16 Mai 2012 À 15:43
«Les populations du Soudan et du Soudan du Sud, déjà déracinées par milliers par le conflit frontalier qui oppose leurs pays, font face à l’arrivée de pluies qui risquent de transformer une crise en catastrophe», ont estimé dernièrement des ONG au Soudan du Sud. «Nous sommes en train de passer d’une crise à une catastrophe», a mis en garde Johnson Byamukama, d’Oxfam, l’une des cinq organisations non gouvernementales (ONG) à l’origine de l’avertissement avec Christian Aid, International Rescue Committee, Refugees International et Save the Children. Pour les ONG, «les pluies saisonnières attendues au Soudan et au Soudan du Sud vont exacerber une situation déjà désastreuse dans les camps de réfugiés, restreindre les déplacements (...) et augmenter le risque de maladies». Cette situation vient donc s’ajouter à la crise entre les deux pays. Partage des revenusPour calmer les esprits, un émissaire indien s’est rendu, mardi, à Juba après des entretiens à Khartoum sur l’application d’une résolution de l’ONU appelant à la fin des violences et à une reprise du dialogue pour résoudre les questions en suspens depuis la partition de juillet 2011. L’Inde est un membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU qui a voté le 2 mai la résolution réclamant une reprise des discussions avant le 16 mai entre le Soudan du Sud et le Soudan, qui ne parviennent pas à s’entendre sur le tracé des frontières et le partage des revenus pétroliers. Les tensions entre les deux pays n’ont cessé de s’intensifier en raison de ces différends, débouchant en avril sur des combats meurtriers entre les deux armées quand les forces sud-soudanaises ont occupé, durant une dizaine de jours, la zone frontalière de Heglig. La compagnie publique indienne Oil and Natural Gas Corp (ONGC) possède 25% dans la société Greater Nile Petroleum Operating Company Ltd, opérant à Heglig. Depuis la semaine dernière, les combats ont cessé, après la menace du Conseil de sécurité d’imposer des sanctions à Khartoum et Juba. Juba s’est engagée à appliquer la résolution de l’ONU, mais Khartoum, tout en se disant tenu de cesser les combats, a émis des réserves sur certaines clauses de la résolution.
En devenant indépendant en juillet 2011, six ans après un accord de paix ayant mis fin à des décennies de guerre civile avec Khartoum, le Soudan du Sud a pourtant récupéré 75% des ressources pétrolières du Soudan d’avant la sécession, soit environ 350 000 barils/jour. Mais depuis janvier, Juba a stoppé ses exportations de pétrole, totalement tributaires des oléoducs du Nord, furieuse que Khartoum ait prélevé du brut sud-soudanais en raison d’un différend sur les redevances de passage.Ce faisant, le Soudan du Sud s’est privé de 98% de ses revenus et de sa principale source de devises, faisant ainsi chuter la valeur de sa propre monnaie. Le taux de change officiel est toujours de 2,96 livres (sud-soudanaises) pour un dollar. Mais au marché noir, le billet vert s’échange désormais contre jusqu’à cinq livres, le taux le plus bas de l’histoire de la jeune monnaie. L’économie sud-soudanaise étant massivement dépendante des importations, l’inflation augmente parallèlement à la dépréciation de la monnaie. Selon le Bureau national des statistiques (NBS), l’inflation s’est établie en mars à 2,1% sur un mois et à 50,9% sur un an. Quant aux prix des produits de base, tels que le sucre et la farine de maïs, ils ont presque doublé ces derniers mois.