Avec à son actif deux représentations réussies à Rabat, la pièce de théâtre «Goullou...!» sera rejouée à Oujda pour le plus grand plaisir des amoureux du théâtre. Un spectacle pour réfléchir aux différentes problématiques touchant la femme. D’après le scénario «Pas de mémoire… mémoire de pas» de Driss Ksikès et une mise en scène d’Imane Zerouali, six femmes se retrouvent à huis clos pour explorer les facettes les plus inexplorées de leurs vies. «Quand j’ai écrit ce texte en 1998, j’ai essayé de répondre à une envie profonde chez Imane Zerouali qui m’avait subjugué grâce à son charisme et son jeu sur scène», a confié Driss Ksikès. Et d’ajouter : «Je n’oublierais jamais le commentaire le plus fréquent du public très nombreux, après chaque représentation : «Nous n’osions pas rire». Ils souriaient à peine.
C’était suffisant pour teinter le silence religieux qui régnait dans la salle d’une soudaine légèreté qui rendait l’innommable supportable», a-t-il indiqué. «Six femmes à huis clos essayant de démêler leurs maux à travers des images qui s’imposent à leur mémoire perdue. Amnésique ou saturée? Des mots s’en échappent pour décrire le passé, mais refusent d’exister au présent, si ce n’est à travers le jeu et la dérision», des histoires de vies ordinaires qui, grâce au jeu sur scène, deviennent extraordinaires. Une introspection dans la mémoire de la femme qui tente de comprendre et de démêler les contradictions d’une éducation schizophrène à double sens. Posant l’éternelle question du choix à faire, à savoir un retour vers un passé conservateur ou un combat permanent pour «un libre arbitre souvent confisqué».
Entièrement joué en darija, «Goullou...!» va au-delà du texte pour explorer les non-dits à travers le mouvement du corps ainsi que l’énergie transmise par les cordes vocales. À ce sujet, Driss Ksikès explique que «le théâtre, cette énergie que transmettent des corps, par leurs cordes vocales et leur mouvement sur des planches qui suintent la vitalité végétale, gagne encore en puissance lorsque ces corps parlent leur langue maternelle». «Avec Goullou, j’ai été confronté à la nécessité de traduire/adapter. Du coup, avec le recul, le texte d’arrivée est devenu un nouveau texte, découpé autrement, portant les traces d’un humour plus marqué par la truculence de la darija, et traversé de nouvelles voix, imposées par l’économie éclatée de ce nouveau spectacle», a-t-il conclut. Porté par six femmes, cette expérience théâtrale originale effectue une tournée d’abord à Oujda le 19 mai. Elle sillonnera, par la suite, plusieurs autres villes du Royaume, offrant au public l’expérience d’un nouvel espace théâtral.
Questions à : Imane Zerouali, metteur en scène
«Un croisement de corps, de souffles, de souvenirs…»
Comment expliquez-vous le succès de la pièce de théâtre Goullou...! ?
La pièce n’a été jouée que deux fois, on ne peut pas parler encore de succès. Je crois que le sujet principal de «Goullou… !» qui est le vécu de femmes violentées dans une société d’hommes est en lui-même un sujet d’actualité. D’ailleurs, le titre «Goullou… !» résume bien la situation de six personnages qui se trouvent dans un lieu fermé, même si les issues de secours restent ouvertes tout le temps, à attendre qu’«il» vienne, pour lui dire tout ce que leur mémoire a pu emprisonner. «Il» peut être le mari, le fils, le père, l’amoureux, le beau-père, le médecin…
Quelles sont les difficultés rencontrées lors de la mise en scène ?
J’ai eu le plaisir de travailler avec 6 comédiennes d’une grande créativité et d’une sensibilité immense. Elles ont pu donner au personnage de la pièce une autre dimension à travers un jeu tout en retenue. Ce n‘était pas évident de jouer des femmes qui prétendent être amnésiques, tout en ayant des souvenirs de situations de violence et des vécus de souffrance très précis. En plus, l’idée de départ était que les six comédiennes jouent un seul et même personnage. Ce n’était pas évident, mais elles ont relevé le défi avec brio.
Comment est venue l’idée d’adapter au théâtre ce texte de Driss Ksikès ?
Le texte de la pièce est adapté de la pièce de théâtre «Pas de mémoire, mémoire de pas» de Driss Ksikès. C’est un monologue qui a été écrit en 1998, et j’avais envie de le monter en multipliant les voix de «elle» qui est le seul personnage, pour y apporter une lecture personnelle.
