Franchir un passage à niveau sans respecter la signalisation routière ou traverser la voie ferrée sans emprunter les passerelles et autres ouvrages d’art prévus à cet effet, c’est s’exposer à un danger imminent qui risque de coûter la vie. Afin d’assurer la sécurité au niveau des voies ferrées, l’Office national des chemins de fer (ONCF) a mis en place un programme de sécurisation de la voie ferrée. «Pour lutter contre ces comportements aux conséquences souvent dramatiques, l’ONCF s’est inscrit dans une démarche continue de sécurisation de ses emprises ferroviaires», indique l’ONCF.
Les investissements étant lourds et les délais requis par les travaux importants, l’ONCF s’est allié avec plusieurs partenaires, entre autres le ministère de l’Équipement et du transport, les communes urbaines, les régions… pour réaliser un programme ambitieux mobilisant près de 1,5 milliard de dirhams entre 2010 et 2015 et visant à sécuriser au maximum la traversée aussi bien des passages à niveau que des zones situées en pleine voie (hors PN). Au niveau de Casablanca, il a été procédé à la suppression de la totalité des passages à niveau situés sur les lignes à double voie.
Au total, 180 passages à niveau seront supprimés sur la capitale économique et dans d’autres villes. Ils seront remplacés progressivement par des ouvrages de substitution (pont-route, pont-rail…) au rythme accéléré de 40 par an d’ici 2015. Avant 2005, on ne dépassait guère 2 suppressions de passage à niveau par an.
Ces passages non gardés seront aussi équipés d’un dispositif d’annonce sonore, de fermeture automatique des barrières et de signaux routiers lumineux à l’approche d’un train.
Parallèlement à cela, une large campagne de communication auprès des citoyens et publics cibles a été lancée pour faire prendre conscience au grand public des dangers encourus et du devoir de tous et de chacun d’adopter un comportement responsable et citoyen.
Grogne des citoyens
Sous le slogan «aux passages à niveau, priorité à la vie», cette campagne de communication a été menée à travers les médias par la diffusion de spot d’information et de sensibilisation sur les ondes de plusieurs radios nationales, sur le terrain, par la distribution aux riverains de flyers reprenant les consignes de sécurité à adopter.
Cette action a été menée avec l’assistance du Croissant-Rouge marocain. Les consignes de sécurité sont aussi diffusées au niveau des gares ferroviaires. «Toutes ces mesures sont certes importantes pour sécuriser les emprises ferroviaires, mais cela ne veut pas dire pour autant qu’elles sont suffisantes», souligne l’ONCF. En effet, la sécurité aux abords des voies ferrées doit être une préoccupation de tous, petits et grands, automobilistes et piétons. Chacun se doit d’être vigilant et d’adopter un comportement responsable et citoyen. Une «aventure banale» sur les rails peut vite dériver vers la catastrophe comme c’est le cas du dernier accident enregistré en début du mois de mai entre les gares de Ain Sebaâ et de casa-Voyageurs. Le 3 mai, un train à destination d’El-Jadida s’est arrêté d’urgence après avoir heurté, une personne traversant imprudemment la voie. Selon des témoins, il s’agit d’un enfant qui rassemblait des bouteilles en plastique pour sa maman.
Cet incident a attisé la colère des riverains qui se sont opposés à la circulation des trains engendrant ainsi une forte perturbation du trafic ferroviaire sur la section Ain Sebaa - Casa Voyageurs et la suppression d’une dizaine de trains. Il a fallu que les autorités interviennent pour libérer la voie. «Nous devions manifester pour attirer l’attention des autorités et de l’ONCF sur le danger qui menace nos enfants», nous confie une habitante du bidonville «Zaraba» avoisinant la voie ferroviaire. Plusieurs habitants de ce site ont été victimes d’accidents ferroviaires.
Selon des habitants d’Ain Sebaâ, les riverains ont pris l’habitude de prendre la voie du train comme un raccourci. «C’est aux parents de surveiller leurs enfants et de les protéger. Mais quand les adultes sont inconscients à ce danger, les risques d’accident sont encore plus grands», déplore un habitant à Hay Mohammedi. Selon les bidonvillois de «zaraba», le fait d’habiter à côté de la voie ferroviaire les hante en permanence : «On ne peut pas garder un jeune toujours sous nos yeux. Pis, en cas de désespérance, la voie ferroviaire représente une forte tentation pour les personnes suicidaires», ajoute une femme résidant dans le bidonville en question. Malgré les précautions prises, les intrusions dans les emprises ferroviaires et la traversée anarchique des voies ferrées sont à l’origine de plusieurs accidents enregistrés chaque année.
