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Mardi 09 Juin 2026
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Retraités, entre pensions dérisoires et calvaire d’encaissement

La retraite n’est pas un long fleuve tranquille pour tout le monde. Un nombre important de retraités se retrouvent démunis à l’âge où ils ont le plus besoin de confort et de sérénité.

Retraités, entre pensions dérisoires  et calvaire d’encaissement
Les retraités sont obligés de se déplacer eux-mêmes pour récupérer leurs pensions à la poste.

Il est 7h30, devant une agence de poste. Ce jour coïncide avec le premier du mois, jour de paie pour certains retraités qui se sont déjà réunis devant la porte, malgré la fraîcheur matinale, alors que l’agence n’ouvrira ses portes que dans une demi-heure.
20 minutes plus tard, l’agent de sécurité vient leur distribuer des tickets numérotés, pourtant ils ne franchissent la porte de l’agence que 10 minutes après et ce n’est pas pour autant qu’ils seront servis. «Chaque mois, c’est pareil. Nous nous sommes habitués à ce type de traitement. Nous arrivons une demi-heure avant l’ouverture et nous ne sommes reçus qu’au moins une heure après», soupire Haj Mohamed, 72 ans. «Même s’il arrive à 8 heures au bureau, le guichetier ne commence ses activités qu’une demi-heure après. Il doit d’abord saluer ses collègues, discuter le match de la veille, prendre son petit-déjeuner, fumer… En plus, il n’y a qu’un seul guichet mis à notre disposition», ajoute Bouchaib, 68 ans.

Parmi les trois agents de poste travaillant au guichet, un seul répond aux demandes des retraités qui sont de plus en plus nombreux, au fil des heures. «Nous faisons le maximum pour accueillir les retraités dans de bonnes conditions, mais nous souffrons terriblement du manque d’effectif et donc nous ne pouvons mettre à leur disposition plus d’un guichet, puisqu’il faut bien recevoir les autres clients aussi», indique un responsable de l’agence, qui a voulu garder l’anonymat, et qui précise que les agents ayant quitté leur travail n’ont pas été remplacés. «Les agents ayant choisi le départ volontaire n’ont pas été remplacés et ce n’est pas seulement le cas de notre agence, mais un problème général au niveau de toutes les postes. Chez nous, l’effectif a été réduit de moitié et nous en souffrons plus pendant les périodes de paie des retraités», souligne-t-il.

Une justification qui ne convainc pas les concernés qui se sentent méprisés. «Nous sommes considérés comme des clients de second degré par les responsables de la poste. Nous sommes obligés d’attendre pendant des heures devant un unique guichet, alors que la plupart du temps, les autres agents sont libres. Ils ne prennent pas en considération ni notre âge avancé, ni notre condition physique faible», fustige Abdelkabir, 74 ans.
Une heure et demie après l’ouverture de l’agence, alors que les premiers retraités commencent à peine à être accueillis, arrive un septuagénaire soutenu par sa femme et son fils. «Mon père est très malade et le médecin lui a recommandé de rester alité, pourtant nous sommes obligés de le forcer à marcher pour qu’il vienne récupérer sa pension. Je ne comprends pas pourquoi il ne peut pas déléguer une autre personne pour le faire à sa place», s’interroge Abdessamad.

En effet, les retraités sont obligés de se déplacer eux-mêmes pour récupérer leurs pensions à la poste, quelles que soient leurs conditions physiques. «C’est le règlement. On n’y peut rien, malgré toute la compassion qu’on peut avoir pour ces gens. Le retraité doit signer des documents lui-même afin de bénéficier de sa pension, aussi minime soit-elle», explique le responsable de l’agence.
Par ailleurs, afin de soulager les files d’attente, la poste a mis des cartes de retrait à la disposition des retraités. Toutefois, ces cartes représentent plus d’inconvénients que d’avantages pour ces retraités aux pensions dérisoires. «Cette carte est une réelle arnaque. On ne peut l’utiliser que dans les guichets de la poste et en plus les frais de compte sont trop élevés pour nos pensions», s’énerve Haj Boubker.
Une réalité que ne dément pas le responsable de l’agence. «Les frais de tenue de compte pour les cartes octroyées aux retraités sont les mêmes que pour les autres clients et il est vrai qu’ils peuvent être élevés en comparaison avec les pensions de certains retraités. D’ailleurs, nous enregistrons régulièrement des réclamations dans ce sens», affirme-t-il.

En plus des retraités venus en personne, les veuves se sont également déplacées de bonne heure pour récupérer les pensions de leurs défunts maris. «Il faut venir tôt, faire la queue et espérer qu’on ne va pas nous demander de revenir le lendemain… tout cela pour 500 DH. Déjà avec la pension complète de mon mari, nous avions beaucoup de mal à boucler la fin de mois, aujourd’hui, alors que je ne touche que la moitié de sa pension, je n’arrive pas à m’en sortir. Heureusement que la famille me vient en aide de temps en temps», confie Fatima.

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