Nation

Entretien avec Youssef Sadik, président de l’Observatoire des transformations sociales

«Les sciences sociales ont pour mission de suivre à “froid” les événements chauds»

LE MATIN

oussef Sadik, président de l’Observatoire des transformations sociales

oussef Sadik, président de l’Observatoire des transformations sociales

L’Observatoire des transformations sociales en partenariat avec la Faculté des sciences de l’éducation, de l’Université Mohammed V-Souissi à Rabat, l’Institut Maghreb-Europe et avec le soutien de la Fondation Friedrich Naumann, a organisé récemment un colloque sur les formes et les dynamiques des contestations dans le monde arabe.

Le Matin : L’observatoire des transformations sociales est une institution de recherche qui n’est pas très connue. Pourriez-vous présenter cet observatoire, sa mission, ses objectifs ?
Youssef Sadik : L’Observatoire des transformations sociales (OTS) est une structure de recherche indépendante. Elle a pour mission de comprendre et d’expliquer les différentes transformations ayant affecté notre société ces dernières années en encourageant les chercheurs à aller en profondeur dans l’analyse des phénomènes sociaux, à respecter la neutralité axiologique et à objectiver leurs objets de recherche… une attitude toujours pas évidente à garantir. L’OTS s’inscrit aussi dans l’idée de créer des ponts entre les différentes disciplines de recherche en sciences sociales : histoire, économie, sciences politiques, sociologie et anthropologie… et comme vous pouvez le constater, nos universités font tout pour cloisonner nos chercheurs dans leur petit monde disciplinaire, ce qui nuit finalement à la qualité et à la globalité des visions et des approches. Dans le cadre de cet objectif et en nous inscrivant dans cette dynamique, nous avons voulu comprendre ce qui se passe dans le monde arabe : s’agit-il de révolutions, d’émeutes, de contestations ponctuelles ou de transformations sociétales qui donneront lieu à une nouvelle société arabe, donc un nouvel ordre social ? Nous avons pris le temps nécessaire pour suivre le cours des événements et pour ne pas apporter une simple analyse à chaud. Et je pense que les sciences sociales ont pour mission de suivre à «froid» des événements et des sujets brûlants !

Qu’en est-il du récent colloque organisé par l’OTS sur les dynamiques de transformation du monde arabe ? Qui étaient les intervenants ?
Le colloque a vu la participation de plusieurs sommités scientifiques comme Jan Spurk de la Sorbonne Paris V, Youssef Courbage de l’INED Paris, Aissa Kadri, directeur de l’Institut Maghreb-Europe de Paris VIII, Sarah Ben Néfissa de l’IRD Paris, Naoual Benlakhder de l’Institut des études sur le Maghreb et le Moyen-Orient de l’Université libre de Berlin, Abdelaziz Jazouli de l’Université Mohammed V-Agdal et bien d’autres universitaires et chercheurs.

Quel constat pouvez-vous faire de la transformation des sociétés civiles dans le monde arabe ? Comment analysez-vous l’ébullition et l’effervescence dans le monde arabe ? Aissa Kadri l’a souligné, les jeunes se libèrent des mythes nationalistes, les élites sont désarçonnées par les mouvements sociaux, la diaspora joue un rôle plus prégnant : quels sont les facteurs qui expliquent l’accélération de l’histoire dans cette région ?
Il faut dire que ces événements, quel que soit le nom ou l’adjectif que nous leur donnons, expriment un véritable malaise sociétal. Les configurations de ce malaise sont d’abord d’ordre socio-économique : une conséquence liée souvent aux politiques de libéralisme économique auxquelles les dirigeants arabes se sont livrés ces deux dernières décennies. Face à la montée extraordinaire de nouveaux riches qui ont profité de cette transformation économique, la majorité des masses se sentent encore plus marginalisées. Devant la construction de gratte-ciel en verre (un phénomène en vogue), les pauvres se sentent lésés par des régimes économiques qui ne profitent qu’aux «grands». Ensuite, c’est un malaise d’ordre identitaire, les jeunes parlent aujourd’hui un langage, ont des aspirations et des besoins qui n’ont vraiment rien à voir avec les classes dirigeantes. Celles-ci restent autistes et imperméables à une réalité en perpétuel changement. Ceci crée des remous, des contestations… Au niveau des droits de l’Homme, des droits des minorités ou des majorités ethniques (selon les pays), par exemple, les paradoxes sont beaucoup plus visibles : au moment où la culture des droits de l’Homme se diffuse et tout le monde en parle, des régimes politiques arabes ont continué à «insulter l’intelligence» de leurs peuples. Justement, on a souvent dit que les peuples arabes sont ignorants, incapables de bouger, de changer, etc. C’est faux, les derniers événements ont prouvé le contraire, les peuples constituent toujours une source de mobilisation et de dynamisme, il faut juste qu’ils aient le leadership approprié. Ces facteurs ont donné lieu à une expression d’ordre politique, mais ce n’est pas parce que l’expression est de nature politique que l’origine du problème l’est aussi !

Libéralisation de l’expression, de la parole, pluralisme politique, place des réseaux sociaux, peut-on parler de démocratisation des sociétés ?
Comme je viens de l’expliquer, le changement de la société nécessite plusieurs décennies, mais il est certain que les sociétés arabes se démocratisent davantage, mais le rythme de la démocratisation est beaucoup plus rapide dans les structures de base de la société : la famille, les associations, la «djemaa» dans les douars, que dans les structures chargées de la gestion de la chose publique.

N’y a-t-il pas aujourd’hui un effet boomerang parfois, le regret de l’ancienne société, en Tunisie par exemple, malgré les exactions du régime Benali ?
Pour les sociologues, lorsque les sociétés éprouvent du mal à construire un nouveau modèle de société, elles essayent souvent de revenir vers un modèle ancien.
Un modèle qui rassure et qui protège, mais qui n’engage pas la société dans l’avenir. Comme l’a si bien expliqué dans le colloque Sarah Ben Néfissa, le processus de révolution ne fonctionne pas comme celui des élections. Sarah Ben Néfissa est chercheuse à l’IRD (Institut de recherche pour le développement). Politologue, spécialiste de l’Égypte, elle a notamment codirgié le numéro de la revue du Tiers-Monde hors série 2011 : «Protestations sociales, révolutions civiles. Transformations du politique dans la Méditerranée arabe». Les deux ont des logiques et répondent à des objectifs différents. C’est ce qui explique, en partie, pourquoi des révolutions qui se ressourcent dans des valeurs de libéralisme (liberté, démocratie, parité, égalité des chances, etc.) ont donné lieu, après les premiers exercices électoraux à la montée des mouvements conservateurs (au sens identitaire).

Que réclament les jeunes aujourd’hui ? Quelles sont les valeurs à forte mobilisation : démocratie, liberté, égalité, etc. ?
Depuis quelques années déjà, nous nous sommes attelés à faire des études, des enquêtes et à organiser des colloques et des tables rondes sur la question des jeunes. Et depuis, nous n’avons pas cessé de mentionner le caractère profond et structurant des mutations qui affectent nos sociétés. Aujourd’hui, les derniers événements qu’a connus le monde arabe sont essentiellement portés par le dynamisme des jeunes et leur mobilisation. Il va sans dire que ceci exprime un malaise général dont les principales configurations affectent nos modes de communication et de dialogue avec les jeunes et pour les jeunes.

La quête de dignité des populations arabe est devenue irréversible, elle s’accompagne d’une demande de stabilité et de sécurité : les réponses ont-elles été à la hauteur des enjeux ?
L’exercice de la démocratie est épineux ! Comme le dit Tocqueville : «Un peuple si mal préparé à agir par lui-même ne pouvait entreprendre de tout réformer à la fois sans tout détruire». On aura donc à gérer des situations difficiles avant de retrouver notre chemin vers la paix et le ton convenable pour la démocratie.

Il reste la grande question des réponses économiques apportées à des situations d’urgence : le chômage, l’insécurité alimentaire… Ces réponses ont-elles été à la hauteur ?
C’est sûr que les nouvelles élites politiques ne sont pas en mesure d’agir efficacement pour répondre aux demandes pressantes des sociétés arabes.
Dans le monde entier, les changements alimentent les frustrations parce que les gens se livrent à un exercice d’imagination sans fin : la révolution doit être capables selon cet état d’esprit de trouver un emploi pour le chômeur, une épouse pour le jeune célibataire, un logement pour les locataires, etc. Aucun gouvernement n’est capable de réaliser ces attentes en quelques mois, et encore moins des gouvernements inexpérimentés.

Les forces traditionnelles ont-elles été à la hauteur ? Que font les politiques et les syndicats pour accompagner ces mouvements ? Quel encadrement politique et syndical ? Y a-t-il de nouvelles réponses politiques et syndicales face aux réclamations des émeutiers ? Peut-on faire la politique autrement ?
Nous avons constaté que les structures de socialisation politique et syndicale ont été un peu dépassées par les événements. Les protestataires ne voulaient être encadrés ni contrôlés par les structures classiques, c’est ce qui explique aussi, et en partie, pourquoi on a investi les réseaux sociaux, dont le principal avantage est de faire circuler l’information, de permettre d’agir librement sans rien préparer avant de prendre une décision…
Contrairement à ce qui se passe dans les partis et les syndicats arabes où les décisions sont souvent négociées bien avant l’assemblée générale ou la réunion du bureau politique !

Devant la soudaineté des révolutions arabes que personne ne prédisait, les sciences sociales et la prospective sont-elles toujours utiles pour l’analyse ?
Tout d’abord, on n’a pas beaucoup utilisé le mot soudaineté, parce que les chercheurs en sciences sociales arabes comme occidentaux n’ont pas cessé depuis des décennies de dire qu’un malaise général s’installait et se propageait, mais personne ne les écoutait.
On a toujours fait appel aux chercheurs experts (bien rémunérés d’ailleurs) pour nous dessiner une autre réalité, différente de celle vécue par les populations. Les dirigeants arabes décident la réalité de leur pays dans leur bureau, donc si tu les mets en garde, ils te taxent d’ignorance, voire d’incompétence. Les chercheurs en sciences sociales ne se livrent pas non plus à la prophétie, ils sont incapables de prédire ce qui va arriver, mais ils ont l’avantage de pouvoir dire que quelque chose va arriver.

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