regarder des films. Il est urgent de prendre des mesures pour remédier à ce fléau.
Comment expliquer cette «marche vers la tombe» du cinéma dans la capitale ?
Il faut comprendre que c’est une situation qui ne concerne pas seulement la ville de Rabat. C’est un phénomène national, voire international, qui résulte d’un certain nombre de facteurs liés surtout aux avancées technologiques et numériques qu’a connues le monde ces dernières années. Ainsi, tout le monde vous dira que la piraterie constitue l’ennemi numéro 1 du cinéma. Ajoutons à cela l’avènement de la télé, même si ça n’a pas été un facteur très marquant, car elle est présente au Maroc depuis plus de 50 ans. N’oublions pas non plus les défis techniques exigés par le secteur qui se veut innovant. Enfin, les primes accordées sont inadaptées au public, qui exige de plus en plus une offre riche et variée.
Quelles sont les mesures qui doivent être prises pour sauver le cinéma de la capitale ?
Évidemment, il faut accorder des crédits aux salles de cinéma pour les aider à s’équiper en matériels plus sophistiqués pour pouvoir rendre attrayants leurs lieux. Il faudrait aussi songer à transformer les salles de cinéma en multiplexes qui permettent de capter un public plus important et diversifié. Enfin, il faudrait obtenir des promoteurs immobiliers une décision de construire, pour chaque projet d’un grand nombre d’habitations, une salle de cinéma. Une décision qui devrait émaner du ministère de l’Habitat qui doit, à son tour, faciliter l’acquisition de titres fonciers à ces gens-là. Ce qui multiplierait sans doute le nombre de salles dans la capitale.
