La visite que vient d’effectuer au Maroc, en Mauritanie et en Algérie, le Président tunisien, Mohamed Moncef El Marzouki, ainsi que la visite réussie, quelques jours auparavant à Alger et après à Nouakchott, du ministre des Affaires étrangères et de la coopération, Saâd Dine El Othmani, suscitent l’optimisme quant aux perspectives de ressusciter l’Union maghrébine, en vue de la réalisation de l’intégration politique et économique entre les pays de la région. Aussi et lors du discours royal à l’occasion de la commémoration du 36ème anniversaire de la Marche verte S.M. le Roi Mohammed VI a réaffirmé «la disposition du Maroc à tout mettre en œuvre, tant sur le plan bilatéral-et notamment avec l’Algérie sœur, dans le cadre de la dynamique constructive actuelle –qu’au niveau régional, pour la concrétisation commune des attentes des générations présentes et à venir qui aspirent à l’avènement d’un ordre maghrébin nouveau qui transcende l’enfermement dans les postures figées et les antagonismes stériles, et qui ouvre la voie au dialogue, à la concertation, à la complémentarité, à la solidarité et au développement». Pour sa part, le Président tunisien a déclaré dans une interview à l’agence de presse MAP: «Nous allons œuvrer cette année à rétablir la cohésion avec nos frères algériens, marocains, libyens et mauritaniens, dans le but de ressusciter le grand rêve de l’Union maghrébine, gelée depuis des années».
A Rabat, le chef de l’Etat tunisien a plaidé pour la tenue d’un Sommet maghrébin cette année en vue de «remettre l’Union du Maghreb Arabe sur les rails». Si l’on croit la presse tunisienne, un accord est en cours pour la tenue prochainement d’un sommet maghrébin dont les préparatifs seront au centre de la réunion prochaine à Rabat des ministres des Affaires étrangères des pays de l’Union. M. Marzouki a également affirmé qu’il est temps de faire revivre le corps maghrébin, notant que les peuples maghrébins ont chèrement payé le non-Maghreb à tous les niveaux, avec comme conséquences la perte de près de 2 % du PIB à cause du blocage de l’intégration, ce qui leur a fait endurer des années de sous-développement, d’impuissance et de pauvreté.
Parlement maghrébin
Lors de sa rencontre avec des membres de la communauté tunisienne établie au Maroc, M. El Marzouki a également déclaré : «Nous souhaitons qu’un Sommet maghrébin soit tenu cette année, et nous voulons mettre en œuvre les cinq libertés pour les Maghrébins, à savoir le droit de s’établir dans n’importe quel pays du Maghreb, le droit du travail, le droit à l’investissement, le droit de la propriété et le droit de participation aux élections municipales. Si on parvient à les mettre en œuvre cette année, l’Union du Maghreb arabe sera déjà sur les rails». Il a ajouté qu’à ce moment-là, «nous pourrons penser à mettre en place un Parlement maghrébin, où tous les citoyens du Maghreb élisent dans la même journée un Parlement avec des attributions maghrébines, et ce dans le cadre d’une Union où chaque pays garde son indépendance et sa souveraineté à l’instar de l’Union européenne». Pour rappel, un engagement solennel a été pris pour la première fois, par les cinq chefs d’État du Maroc, de l’Algérie, de la Tunisie, de la Libye et de la Mauritanie, avec la signature, le17 février 1989 à Marrakech, du traité portant création de l’Union du Maghreb arabe (UMA).
Le grand rêve d’intégration maghrébine se concrétisera-t-il ?
Conscient de cet enjeu, le Maroc, pays fondateur de l’UMA, n’a cessé d’intensifier les efforts en vue de redynamiser les structures de l’Union et de traduire dans les faits les appels incessants à sa relance pour sortir son action de la morosité. Conscient de la gravité de cette situation qui perdure depuis plusieurs années, le Maroc ne cesse d’appeler l’Algérie à rouvrir sa frontière terrestre avec le Royaume, fermée depuis 1994, et à une normalisation des relations bilatérales, au moment où les autorités algériennes reconnaissent que cette initiative de normalisation était dictée par les droits et les liens de voisinage et imprégnée d’un esprit maghrébin sincère en vue de transcender les problèmes bilatéraux en suspens dans leur ensemble, de façon à laisser de côté des mentalités obsolètes et des comportements désuets qui portent atteinte au grand rêve d’intégration. Sachant que la fermeture de la frontière a été décidée par l’Algérie de manière unilatérale dans un contexte international, régional et bilatéral aujourd’hui dépassé. En effet, les canaux de communication entre ces deux pays voisins ne se sont jamais interrompus.
