Spécial Marche verte

Les associations s’insurgent contre la pédophilie

Les affaires de viols et d’agressions sexuelles sur des mineurs se multiplient et les sanctions sont toujours aussi légères. Les associations décrivent une situation alarmante.

L’évènement est une réussite en soi et un bel exemple de mobilisation sociale. Ph. Seddik

06 Mai 2013 À 15:34

On pensait que l’affaire Amina Filali, jeune fille violée à 15 ans et qui s’est donné la mort après avoir été obligée d’épouser son violeur, allait faire bouger les choses au Maroc et que ce genre de faits divers sordides allait s’atténuer… et pourtant !

Un an après, les histoires de mineurs victimes d’agressions sexuelles continuent à défrayer la chronique. En février dernier, l’association «Touche pas à mon enfant» a dévoilé l’histoire d’un petit garçon, âgé de 5 ans, qui a été violé dans une crèche à Casablanca, où il était gardé depuis deux ans. Récemment, un homme accusé d’avoir violé pendant des années ses trois filles a été condamné à 20 ans de prison par la Cour d’appel de Tétouan. Sans oublier l’affaire de la petite Wiam, 9 ans, qui s’est faite sauvagement agressée par un quadragénaire de 48 ans. Le mis en cause, père de sept enfants, a été ensuite placé à l’hôpital psychiatrique Ar-Razi de Salé sous prétexte qu’il souffre d’un trouble mental.

Une goutte d’eau qui fait déborder le vase et qui pousse les associations à réagir contre des sanctions estimées trop légères en comparaison avec l’atrocité des crimes commis. «Nous avons été choqués d’apprendre que l’accusé avait été placé à l’hôpital psychiatrique, d’autant plus que nous avons soupçonné que cela n’était qu’une manière d’échapper à la justice. Heureusement après notre forte mobilisation et celle des médias nationaux, l’agresseur a été réécouté et mis sous les verrous», déclare Najia Adib, présidente de l’association «Touche pas à mes enfants» dans un communiqué où elle sollicite la justice pour bien réfléchir avant d’interner l’accusé dans un hôpital psychiatrique. dans un communiqué où elle sollicite la justice à bien réfléchir avant d’interner l’accusé dans un hôpital psychiatrique.

«La situation actuelle au Maroc est alarmante. Le phénomène est aussi bien répandu au niveau des villes touristiques que dans les régions enclavées du pays. Wiam est loin d’être la seule petite victime de ce type de crimes. Des centaines d’enfants, dont l’histoire n’est pas médiatisée, subissent régulièrement des viols et des violences dans un silence assourdissant, voire une indifférence qui ne peut qu’encourager la banalisation de tels actes. Ces crimes ne doivent plus se produire au Maroc», estime Najat Anwar, présidente de l’association «Touche pas à mon enfant» qui a participé, dimanche dernier, à la Marche blanche organisée par un collectif d’artistes et de personnalités marocaines, sur la Corniche de Casablanca pour dénoncer ce phénomène et interpeler toutes les composantes de la société et les autorités judiciaires pour «la criminalisation effective et sévère de la pédophilie» avec une loi spécifique, jugeant qu’il y a beaucoup trop de sanctions légères pour les pédophiles.

«Si la mobilisation nationale autour de la petite Wiam a contribué à mettre sous les verrous son agresseur et à atténuer quelque peu la souffrance de cette petite par le biais d’une donation d’un bienfaiteur pour les besoins de l’opération, d’autres victimes n’ont pas forcément ce privilège. Acculées à souffrir en silence pour de multiples raisons, ces dernières viennent biaiser la réalité du phénomène en question. En effet, les statistiques authentiques sur le nombre d’abus, d’agressions ainsi que les réseaux d’exploitation sexuels au Maroc sont loin de faire l’unanimité. Tous les chiffres avancés dès lors sont à revoir à la hausse», souligne Mme Anwar.Même s’il n’existe pas de chiffres officiels sur le nombre d’agressions sexuelles sur mineurs, les associations estiment que des centaines d’enfants sont victimes de viols et d’abus sexuels chaque année.

Des associations qui n’ont pas les moyens nécessaires pour agir. «Nous rencontrons plusieurs obstacles. Le manque de moyens et d’infrastructures pour pouvoir représenter l’association via des antennes à travers l’ensemble du pays en est le plus important. Nous restons cependant confiants, avec l’avènement de la Constitution, qui met plus en valeur le travail de la société civile, en étendant ses prérogatives. La création d’un conseil de la famille et de l’enfance sera aussi un atout déterminant», explique N. Anwar.

Copyright Groupe le Matin © 2026