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Entretien avec Taieb Chkili, membre résident de l’Académie Hassan II des sciences et techniques

«Un rapport qui alerte, rassure et propose»

author 0 LE MATIN

Taieb Chkili, membre résident de l’Académie Hassan II des sciences et techniques

Taieb Chkili, membre résident de l’Académie Hassan II des sciences et techniques

Taieb Chkili a présenté le rapport «Développer la recherche scientifique et l’innovation pour gagner la bataille de la compétitivité». Il a occupé des postes politiques importants et est lui-même un chercheur connu sur le plan international par ses conférences et ses productions sur la neurologie et la psychiatrie, ses domaines de prédilection.

Il a publié en français et surtout en anglais quelque 170 articles sur la neurologie à l’échelle internationale dont certains parus dans les grandes revues comme «Nature» «Humangenetic» «Européen neurologie». Il a formé quelques centaines de psychiatres et neurologues et des milliers d’étudiants et il a à son actif la création du service de neurologie et de l’Hôpital des spécialités de Rabat. Il est aujourd’hui membre résident de l’Académie des sciences de Hassan II et continue de mener le combat pour rendre à la recherche et à l’innovation sa place et ses lettres de noblesse.

Dans le rapport qu’il a présenté ce mardi 21 mai devant ses pairs à l’Académie Hassan II des Sciences et techniques, il a rappelé les objectifs du rapport «Développer la recherche scientifique et l’innovation pour gagner la bataille de la compétitivité, alerter pour arrêter le décrochage, rassurer et proposer des mesures pour rétablir la confiance». Hasard du calendrier ? Le rapport est présenté le lendemain de l’exploit du jeune Nacer Ben Abdeljalil, qui a gravi le mont Everest pour planter le drapeau national au plus haut sommet du monde. «Rien n’est impossible pour ceux qui croient dit-il». Taieb Chkili croit également très fort en la recherche et en l’innovation au Maroc. Il présentera le 28 juin prochain toujours à l’Académie Hassan II des Sciences et techniques «La recherche en bio médecine».

Le Matin : Vous êtes membre du comité de rédaction du rapport consacré à la recherche au Maroc. Qui a fait quoi dans ce rapport ?
Taieb Chkili : Parmi les missions dévolues à l’Académie, il y a l’élaboration d’un rapport qui permet d’analyser, de réfléchir sur l’état de la recherche au Maroc et de présenter des recommandations aux pouvoirs publics. Dans ce sens, un premier rapport avait été réalisé en 2009 qui dressait un état de la recherche, soulignait les lacunes et les dysfonctionnements et proposait des recommandations. Autant dire que ce rapport est resté lettre morte. L’Académie a décidé de faire un deuxième rapport actualisé avec des recommandations pour développer la recherche scientifique et l’innovation afin de gagner la bataille de la compétitivité. Un comité ad hoc a été désigné pour réunir toutes les informations disparates des agences et des ministères sur la production scientifique marocaine, en termes de brevets, d’innovation et d’évolution de cette production. Un comité de rédaction, constitué de 5 personnes qui sont toutes membres de l’Académie et qui par ordre alphabétique sont Mohammed Ait Kaddi, Mustapha Bousmina, moi-même, Omar El Fassi et Albert Sasson, a alors rédigé le rapport intitulé «Développer la recherche scientifique et l’innovation pour gagner la bataille de la compétitivité».

La corrélation entre la compétitivité et la recherche et l’innovation est évidente même si elle n’est pas toujours perçue ?
La question de l’innovation est au centre de la compétitivité. Le Maroc a opté depuis l’indépendance pour une économie libérale, il a été un membre actif de l’organisation du GATT, notamment avec l’organisation en 1994 à Marrakech d’une conférence qui a abouti à la création de l’OMC dont il a été l’un des premiers signataires. Avec 55 accords, le Maroc est le pays qui a le plus d’accords de libre-échange et les discussions sont en cours avec le Canada, le Mexique et le Brésil. Le Maroc a d’autre part tracé des stratégies sectorielles de développement :Maroc vert, tourisme, Halieutis, énergies renouvelables, métiers mondiaux dans différents secteurs de l’offshoring, de l’automobile de l’aéronautique… Avec l’ouverture économique et pour assurer le succès de ces plans sectoriels et pérenniser leurs résultats, il n’y a que l’innovation. Le Maroc est exportateur pour un milliard d’euros des produits technologiques et électroniques. Pour multiplier par deux ou trois cette exportation, il faut d’abord pérenniser par la recherche et l’innovation qui sont devenues une nécessité. Il faut une véritable stratégie de recherche qui accompagne les plans sectoriels. C’est une question fondamentale dont dépend le développement du pays.

Toute stratégie se fonde sur un état des lieux. Celui de la recherche est fragmenté et laisse à désirer ?
L’analyse objective et rationnelle montre que nous stagnons et que parfois dans certains domaines, de 2003 à 2011, nous régressons sur le plan des ressources humaines, sur celui des financements et sur celui des innovations. Sur le plan RH, le personnel de recherche constitue globalement 37 000 personnes, dont 80% sont dans le public. Nous avons un taux de chercheurs qui est bas, soit 1,7%, alors qu’il est de 8% en Turquie, 6% en Espagne et 5% en Tunisie. Depuis 2003, il faut gérer un autre risque de régression, à savoir le départ à la retraite chaque année de quelque 700 enseignants-chercheurs qui ne sont pas remplacés ni quantitativement ni qualitativement. Le nombre des chercheurs dans le public a diminué, mais heureusement le nombre de personnes qui travaillent dans la recherche privé et qui constitue 7% a augmenté. Il reste que nous accumulons des retards considérables : si nous prenons les 770 doctorants formés annuellement, nous n’avons que 2,5% qui travaillent dans le domaine technologique ! Dans les études post-bac, nous recensons 540 000 étudiants, soit autant que la Tunisie avec une population trois fois moindre et la moitié de l’Algérie.

Qu’en est-il du financement dévolu à la Recherche et à l’innovation ?
Il faut noter une évolution, car nous sommes passés de 1,6 milliard de DH en 2003 à 5 milliards et demi de DH en 2011 consacrés à ces domaines, mais nous sommes loin de l’objectif de 1% du PIB inscrit dans la Charte à l’horizon 2010 avec cependant une augmentation de la part du privé.

Un autre indicateur d’évolution, c’est la production scientifique. Qu’en est-il dans ce domaine à l’échelle africaine par exemple ?
Nous étions classés en 2003 3e après l’Afrique du Sud et l’Égypte. En 2010, nous sommes en 6e position après la Tunisie, le Nigéria, le Kenya, ex aequo avec l’Algérie. Si nous comparons les inputs marocains par rapport aux inputs des autres pays, nous sommes relativement en bonne position, en 44e position sur 150. Si nous comparons les inputs, c’est-à-dire les résultats, nous ne faisons même pas la moitié de ce que nous devrions faire avec les mêmes moyens.


La fragmentation des unités et des centres de recherche n’est-elle pas l’une des causes à la fois des retards et des dysfonctionnements ?
Vous avez raison. Pour dépasser ces lacunes, le rapport propose de s’attaquer à 3 domaines fondamentaux. Le premier domaine c’est celui de la gouvernance qui permet une bonne coordination, planification, orientation et évaluation. Nous avons actuellement quelque 660 structures de recherche au Maroc qui dépendent d’agences, d’instituts, d’universités multiples qui souffrent d’un manque de coordination et de pilotage. Les structures de gouvernance n’ont pas été conçues de façon globale, elles ont été empilées sans cohérence ni harmonisation. Pour régler cette question, il faut revoir les 4 structures qui existent mais qui ne fonctionnent pas. La première structure, c’est le comité interministériel permanent de la recherche scientifique qui regroupe les départements concernés, mais qui ne s’est pas réuni depuis 5 ans, alors même qu’il devrait être la cheville ouvrière de la recherche en matière de définition d’une vision et des priorités. Il faut une stratégie, des plans pluriannuels avec des budgets sanctuarisés et une volonté dans l’orientation de la formation et dans le suivi.

Qu’en est-il d’autres structures ?
Le secrétariat du comité était assuré par le ministère de l’Enseignement supérieur. Nous proposons qu’il soit élargi aux autres ministères concernés, Agriculture, Tourisme, Pêche… qu’il soit renforcé pour travailler toute l’année et prendre des décisions. Autre structure, le CNRST qui doit faire un travail de coordination pour les universités. Nous pensons que ce centre doit se transformer en agence chargée de la mise en œuvre des programmes annuels élaborés par le comité interministériel. Il lance les appels d’offres, les évalue, les finance. Actuellement, chaque unité de recherche reçoit son budget et agit dans un cercle restreint sans esprit d’émulation. Les budgets sont fragmentés entre de multiples petits projets. Autre structure, l’Agence nationale d’évaluation prévue par la loi mais qui n’a pas vu le jour. Dans tous les pays, il existe une agence autonome, indépendante dont la mission est d’évaluer les chercheurs, la recherche, les structures de recherche en fonction de leur production. Les 4 structures sont fondamentales et si elles étaient à l’œuvre avec les mêmes moyens l’on pourrait multiplier par trois l’efficience actuelle.

Vous montrez par là l’importance de la gouvernance, qu’en est-il des deux autres domaines fondamentaux, dites-vous ?
Les Ressources humaines. Nous avons noté une baisse en nombre, près de 4%, alors que les pays ont avancé, une baisse également en qualité. Les départs en retraite, je l’ai dit, ne sont pas remplacés, ce qui touche le taux d’encadrement des étudiants. Nous avons besoin de 1 500 docteurs de haut niveau. Or, nous n’en formons que 660 par an parmi lesquels 40% dans les sciences sociales et une centaine de haut niveau dans le domaine des ingénieurs. Pour une bonne gestion de la formation des doctorants, il faudrait une nouvelle stratégie capable de répondre à cette baisse et permettre l’émergence d’une nouvelle génération de chercheurs et d’enseignants supérieurs en profitant de la fenêtre démographique que le Maroc vit.

Nous sommes tous d’accord sur cette orientation, reste la question de fond : comment, avec quels moyens et outils ?
La politique de formation ne peut réussir que si l’on attire les meilleurs pour le troisième cycle, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Les meilleures licences trouvent du travail et n’ont pas envie de continuer, de faire des doctorats dans des contextes incertains. Il va falloir les attirer en leur donnant un statut d’assistant par exemple comme avant et en les encourageant à poursuivre leur doctorat. Car il faut former, à l’horizon 2025, un minimum de 15 000 enseignants-chercheurs de très haut niveau avec les moyens qu’il faut. Les recrutements doivent être transparents avec des jurys nationaux et des experts étrangers pour permettre l’égalité des chances. Il faut aussi revoir le statut des enseignants et des chercheurs qui est fondé sur la seule ancienneté. Les promotions doivent être désignées et évaluées par l’agence autonome que j’ai citée. Les chercheurs qui produisent doivent être valorisés, comme le sont les acteurs, les artistes, les sportifs. Nous avons aussi des compétences pointues dans la diaspora marocaine et dans toutes les universités nord-américaines, européennes, asiatiques. Il reste à leur ouvrir des perspectives, à les accompagner dans des conditions dignes s’ils veulent retourner. Ou s’ils veulent résider pendant un laps de temps, six mois, un an pour animer et suivre des projets par exemple. Le statut doit également intégrer la mobilité pour permettre à nos chercheurs de passer un moment dans un centre de recherche. C’est une manière d’encourager nos chercheurs à participer aux projets de recherche thématiques internationaux et de nouer des partenariats entre universités marocaines et universités et centres de recherche internationaux. Une autre clef de long terme, c’est la qualité de l’enseignement préscolaire, fondamental, secondaire, c’est la culture scientifique qu’il faut s’approprier et qui nécessite un travail de longue haleine auprès des jeunes, des établissements scolaires, des médias…

Il reste que dans la société de connaissance, tout va très vite, qu’il faut gérer le facteur temps et que l’on ne peut se permettre d’attendre une décennie ?
On peut rapidement infléchir l’évolution positivement par quelques actions. Il faut motiver matériellement les gens à produire davantage, à déposer plus de brevets. Avec 100 millions de DH, on peut tripler la production scientifique d’ici 2015 et passer de 1 000 brevets à 3 000 en mettant aussi l’accent sur la reconnaissance sociale des chercheurs. En 2003, il a été créé un impôt-recherche pour le privé qui lui permet de déduire de ces impôts tout ce qu’il met dans le cadre de la Recherche innovation. C’est un levier majeur qui a été supprimé au bout de 2 ans d’existence. Il faut le réhabiliter, créer des capitaux risques, des fonds qui aideraient à payer les frais de dépôts des brevets qui sont chers.

Quel est, dans ce sens, le rôle de l’Académie qui fête ce 21 mai son 7e anniversaire ?
L’Académie jouait dans le temps le rôle qui était dévolu aux actuels conseils de la gouvernance, comme le Conseil de la concurrence. Elle a été créée pour être l’institution qui trace les trajectoires pour les décideurs, faire la promotion de la recherche et participer à l’évaluation de la recherche. Comme l’a rappelé le secrétaire perpétuel Si Omar El Fassi, l’une des missions de l’Académie telle que stipulée par le Dahir de sa création consiste «à réaliser des études, des analyses et des enquêtes sur le secteur de la recherche scientifique et faire des recommandations ».

Une fois le rapport présenté, quel sera son sort ?
Nous le présenterons aux pouvoirs publics et aux décideurs, aux parlementaires, aux opérateurs économiques, aux universités qui sont les premières concernées. L’Académie doit en faire un moyen pour tous ceux qui peuvent infléchir positivement la politique de recherche et d’innovation dans notre pays. 

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