17 Mai 2013 À 18:07
La décision relative aux coupes budgétaires est toujours au menu des discussions des parlementaires. Les députés de la commission des finances à la Chambre des représentants ont poursuivi le débat de ce dossier à polémique en présence du ministre du Budget, Driss Azami. Les discussions ont été entamées le mois dernier sur cette mesure ainsi que sur la situation de l’économie nationale, provoquant une avalanche de critiques des partis de l’opposition, en particulier, et des parlementaires en général.
En somme, les députés de l’opposition ont fortement déploré, jeudi, l’attitude du gouvernement, qualifiée d’unilatérale, dans la préparation de cette décision, dans la mesure où le gouvernement a marginalisé le rôle de l’institution législative et par conséquent des parlementaires dans la préparation d’une décision si importante. La députée Milouda Hazib (PAM) a ainsi parlé d’un semblant de tentative ayant pour but de marginaliser le rôle du Parlement. Pour elle, même la discussion de la décision du gouvernement au sein de la commission des finances est aujourd’hui sans effet. Elle s’inscrit seulement dans un simple cadre de formalités. Avant d’ajouter que cette décision reflète le comportement individualiste du gouvernement, dépourvu également d’un tableau de bord lui permettant de travailler suivant une approche bien claire. Dans cet ordre d’idées, Milouda Hazeb trouve que la décision de couper dans le budget des investissements est injustifiable et que les arguments avancés par le gouvernement ne sont pas fondés dans la mesure où les prémices de la crise étaient bien présentes lors de la discussion de la loi de Finances 2013. Toujours sous cet angle de critiques, Anis Birou, député du RNI, a indiqué que la décision du gouvernement a eu pour résultante un choc de confiance. Il explique que les investisseurs sont, aujourd’hui, hésitants à venir investir au Maroc.
Outre la confiance, Anis Birou a précisé que l’impact des coupes sera indéniable sur le secteur privé, notamment la compétitivité des PME, du moment que l’investissement public reste le véritable moteur dudit secteur. Ce faisant, il a appelé à la relecture de cette décision à la lumière du nouveau contexte international marqué par une relance économique qui commence à se faire ressentir aux USA, à l’UE, excepté la France, ainsi qu’aux pays émergents. Selon cet ancien ministre, la question est de savoir comment le Maroc peut profiter de cette relance et éviter toute déstabilisation qui aura un impact préjudiciable. «De par notre responsabilité, nous sommes appelés à dépasser l’effet de cette déstabilisation», a-t-il martelé. D’autant plus que la conviction de Birou va dans le sens où la situation politique du pays se reflète sur la situation économique.
Dans cet élan d’idées, Abdelali Doumou, député de l’USFP, a été ferme en précisant que «le Maroc ne dispose pas d’une force économique et que son seul capital est la stabilité de ses institutions. Et il faut capitaliser sur cet acquis». Pour ce qui est de la décision de suspendre les 15 milliards de DH, Abdelali Doumou, optant pour un langage économique et scientifique, a démontré que la décision aurait pu être efficace si elle a été mise en œuvre un an auparavant en permettant ainsi d’éviter la hausse des prix des carburants. D’après lui, le timing de la prise de la décision est mal choisi dans la mesure où celle-ci intervient hors du contexte aussi bien international que national. L’argumentaire sur lequel s’est appuyé Doumou se base sur le constat arrêté par les rapports de l’ensemble des institutions internationales. Ces derniers ont relevé que toucher aux investissements publics a un effet multiplicateur, pendant la crise, sur la croissance et l’emploi. Pour lui, la rationalisation des dépenses ne doit intervenir qu’après la réalisation de la croissance. Ce faisant, la gestion de la crise économique devra se faire sur une approche basée sur la croissance économique et ne devra en aucun cas se focaliser sur le déficit.
Pour ce qui est du contexte national, Abdelali Doumou s’est attelé sur l’importance de l’investissement pour le secteur privé. Ainsi, il a braqué la lumière sur la nécessité de procéder aux réformes (compensation, retraite…) afin d’améliorer la rentabilité et la qualité des services dispensés par l’État. Abdelali Doumou a tenu à faire le point sur le rôle que joue l’investissement public, véritable levier de pilotage, notamment vis-à-vis des infrastructures économiques et sociales qui restent jusqu’à aujourd’hui incomplètes. D’autant plus que les attentes sociales sont de plus en plus accrues et constituent la principale problématique, toujours selon Doumou.