Michael Hoey et Karen Lunn sur le podium

L’éducation à l’écocitoyenneté

Le Forum Planèt’Ere, qui constitue la plus importante rencontre d’échanges et de partage d’expériences et d’expertises entre les éco-éducateurs des pays membres de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), organise sa cinquième édition du 2 au 9 juin prochain au Maroc.

06 Avril 2013 À 18:31

Cette rencontre internationale, organisée conjointement par l’Association des enseignants des sciences de la vie et de la terre (AESVT) et l’Organisation internationale Planèt’Ere (OIP), en partenariat également avec le département de l’Environnement du ministère de l’Énergie, des mines et de l’eau, se tiendra sur le thème : «Partage et synergie : leviers pour l’éducation à la citoyenneté planétaire».Ce rendez-vous de l’éducation à l’écocitoyenneté se déroulera en deux phases. Une étape régionale, du 2 au 5 juin, qui aura lieu simultanément dans onze villes du Maroc, traitant à chaque fois d’une problématique environnementale majeure, et une étape nationale marquée par des débats via des ateliers et des tables rondes et qui se déroulera du 6 au 9 juin à Marrakech. «L’évolution de la société exige de s’ouvrir sur les expériences étrangères relatives aux nouvelles approches et méthodes de travail.

Au début, la formation des cadres et des animateurs associatifs se faisait au compte-gouttes, vu les possibilités de formation offertes à l’extérieur permettant des échanges et des partages avec les différents acteurs étrangers en matière d’éducation environnementale. Mais aujourd’hui, le fait d’organiser un tel événement dans notre pays permet d’élargir ce champ d’échange au plus grand nombre d’acteurs marocains dans plusieurs régions, grâce à la présence et au partage direct avec des représentants d’ONG internationales qui ont développé un savoir-faire et aussi une approche pour motiver les acteurs locaux afin de s’organiser davantage en réseau et collectifs», a indiqué Abderrahim Ksiri, président de l’Association des enseignants des sciences de la vie et de la terre (AESVT-Maroc) et membre du Conseil économique, social et environnemental.Forum Planèt’Ere permettra aux participants de présenter leurs travaux et leurs réalisations tout en leur donnant l’occasion de nouer des partenariats nationaux et internationaux entre acteurs qui agissent pour un changement de société. «Plus d’une centaine d’ONG, d’écoles, d’experts et d’entreprises citoyennes présenteront leurs expériences. Parmi les initiatives prévues, la présentation d’outils pédagogiques et le lancement d’un site web réalisé par une fondation canadienne pour Planet’Ere et qui regroupe une base de données et des outils d’approches de travail», ont indiqué les organisateurs de ce forum.

Au programme également, les visites d’une dizaine de sites d’intérêt écologique et biologique (SIBE) qui seront encadrées afin d’améliorer les approches éducatives de plein air et leur permettre d’être généralisées. Ces visites sur le terrain visent également à faire découvrir aux Marocains la richesse de leur patrimoine naturel, évalué à 154 SIBE, 10 aires protégées et 84 zones humides. Et comme le dit l’adage : «on ne peut préserver que ce qu’on aime et on ne peut aimer que ce qu’on connaît».Autres initiatives attendues, la signature d’une convention avec le département de l’environnement relative au renforcement des centres d’éducation à l’environnement en matière de formation, d’animation et de production d’outils pédagogiques. Une dizaine d’autres accords seront signés avec les universités, les ONG et les entreprises pour renforcer le développement d’une éducation environnementale intégrée. Il y aura également un appel des jeunes aux décideurs pour qu’ils accordent la priorité à l’éducation environnementale pour instaurer une écocitoyenneté et retrouver les valeurs humaines et universelles du bien-vivre ensemble tout en respectant l’environnement. Voilà donc pour les objectifs attendus de la prochaine édition du Forum Planèt’Ere.

Mais qu’en est-il de la stratégie nationale d’éducation environnementale financée par l’Union européenne (UE), mise en œuvre par l’ONG Enda Maghreb, en partenariat avec des associations et six départements ministériels ? «Parmi les objectifs de ce programme, on pouvait épingler l’élaboration d’une stratégie et un plan d’action nationaux en matière d’éducation à l’environnement sur les thèmes de la désertification, des changements climatiques et de la biodiversité ainsi que le développement d’une démarche pédagogique pilote en vue de faciliter leur mise en œuvre», a répondu Hamid Chrifi, coordinateur d’ENDA Maghreb au Maroc. Et d’ajouter : «à la fin du programme, la question qui s’est posée est celle de la mise en œuvre. Autrement dit, comment mettre, au profit de l’action concrète, les acquis et les réalisations du programme en termes de renforcement des capacités et de mise en réseau des acteurs, de production d’outils pédagogiques, d’intégration de l’éducation à l’environnement dans les programmes d’enseignement ?

Cette question n’est pas spécifique à l’éducation à l’environnement. Elle concerne, au Maroc, bon nombre de plans, de stratégies, de cadres juridiques… dont la production ne peut, en aucun cas, dispenser d’un effort indispensable assurant leur mise en œuvre». Face à cette difficulté, Enda Maghreb «s’est investie dans la mobilisation de partenaires nouveaux susceptibles de satisfaire cette nécessité. Cela s’est concrétisé à travers un projet d’éducation et de sensibilisation à l’environnement dans le cadre du programme Oasis Sud et de l’Initiative éco-école, menée dans la commune d’Asrir, grâce à un partenariat réunissant l’Agence nationale pour la promotion sociale et économique des provinces du Sud, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), ainsi que des acteurs locaux : autorités locales, associations et secteur privé», a souligné le coordinateur d’Enda Maghreb. Pour Enda Maghreb, la seconde intervention a été possible grâce au concours du département de l’Intérieur des États-Unis. Elle a consisté en un projet de sensibilisation et de mobilisation des communautés locales autour des objectifs de préservation du patrimoine écologique de la région de Souss-Massa. Les actions ont consisté en la conduite d’un travail d’éducation, de sensibilisation et de communication axé sur le patrimoine écologique local, le renforcement des capacités des acteurs locaux, l’encouragement de l’expression artistique des élèves, l’accroissement de leur connaissance du riche patrimoine écologique du milieu périscolaire et la stimulation, par le biais de l’éducation relative à l’environnement, de leur conscience environnementale et de leur implication dans sa valorisation et sa préservation. «Cette intervention se poursuit, grâce à un nouveau projet qui vise à favoriser l’ouverture et l’implication du milieu scolaire dans le développement socio-économique à travers son interaction avec les coopératives féminines locales.

Il met l’accent sur la formation des clubs de l’environnement à la gestion des déchets, la conduite, par les écoles, de campagnes de nettoyage auprès des coopératives, la mise en place d’un système de tri des déchets au sein des écoles et la mise en place d’un processus de valorisation de certains déchets au sein des coopératives», a conclu M. Chrifi.

questions à : Abderrahim Ksiri, président l’Association des enseignants des Sciences de la vie et de la terre (AESVT) -Maroc

« Nous souhaitons organiser de manifestations annuelles »

Selon vous, y a-t-il une politique nationale d’éducation environnementale ?En réalité, au Maroc, on a eu, depuis plus de quinze ans, un ensemble de programmes et projets d’éducation à l’environnement développés principalement par un ensemble d’ONG nationales thématiques : la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement, l’Association des enseignants des sciences de la vie et de la terre (AESVT), la Société protectrice des animaux et de la nature au Maroc (SPANA), ENDA Maghreb, Groupe de recherche pour la protection des oiseaux (GREPOM), l’association des petits débrouillards, pour ne citer que celles qui a agissent au niveau national, en plus des efforts qui ont été fournis principalement par le ministère de l’Environnement, pour intégrer la composante d’éducation à l’environnement dans différents programmes et stratégies, mais on ne peut pas parler vraiment d’une politique ni de stratégie nationale d’éducation à l’environnement.Une stratégie nationale d’éducation à l’environnement a été élaborée il y a plus de 6 ans avec l’appui de l’Union européenne par trois ONG (Enda Maghreb, AESVT, Mountada al Mowatana), les représentants de cinq ministères (Environnement-Éducation nationale-Agriculture, Haut commissariat des eaux et forets, etc.) et un certain nombre d’acteurs associatifs et du secteur privé. Elle doit être reprise et actualisée.Les médias nationaux remplissent-ils leur rôle en matière de sensibilisation des jeunes générations au respect de l’environnement ?Dans l’ère des  médias, le changement de comportement des citoyens pour renforcer les valeurs de civisme de respect de l’environnement ne peut réussir que si les efforts des ONG, de certains acteurs institutionnels et privés, sont accompagnés par une médiatisation forte, avec des journalistes professionnels spécialisés en la matière et travaillant dans le cadre d’une stratégie globale et intégrée pilotée par des commissions nationales et régionales assistées par l’État avec toutes ses composantes. Actuellement, les efforts médiatiques restent minimes, éparpillés et qui peuvent donner leurs fruits s’ils sont menés dans le cadre d’une vision mettant en valeur les questions environnementales, les réussites et les rôles des acteurs d’éducation à l’environnement.Qu’attendez-vous de la rencontre internationale d’éducation à l’environnement Planèt’Ere 5 ?Notre attente principale de Planèt’Ere 5 est de ne pas le considérer comme une fin en soi, mais une opportunité majeure pour créer une dynamique nationale nouvelle en matière d’éducation à l’environnement permettant aux  acteurs locaux d’éducation et de gestion de l’espace et des ressources (ONG, communes, établissements de formation, secteur privé, etc.), de développer des synergies entre eux, avec la mise en place de partenariats avec une approche territoriale forte. Nous souhaitons que cette rencontre soit l’occasion de communiquer sur leurs efforts, réalisations et partager leurs expériences et aussi de faire de cet événement un début d’organisation de manifestations régionales et nationales annuelles préparées par l’ensemble des acteurs dans le domaine, afin d’améliorer nos planifications, échanges, intégration et visibilité des réalisations et aussi des besoins, qui sont capables de nous permettre de gagner de petites batailles s’orientant vers un gain de la guerre.

Copyright Groupe le Matin © 2026