Spécial Marche verte

Le jeu dangereux de la pierre et du train

Véritable effet de mode, il est devenu notoire de subir les jets de pierre ou les barrages de cailloux lors de voyages en train. Reportage.

Que les Arrêts soient pour vandalisme ou toute autre raison, les retards restent au rendez-vous.

22 Mars 2012 À 18:27

Mardi 13 mars, train de 18 h 30 de Rabat-Agdal pour Casablanca-Port. Un trajet des plus banals que «Monsieur et Madame tout le monde» prennent tous les jours pour regagner leur foyer après une journée interminable de travail. Un trajet dérangé 40 minutes plus tard par un arrêt soudain en pleine campagne. Le train dans l’obscurité la plus totale n’avance plus, les visages se crispent, la panique prend le dessous, les wagons s’agitent. «Que se passe-t-il ?» sera une question qui demeurera sans réponse pendant 20 minutes avant que le train reprenne sa route. La rumeur dira qu’il s’agissait d’un barrage de pierres en plein milieu des rails qui aurait barré la route et donc obliger le train à s’arrêter.

Ainsi, prendre le train est devenu un véritable parcours du combattant et les trajets ont des allures de champs de bataille. Mais cette fois-ci, ce n’est pas l’Office national des chemins de fer qui est à blâmer puisque les responsables de cet effet de mode sont les citoyens marocains eux-mêmes. «Pas plus tard qu’hier soir, le train s’est soudainement arrêté pendant une heure à cause d’un barrage de cailloux que des délinquants se sont amusés à construire sur les rails», explique Sanae qui s’est vue rentrée tard chez elle à cause des retards occasionnés par cet incident. Un incident qui se répète volontiers surtout pour les navettes rapides Casablanca-Port-Kénitra. «La semaine dernière, nous avons échappé belle à une catastrophe», raconte un contrôleur de train. «Le chauffeur n’a pas vu un barrage de cailloux à temps, il a dû s’arrêter subitement et les premiers wagons ont subi des dégâts», continue la même source. «À quoi pensent ces jeunes en faisant ça ?». En effet, ces jeux d’enfants peuvent s’avérer dangereux et peuvent constituer une menace pour la vie des passagers. «Un jour, j’écoutais de la musique, bien concentré et adossé à la fenêtre du wagon», explique Amine, qui a vécu une expérience qui aurait pu s’avérer fatale. «La réaction des gens à côté de moi m’a réveillé et en me retournant vers la fenêtre je me suis rendu compte qu’elle était complètement brisée.

C’était une pierre lancée tellement fort qu’elle a cassé la vitre», continue Amine, qui aurait pu être défiguré à vie, voire même tué. «Une pierre énorme nous a surpris lors d’un trajet Casa-Rabat», explique un contrôleur de train. «Nous étions entre Ain Sebaa et Mohammédia et quelqu’un a jeté une pierre avec une force qu’elle a cassé la fenêtre de la porte d’un wagon. Une pauvre femme a perdu un œil à cause de cette malheureuse affaire», explique le contrôleur marqué à vie par cet épisode tragique. «Il s’agit généralement de jeunes des quartiers périphériques qui n’ont rien à faire que de semer la zizanie partout où ils vont», rapporte une habitante de Sidi Bernoussi, témoin de ces pratiques violentes. «Ce sont des jeunes révoltés et insouciants», continue la même source. «Insouciants et inconscients» tels sont les mots qui peuvent résumer l’état d’esprit de ces lanceurs de pierres. Non seulement ils sont à l’origine d’incidents physiques, mais également de préjudices moraux. «Je vous avoue que j’ai peur de prendre le train», témoigne Samia, une habituée de la navette rapide Casablanca-Rabat. «Je ne m’assois plus à côté de la fenêtre et je ne suis jamais sûre d’arriver à l’heure alors que ma profession m’impose d’être très ponctuelle», continue la même source. Les retards sont la première conséquence de ces agissements. «J’ai dû attendre le train pendant 1 h 30 pour rentrer chez moi parce que, apparemment, il y eut un barrage sur la voie entre Mohammédia et Rabat», raconte Anas, employé à Casablanca qui habite Rabat.

Pourtant, une des priorités de l’ONCF est la sécurité et l’Office est conscient de ce souci puisque, selon une étude présentée lors de la conférence de presse sur la simulation du déraillement le 8 mars, les obstacles sur la voie et les jets de pierres sont considérés comme un facteur externe influant sur la sécurité ferroviaire au même titre que le non-respect du Code de la route à la traversée des passages à niveau, les traversées anarchiques ou encore les suicides.Un danger qui menace quotidiennement et sérieusement l’intégrité physique des voyageurs qui demeurent la cible privilégiée de la bêtise humaine, de l’inconscience et du manque de civisme de certains habitants des bidonvilles à proximité des gares, des rôdeurs et autres délinquants qui se regroupent au niveau des rails. L’ONCF est la deuxième victime de ces agissements et seul un travail sur les consciences et une conscience du devoir de citoyen afin de comprendre que la liberté s’arrête là où commence celle de l’autre. Des investissements pour améliorer la sécurité de l’ordre de 2 milliards de DH dont la construction de murs de clôture et de passerelles sont prévus par l’ONCF, mais ces mesures seront-elles suffisantes pour arrêter les jeteurs de pierre ? Affaire à suivre.

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