20 Juin 2014 À 19:19
C’est la loi des séries. Alors que la France peine encore à rétablir des relations normales avec le Maroc après une succession de bourdes diplomatiques, un incident vient de se produire jeudi dernier risquant de compliquer la tâche du Quai d’Orsay. Une figure de l’armée marocaine, et non des moindres, le général de corps d'armée Abdelaziz Bennani, se fait agresser moralement dans un hôpital militaire de Paris alors qu’il y était admis pour soins médicaux. En effet, après la convocation adressée par la justice au directeur général de la DGST, la fouille systématique du ministre des Affaires étrangères à l’aéroport Charles de Gaulle, les propos indélicats sur le Royaume attribués à l’ambassadeur de France à Washington, l’incident de jeudi dernier est susceptible de faire durer plus le coup de froid dans les relations entre les deux pays.
L'ambassadeur de France au Maroc, Charles Fries, a été reçu, le même jour à Rabat, par Mohamed Yassine Mansouri, Directeur général d'études et de documentation, pour lui faire part du vif mécontentement du Royaume à la suite de la lâche agression morale dont a été victime, la veille, le haut responsable militaire marocain, dans sa chambre de l'hôpital parisien de Val-de-Grâce, de la part du dénommé Mustapha Adib. Le même jour, le Maroc, par le biais de son ambassadeur à Paris, Chakib Benmoussa, a entrepris auprès du ministère français des Affaires étrangères une démarche de dénonciation de cet acte «inadmissible». Le diplomate marocain s’est interrogé à cette occasion sur la complaisance dont bénéficient certaines personnes connues pour leurs antécédents et qui ne peut qu'impacter négativement les relations maroco-françaises.De son côté, le Chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, qui présidait ce jeudi un Conseil de gouvernement, a condamné «l'acte de provocation survenu jeudi dernier à l'hôpital du Val-de-Grâce à Paris et qui a visé le général de corps d'armée Abdelaziz Bennani, actuellement en soins intensifs dans ledit hôpital».
Un communiqué du département du Chef du gouvernement précise qu'«au cours de cet acte, un individu, repris de justice notoire et connu des autorités françaises, a outrageusement provoqué et agressé moralement le général Bennani et sa famille, dans l'enceinte de l'hôpital». Un acte d’autant plus grave qu’il vise une figure des Forces armées royales, et qui entre dans le cadre d’une série d'actes de provocation ayant visé, à Paris, de hauts responsables sécuritaires et diplomatiques marocains, souligne le communiqué. «Le Directeur général de la Direction de la surveillance du territoire (DGST) avait ainsi été l'objet d'une convocation judiciaire vigoureusement dénoncée par le Maroc tant par sa forme que sur le fond», rappelle le communiqué. Et d’ajouter que «le ministre des Affaires étrangères et de la coopération, de passage par l'aéroport de Roissy, et malgré la présentation de ses documents de voyage diplomatiques, avait fait l'objet d'une fouille et d'un retrait vestimentaire, en contradiction avec les usages diplomatiques et les conventions internationales». «Cette succession d'actes graves, qui traduisent un réel acharnement, interpelle le gouvernement marocain sur les intentions et la volonté des autorités françaises», d'autant plus que l'hôpital d'instruction des armées à Paris «fait l'objet en principe de mesures strictes de sécurité et d'accès», précise le communiqué de la primature. La colère des autorités marocaines est donc somme toute justifiée.
La multiplication de ces incidents soulève nombre d’interrogations sur les parties qui sont derrière et sur leurs réelles motivations. En tout cas, les autorités françaises ont exprimé leur sincère émotion par rapport à l’incident de l’hôpital Val-de-Grâce et ont annoncé qu'une enquête sera diligentée par le ministère de la Défense. Pour sa part, le Royaume du Maroc s’est dit attaché à la qualité des relations historiques et profondes avec la République française, qui prennent en compte les valeurs de respect mutuel et de dignité. Il rappelle aussi qu’il ne peut en aucun cas accepter des agissements qui vont à l’encontre de l'esprit d'amitié et de considération qui imprègne les relations bilatérales.
Ce qui s’est passé avec le général de corps d’armée Abdelaziz Bennani est inadmissible et incompréhensible. Car l’incident s’est passé, pour autant que je sache, dans un hôpital fermé, surveillé et dont l’accès est contrôlé. Donc, on ne peut pas dire qu’il s’agit d’un hôpital public auquel n’importe qui peut rentrer. À partir de là, il y a un minimum d’obligations à observer à l’égard d’un haut responsable hospitalisé. Je crois que c’est l’avis des autorités et du peuple marocains par rapport au respect dû à un commis de l’État marocain. Le respect doit être de rigueur, a fortiori à l’égard d’une personne hospitalisée. C’est la moindre des choses.
Je trouve scandaleux ce qui s’est passé à l’hôpital Val-de-Grâce de Paris. Le général de corps d’armée Abdelaziz Bennani est une personne physique, mais aussi une personne morale. C’est un haut responsable militaire. Il est allé à Paris en tant que tel. Il représente l’armée marocaine et donc la dignité marocaine. Il est inadmissible qu’il fasse l’objet d’un comportement enfantin. Personnellement, je trouve cela scandaleux. Il nous faut des explications. Cela dit, je pense que ce n’est pas la faute de la France, mais d’un individu. Mais il faut rétablir le général et sa famille dans leur dignité. Car ils se trouvent sur le territoire français. J’espère que les relations maroco-françaises ne vont pas se dégrader davantage à cause de cet incident. Il faut agir dans le sens de l’amélioration du niveau des relations entre les deux pays.
Quand quelqu’un est malade, les us et coutumes veulent que l’on soit aux petits soins avec lui et qu’on veille sur son repos, à plus forte raison s’il est loin des siens. Nous les Marocains, notre hospitalité nous oblige à respecter et à protéger les gens qu’on reçoit et à les traiter avec beaucoup d’égard et de tact, surtout quand il s’agit de hauts responsables. Donc, nous condamnons le comportement agressif dont le général de corps d’armée Abdelaziz Bennani a fait l’objet alors qu’il était hospitalisé à Paris. Le général représente une institution. Et ceux qui ont des problèmes avec l’Armée marocaine n’ont pas le droit de s’en prendre à lui en tant que personne. Donc, ce qui s’est passé est un incident grave. Ceux qui ont des comptes à régler avec le Maroc ou avec ses institutions ne doivent pas s’y prendre de cette manière lâche.
Le Mouvement populaire dénonce vigoureusement l'agression abjecte dont a été l'objet le général Abdelaziz Bennani. Notre parti refuse ce comportement ignoble qui n'est pas de nature à améliorer le climat des relations entre les deux pays. Cet incident intervient après une série d'autres incidents tout aussi déplorables. Nous condamnons cette agression qui risque d'envenimer davantage les relations entre la France et le Maroc.
Je suis médecin et je connais l’hôpital de Val-de-Grâce et je ne sais pas comment cet individu a pu s’y infiltrer. Les gens n’y entrent pas facilement, d'autant plus que, dans ce cas, il s’agit d’une personnalité importante, le général de corps d’armée Abdelaziz Bennani. Comment peut-on permettre à quelqu’un de venir maltraiter un patient ? Si l’agresseur était responsable humainement, il n’aurait pas agi de la sorte. C’est affligeant. Comment peut-on s’acharner sur une personne malade, hospitalisée ? C’est monstrueux ! Les premiers responsables sont les autorités françaises. Le fait qu'elles ne prennent pas des sanctions à l’encontre d’individus de ce genre est tout simplement scandaleux. Je pense qu’il faut porter plainte pour que chacun assume ses responsabilités.
Propos recueillis par Brahim Mokhliss