Fête du Trône 2006

Le gotha de la finance mondiale en conclave à Rabat

«L’Afrique pourrait bien se révéler être l’une des grandes prochaines histoires du monde». Telle est la conclusion de l’étude de Mc Kinsey, intitulée «les 10 clefs pour comprendre le décollage de l’Afrique».

Plusieurs pays africains ont réussi à obtenir le label HIPC Initiative, leur permettant d’attirer des financements non confessionnels.

23 Mai 2013 À 17:01

Pour les grands investisseurs, l’Afrique est déjà l’histoire du monde, d’où l’intérêt très fort porté à cette nouvelle frontière, à ce continent comparé à l’Asie d’il y a 15 ans ! En témoigne cette initiative du  Club des investisseurs long terme (LTIC), cofondé en 2009 par la Caisse des Dépôts CDC de France, la Casa Depositi e Prestiti d’Italie, la Banque européenne d’investissement et la Kreditanstalt Fur Wiederaufbau (KFW) d’Allemagne, dont les présidents et directeurs généraux seront tous présents à Rabat. Le Club organise ce 24 mai sa 5e conférence internationale qui sera inaugurée par Omar Kabbaj, conseiller de S.M le Roi, Nizar Baraka, ministre de l’économie et des Finances, Ulrich Schroder, président de la KFW, et Anass Houir Alami, directeur général du groupe CDG.

La LTIC, qui rassemble aujourd’hui 17 grandes institutions financières dans le monde «pèse» quelque 4 700 milliards de dollars. À Rabat, le thème choisi est relatif aux «Stratégies d’investissement et opportunités en Afrique» avec un focus transversal à toutes les tables rondes, celui de l’accès au financement pour les PME, moteur et levier de croissance. C’est aussi un facteur important pour la compétitivité d’où la nécessité d’être soutenu par les banques, les gouvernements et les ONG. «Les fonds de long terme provenant des marchés de capitaux sont des ressources financières dont les PME ont besoin. Les PME ont besoin tout autant d’une législation favorable à leur croissance, que d’instruments et d’intermédiaires qui permettent un accès plus aisé dans leur propre pays aux marchés de capitaux», note une étude de la KFW ; un constat partagé dans la stratégie du gouvernement qui a été récemment présentée dans ses grandes lignes par le ministre Najib Boulif et qui a mis en exergue l’accès limité aux financements comme principal sujet de difficulté pour les PME.

Les besoins en infrastructures en Afrique

Le président du directoire de la KFW, Ulrich Schröder a signé ce 23 mai à l’issue de la réunion des membres du Fonds infra Med, avec Anass Houir Alami , directeur général de la CDG, un mémorandum d’entente entre les deux institutions (voir encadré). L’Afrique a également besoin d’investissements de long terme pour financer son déficit d’infrastructure. Là, les besoins pour un développement inclusif sont immenses comme le souligne l’étude que nous publions. Ce déficit est le premier frein à la réalisation d’un développement inclusif de l’Afrique. C’est aussi le premier chantier auquel s’attaquent les investisseurs de long terme. Le taux de croissance du PIB de l’économie africaine a dépassé la moyenne mondiale au cours de la dernière décennie, et on s’attend à ce que le rythme en cours se poursuive à moyen terme, tiré par une population en forte augmentation, la demande mondiale croissante pour les ressources, l’urbanisation, etc., le revenu moyen par habitant est cependant encore bien inférieur à la moyenne mondiale. Le groupe des nations les plus dynamiques dans le monde, le soi-disant «club des 7% de croissance», est dominé par les pays africains avec 6 qui faisaient partie du top 10 dans les années 2001 à 2010, et on estime que 7 sur 10 le seront pour la période 2011-2015.

La forte croissance économique et l’urbanisation accélérée conduisent à une demande importante d’infrastructures en Afrique. Selon la Banque mondiale, l’Afrique exige des dépenses de 93 milliards de dollars par an jusqu’en 2020 pour répondre aux besoins en infrastructures. Deux tiers pour les nouvelles infrastructures et un tiers pour les opérations et la maintenance. Ce sont environ 15% du PIB de l’Afrique, et deux fois plus que les dépenses actuelles qui s’élèvent à seulement 45 milliards de dollars par an. Bien que les ressources publiques nationales (comprenant les recettes fiscales et de redevances par les entreprises d’État) et l’Aide publique au développement («APD») aient joué un rôle majeur dans l’infrastructure de financement en Afrique (environ 66% ou 30 milliards de dollars du secteur public national et 8% ou 4 milliards de dollars d’APD), ces sources officielles de financement sont peu susceptibles d’augmenter, compte tenu des autres besoins concurrents dans le secteur public national et l’APD budget de resserrement des pays donateurs traditionnels. Une augmentation du financement des bailleurs de fonds émergents et des investisseurs souverains a été observée au cours de la dernière décennie, en particulier de la Chine en Afrique subsaharienne (en mettant l’accent sur les pays riches en matières premières et en ressources comme l’Angola), et plus récemment des pays du Golfe en Afrique du Nord.

Le déficit de financement massif que connaît le secteur des infrastructures en Afrique offre des opportunités pour les investisseurs privés, en particulier pour les investisseurs financiers capables de s’engager dans un financement à long terme et en mesure de couvrir adéquatement les risques et assurer la conditionnalité (par exemple par le choix de la technologie, de l’approvisionnement, de l’exploitation et de la maintenance, de l’environnement et du respect des normes). Au cours de la dernière décennie, de nombreux pays africains ont obtenu le label HIPC initiative, qui leur permet d’attirer des financements non confessionnels. Le secteur financier privé, cependant, est confronté à des difficultés de financement en raison de la crise financière actuelle et les risques (politiques) associés à l’investissement dans certaines régions d’Afrique. Dans ce contexte, les vastes besoins de financement de l’infrastructure, le retour d’une offre durable de dette et la situation difficile que vit le secteur financier privé ont créé des opportunités d’investissement pour les membres LTIC. 

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