Michael Hoey et Karen Lunn sur le podium

Gestion participative de la forêt méditerranéenne

Les participants à la troisième édition de la Semaine forestière méditerranéenne, qui s’est déroulée du 17 au 21 mars à Tlemcen ont insisté sur l’association des populations locales en matière de gestion des espaces forestiers.

La forêt a son événement régional depuis deux ans.

23 Mars 2013 À 18:39

Gestion participative des forêts et financement innovant pour le paiement des services environnementaux (PES) des forêts ont été les deux principaux sujets débattus, lors de la troisième édition de la Semaine forestière méditerranéenne (SFM) qui s’est déroulée du 17 au 21 mars à Tlemcen en Algérie. Un rendez-vous organisé en partenariat avec notamment l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’Alimentation (FAO), la Coopération technique allemande (GIZ), l’association internationale forêts méditerranéenne, le Plan Bleu, etc.Cette rencontre a été aussi marquée par la présentation du Cadre stratégique sur les forêts méditerranéennes. Un document qui trace les orientations pour la gestion intégrée des écosystèmes forestiers des territoires de cette région. «Le cadre stratégique est une bonne base pour la mobilisation des ressources humaines et financières. Il permettra aux pays de travailler et d’améliorer la gouvernance. La forêt est un secteur oublié du développement. Ce cadre stratégique va donner davantage de visibilité à la forêt», a indiqué Moujahed Achouri de la FAO-Tunisie. Si certains ont qualifié ce cadre stratégique de partenariat entre le Nord et le Sud, d’autres ont bien insisté sur les grandes disparités entre les deux rives. «Ce qui nous différencie de la rive Nord, c’est que dans cette partie de la Méditerranée, les forêts sont en grande majorité privées, alors que dans le Sud, elles sont habitées par des populations et exerçant de surcroît un droit d’usage. Ces habitants n’ont pas d’endroit où aller, il faut les considérer comme des partenaires, les associer pour les rendre responsables de l’avenir de la forêt», ont souligné des intervenants. Dans ce sens, il existe des outils institutionnels d’animation, tels que les syndicats, les associations, la Charte forestière du territoire, etc. Ce rendez-vous de la forêt a été caractérisé également par la présentation de plusieurs expériences. Le Maroc a profité de cette occasion pour présenter son projet «Partenariat pour les forêts marocaines avec les entreprises».

Il s’agit d’offrir au secteur privé une solution de communication «verte» via le reboisement, l’amélioration des conditions des populations locales grâce à des activités génératrices de revenus. Autre initiative, celle proposée par le Liban, qui est en train d’élaborer un projet de plantation de 40 millions d’arbres pour un «Liban Vert». «Nous voulons récupérer ce que nous avons perdu. Ce projet concerne 70 000 ha de terres appartenant à l’État. Nous allons sélectionner des terres et aussi des espèces végétales. Pour réunir les fonds, ce projet engage collectivités locales, Union des banques, diaspora libanaise à l’étranger, réseaux sociaux, etc. Cette initiative est gérée par un comité interministériel. Par ailleurs, nous devons aussi associer les populations rurales à la gestion de la forêt et sa valorisation via notamment de l’écotourisme», a souligné Patricia Sfeir, spécialiste en développement rural. La Croatie, à son tour, a exposé son expérience en matière de fiscalité «verte». Il s’agit de taxer toutes les entreprises, mais cette initiative semble avoir eu des difficultés pour la simple raison qu’elle n’a pas fait l’objet de concertation lors de son élaboration.Autre expérience et cette fois-ci réussie, celle de la valorisation de la forêt via l’apiculture en Turquie. Grâce à cet effort, ce pays est devenu un des pays producteurs de miel dans le monde (83 000 tonnes par an).

La filière fait nourrir quelque 150 000 familles. Le secteur apicole est accompagné par les pouvoirs publics, les banques, la recherche scientifique, les associations, etc. L’Association des producteurs de miel en Turquie peut aller jusqu’à interdire aux agriculteurs l’utilisation des pesticides dans des réserves. Autre expérience exposée, celle de la France. Gilles Martinez du centre régional de la propriété foncière Provence Alpes Côte d’Azur (PACA). «Chez nous, la forêt privée représente 90%. Au moment où les gens parlent de désertification, nous constatons que la forêt progresse». Ce technicien français a exposé l’expérience du Luberon en matière de gestion raisonnée du territoire. «Un territoire, c’est un ensemble de collectivités qui ont exprimé ensemble la volonté de gérer durablement la forêt. Cette volonté des élus donne une légitimité à cette méthode. Ce n’est pas une approche coercitive, mais c’est un engagement de toutes les parties.» Quant à Amine Damerdji, professeur des sciences des sols à l’Institut national de recherche agronomique (Inra) en Algérie, il a reproché «aux forestiers de n’avoir jamais posé la question de la nature des sols. Ces agents doivent procéder avant toute chose à l’élaboration à l’échelle de chaque pays d’une carte de vocation des terres. La forêt ne peut nourrir tout le monde. Il faut développer d’autres choses et la forêt doit être une complémentarité». Les résultats de cette 3e édition de la Semaine des forêts méditerranéennes (SFM) seront présentés au Forum des Nations unies sur les forêts qui se déroulera du 9 au 18 avril prochain. Pour ce qui est la 4e édition de la SFM, l’Espagne s’est proposé de l’accueillir.

questions à : Christophe Besacier, expert chargé des forêts méditerranéennes à la FAO

«Le Maroc mieux outillé dans la lutte contre les incendies de forêt»

Il existe actuellement un cadre stratégique pour la forêt méditerranéenne. Que rapporte-t-il de nouveau à la gestion de la forêt ?L’intérêt du cadre stratégique régional sur les forêts méditerranéennes a plusieurs avantages. En premier lieu, il permet d’avoir une vision commune entre les différents pays de la région des problèmes et des solutions apportées pour l’amélioration de la gestion durable. Dans ce document, il y a trois objectifs principaux qui sont la promotion des biens et services environnementaux fournis par les forêts, l’amélioration de la résilience des écosystèmes forestiers méditerranéens et également le renforcement des capacités et la mobilisation des ressources humaines et financières. Parmi ces objectifs, des axes stratégiques ont été définis qui proposent des recommandations aux décideurs pour améliorer leur politique forestière et mettre en place des solutions innovantes en termes de prévention des feux de forêt, de mécanismes de financement, de gestion adaptative de leur forêt, de valorisation des ressources génétiques forestières, etc.Bien évidemment, un outil régional doit être adapté en tenant compte des spécificités de chaque pays. Ce cadre régional n’apporte pas toutes les solutions, mais il permet d’avoir un outil commun pour adapter, harmoniser et améliorer les politiques forestières en matière de gestion durable. Ce cadre stratégique régional est aussi un instrument pour mobiliser des ressources financières. Les partenaires techniques et financiers, lorsqu’on les sollicite pour des financements de projets, apprécient de voir que les pays de la région ont un engagement politique autour d’un document et d’une vision commune. Selon vous, ce cadre stratégique pour la forêt présenté a-t-il des chances d’être mis en œuvre par l’ensemble des pays méditerranéens ?Tous les États ont déjà des politiques forestières avec pour certains points qui sont présentés dans ce document soit des faiblesses soit des actions qui vont dans le sens de ce cadre stratégique. Chaque pays peut, dans ce cadre stratégique, être conforté dans les orientations qu’il a déjà prises, mais également avoir un outil pour réfléchir à l’adaptation de certains axes à sa politique forestière. Je prends un exemple, la prévention des incendies de forêt où on fait la promotion de la prévention avec des recommandations qui sont partagées par les meilleurs experts sur les incendies de forêt dans la région. Les recommandations proposées dans ce cadre par exemple : bien gérer la biomasse dans les forêts, qui n’est pas faite dans tous les pays pour limiter les combustibles à travers des feux dirigés pendant l’hiver pour éviter qu’il y ait trop de masse sèche dans la forêt pendant l’été et avoir ensuite des incendies qui nous dépassent. Cette mesure n’est pas appliquée systématiquement dans tous les pays du pourtour méditerranéen. Il y a même certains pays où cette pratique est interdite par la loi.Un autre exemple concernant les nouveaux mécanismes de financement comme la compensation ou le paiement des services environnementaux (PES) pour lesquels il y a peu d’exemples concrets dans la région. Ce cadre stratégique peut donner des idées à des pays pour instaurer ces PES.Quelles sont les retombées de ce cadre stratégique, par exemple, pour le Maroc ?Il faut souligner que le Maroc a déjà une politique forestière bien développée avec beaucoup d’axes proposés par ce cadre stratégique. Je prendrai un exemple de la prévention des incendies de forêt pour laquelle le Royaume est certainement le mieux outillé par rapport à d’autres pays. Cela se traduit dans les chiffres que nous avons vus lors de la présentation de l’état des forêts où le Maroc a très peu de surface de forêts brulées en comparaison à ses voisins du Nord comme du Sud de la Méditerranée. Peut-être pour le Maroc, ce qui sera plus intéressant c’est les mécanismes innovants de financement. Le Maroc vient d’adhérer à un mécanisme de financement le REED+ (Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation). Le Royaume à travers ce cadre stratégique peut tester le mécanisme REED+. Je citerai un autre exemple, il s’agit de la gestion des ressources génétiques forestières. Les recommandations présentées dans le cadre stratégique vont dans le sens de l’amélioration de ces ressources pour l’adaptation des ressources forestières au changement climatique.

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