GéoPolis

La marque de pays

«Ni une linéarité continue ni une totalité globalisante»

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nation brand • Le modèle suisse est une belle réussite, il lui a permis de devenir l’économie la plus compétitive en Europe. Ph. Fotolia

nation brand • Le modèle suisse est une belle réussite, il lui a permis de devenir l’économie la plus compétitive en Europe. Ph. Fotolia

Mohamadou Siré SY.
Économiste, Chercheur et Homme de médias, Siré Sy est le CEO du cabinet Africa WorldWide Group (www.africaworldwidegroup.com), spécialisé dans le conseil en géostratégie et en géoéconomie. Il fut le rédacteur en chef du magazine «African Business Journal» basé à Casablanca et le chargé de communication de la Direction de la prévision et des études économiques du Sénégal. Siré Sy a aussi travaillé dans la Banque (Bicis). Il dirige depuis 2013, la Convention africaine des journalistes en économie et finance (CAJEF).

Géopolis : La question des marques de pays, «nation branding» en anglais, est d'actualité. Quelles en sont les raisons ?
Mohamadou Siré SY : L’émergence de nouveaux acteurs, régionaux et internationaux (BM, FMI, ONU, OMC…) et la montée en puissance de contre-pouvoirs (collectivités locales, ONG, OSC…), non seulement ont modifié le rapport à l’État par rapport à soi, par rapport à nous et par rapport aux autres, mais aussi, ces nouveaux acteurs agissent directement ou indirectement dans la perception et dans la réalité que nous renvoient nos pays respectifs. De la Révolution industrielle et technique jusqu’au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la puissance des États se mesurait sous l’angle de leur pouvoir central (gouvernement). Ce fut le temps de la toute-puissance de l’État, de l’État-providence, de l’État accaparateur, centralisateur et jacobin. À partir des années 60, un nouvel acteur est arrivé sur la scène publique : ce sont les grandes entités systémiques (les multinationales et les transnationales). À partir des années 80, un autre nouvel acteur s’est rajouté aux multinationales et aux transnationales : ce sont les sociétés civiles et civiques. Les multinationales/transnationales et les sociétés civiles et civiques, chemin faisant, et tel un rouleau compresseur, vont empiéter, émietter et grignoter les sphères d’influence, de décision et de pouvoir des États. Au point que la ligne de démarcation traditionnelle entre «le public» et «le privé» n’est plus exclusive, avec en toile de fond, le passage des «espaces publics» et «espaces privés» vers des «espaces communs» d’une part et, d’autre part, le passage des «biens publics» et «biens privés» vers des «biens communs». Avec le basculement de la mondialisation vers la globalisation qui «impose» un certain universalisme dominant, nous sommes en train de tendre vers un monde de standardisation/normalisation et de comptabilisation et des biens, des choses, des personnes et… des États. L’actualité et les raisons sous-jacentes de la notion de «marque de pays» ou «branding nation», durant cette décennie, obéissent aussi à cette logique qui voudrait que même les États et les peuples doivent, eux aussi, rentrer dans les rangs et mécanisme du Nouvel Ordre marchand. Ainsi donc, tout en gardant les spécificités qui leur sont propres (garant de l’intérêt général et de l’ordre public), les États et leurs peuples seraient alors modélisables, avec des standardisations spécifiques, à l’image des produits manufacturés ou des biens de services. Mais le plus intéressant dans cette notion de «marque de pays», c’est la rupture épistémologique qui la sous-tend. En ce sens que désormais, les repères et les grilles de lecture et d’analyse de la performance mondiale et de la compétition globalisée ne sont plus édictés et validés par le «Centre» (État), mais par la «Périphérie» (secteur privé). Vous savez, aujourd’hui, dans un contexte de capture des régulateurs, ce sont les agences de notations financières, davantage que les ministères, qui donnent le tempo dans l’appréciation des risques. Et c’est aussi davantage sur les places boursières qu’au niveau des Banques centrales que se joue l’économie globalisée. La notion de «marque de pays» suit donc ce trend qui marque un glissement de plus en plus marqué du «public» vers le «privé», dans la production et la validation des normes et mesures. Une autre grille de lecture non moins importante est aussi relative à la compétition mondiale des modèles au sens de weltanschauung, donc de vision du monde. La notion de «marque de pays» est un produit dérivé du modèle anglo-saxon, au sens de weltanschauung, qui lui-même est en compétition avec le modèle africano-arabo-berbère, le modèle germano-romano-latin et le modèle asiatique. La marche des Nations et la situation des États, leur compétitivité et leur attractivité, doivent-elles s’analyser et s’apprécier sous les (seules) lunettes du modèle anglo-saxon et des grilles de lecture du consensus de Washington ? Voilà aussi le décor campé.

Malgré le nombre d'articles, nombreux sont les experts qui considèrent que le concept de marque de pays n'est pas défini de manière satisfaisante. Qu’en pensez-vous ?
Disons-nous que depuis que le concept de «marque de pays» a été lâché par Simon Anholt, qui en est probablement l’inventeur et qu’il a d’ailleurs remplacé par la notion «d’identité compétitive», chaque réponse conceptuelle et opératoire donnée à la notion de «marque de pays», a suscité de nouvelles questions. Même si Ying Fan, dans un article intitulé «Branding the nation : Towards a better understanding» paru dans le «Journal of Place Branding and Public Diplomacy», a tenté dans son article de montrer le contraire. Et c’est tout le charme du débat. L’insuffisance dans la définition de «marque de pays» s’explique aussi par le fait que c’est un concept qui est en mouvement et en situation parce que les États et leurs Nations ne sont ni statiques ni figés, mais dynamiques et en situation, car ils s’inventent et se métamorphosent sous l’influence des chocs démographiques, économiques et culturels, mais aussi des tensions nerveuses positives et négatives qui les traversent. Parce que justement, la fidélité est dans le mouvement. Pour appréhender la notion de «marque» en tant que telle, il faut dire qu'elle relève davantage du lexique marketing, de communication et commercial. Ces outils et matériaux sont presque exclusivement axés sur l’objet et/ou la chose parce que relevant du domaine du palpable et du touchable. Alors, dans le principe, ce sont ces matériaux et outils là qu’on essaie d’appliquer et de transposer sur une réalité (État, au sens d’abstraction juridique) qui est non palpable, mais dont on sent la présence et la réalité tous les jours. Tout un challenge. D’autant plus qu’une «marque de pays» est loin d’être statique et unicolore comme un produit manufacturé. En y regardant de plus près, la notion de «marque de pays» n’est pas très loin des critères de compétitivité et de classement, publiés par un certain nombre d’instituts et d’organisations. À mon avis, l’erreur fondamentale qu’il ne faudrait pas commettre dans l’approche de la notion de «marque de pays» est de la prendre comme du… nescafé soluble. Tant qu’il est vrai que la «marque de pays» n’est ni une linéarité continue ni une totalité globalisante. Mais elle est à la fois totalité et morcellement. À l’image de la mondialisation.

Un autre concept vient semer la confusion. Il s’agit de marque nationale (national brand) et marque de pays (nation brand). Comment les distinguer ?
Quand on lit l’article de Ying Fan, deux distinctions conceptuelles sont posées comme essentielles. D'abord, la «marque de pays (nation brand)» renvoie à l'image mentale du pays que se font les gens à l'étranger et «marque nationale (national brand)» renvoie à des produits ou services distribués dans le monde. Ensuite, l'auteur distingue la marque de nation des marques commerciales, affirmant qu'il y a davantage de différences que de points communs entre les deux notions. Disons-nous que, pour compléter la pensée de Ying Fan, au-delà de ses aspects économiques et commerciaux – le Bien –, il y a aussi la question du Lien, quand nous questionnons la notion de «marque de pays». Parce que c’est au nom de la «marque nationale» qui relève plus de la réputation et de la perception qu’un peuple dégage et inspire, parce que c'est ancré dans les consciences collectives, que les Marocains sont vus et perçus en termes d’identité remarquable, comme un peuple tolérant ; les Sénégalais, un peuple de Téranga (hospitalité), etc. Au-delà des pays, c’est au nom de la «marque nationale» qu’il a été construit et perçu dans les subconscients que les Africains sont affectifs, que les Occidentaux sont conquérants, que les Asiatiques sont distants, etc.
Ensuite, la «marque de pays» se détache progressivement de l’intuitu personae et des caractéristiques de perception et d’intuition sur un peuple, pour investir un champ beaucoup plus palpable et concret. C’est ainsi qu’on pourra dire par exemple que le Maroc est une puissance régionale majeure (un hub) en Afrique, du fait de ses choix politiques géostratégiques dans le jeu des acteurs pour s’insérer dans l’économie globalisée, à travers l’industrie (aéronautique et automobile) et l’économie des services (finances et innovations technologiques). C’est également par le biais de la «marque de pays» qu’on dira par exemple que la France est la capitale mondiale de la gastronomie ; que le Qatar est la capitale mondiale du shopping ; que l’Italie est la capitale mondiale de la haute couture, que le Congo Brazzaville est la capitale mondiale de la SAPE, «Société des ambianceurs et des personnes élégantes», que la Chine est l’usine du monde ; que l’Inde est l’atelier du monde, etc. Ce qui fait que les notions de «marque nationale» et «marque de pays» se nourrissent et se complètent harmonieusement.

La littérature révèle qu’établir une «nation brand» suppose aller du symbole visuel à l'identité nationale en passant par le co-branding ou le soft power. Est-ce cohérent ?
Vous savez, le monde est en train de virer vers un business model géostratégique et géoéconomique sans précédent. Pendant longtemps, c’était l’économie créatrice – l’économie du Bien –, cette économie-là qui est basée essentiellement sur les ressources extractives (pétrole, mines, gaz) et sur les ressources alimentaires (tubercules et céréales), qui ont été les déterminants de la croissance de l’économie mondiale et qui ont porté à bras-le-corps la révolution agricole et industrielle. Et pour les dix prochaines années, l’économie globalisée va basculer d’une économie créatrice vers une économie créative – l’économie du Lien –, dont les trépieds reposeront sur les intelligences collectives (la somme des valeurs ajoutées que les Hommes apportent aux objets-monde qui nous entourent) et sur nos «soft power» (notre capital de sympathie et de séduction). Cette économie créative – l‘économie du Lien – qui portera les déterminants de la croissance mondiale sur les dix prochaines années, sera une économie qui sera bâtie et construite sur le «soft power», notre capacité à créer les tendances lourdes et à influencer le marché. Et trois sous-secteurs seront les piliers de cette économie créative qui est en fait la Nouvelle Économie : les technologies (information et communication), les finances (banques, assurances, IMF, Bourses des valeurs) et les industries culturelles (Entertainment et Edutainment).
Dans un autre registre, ce sera au niveau du «co-branding» et du «soft power», dont vous parlez, que tout se jouera dans cette compétition mondiale. Et la cohérence est d’autant plus perceptible que si le principe directeur de l’économie créatrice a été la conquête des territoires et des parts de marché pour accaparer le Bien, le principe directeur dans l’économie créative sera davantage la conquête des cœurs et des esprits. Car il faudra tisser (d’abord) le Lien pour accéder au Bien, parce qu'ils sont complémentaires. C’est en quelque sorte, l’économie (capitalisme marchand) qui se réconcilie avec la culture et qui va l’humaniser. Et c’est là où la globalisation devient une opportunité pour les Afriques qui ont désormais les bonnes cartes en main pour reprendre leur destin et renégocier leur place dans la mondialisation. Tant il est vrai que les nombreuses qualités humaines de l’Homme africain : intelligence vive et qualités de cœur, spontanéité, sens de l’accueil et de la solidarité, sens de la dignité et chaleur humaine, seront des leviers précieux pour s’imposer dans l’économie créative (économie des services à la personne), la Nouvelle Économie.

Selon vous, quel est le pays qui a le plus développé une expertise en «nation brand» ?
Au risque de vous surprendre, le pays qui est le prototype le plus achevé au monde à ce jour, en termes d’expertise d’une «nation brand», n’est ni en Occident ni en Asie, mais en Afrique. Il est en Afrique. Et plus précisément en océan Indien. Et c’est l’Ile Maurice. Ce pays a su concilier gestion réussie des diversités culturelles, linguistiques, religieuses et développement économique. Les deux étant, en réalité, intimement liés. L’Ile Maurice, qui est un «laboratoire de la diversité», nation multilinguistique, est passée, en trente ans, d’un pays déclassé à un reclassement géostratégique sans précédent, une économie émergente – la plus compétitive en Afrique en 2014. En trente ans, l’Ile Maurice a donné naissance à un modèle de développement original et dynamique, attrayant pour les investissements internationaux et répondant aux attentes d’une population jeune et avide d’ouverture sur le monde. L'expérience mauricienne, celle du vivre ensemble et du développement économique, est de nature à inspirer et à mobiliser tous les pays. Ensuite, vous avez le modèle suisse qui est aussi une belle réussite. Et son modèle lui a permis de devenir l’économie la plus compétitive en Europe et qui produit des résultats époustouflants. Son modèle de démocratie participative est exemplaire, grâce notamment aux référendums d'initiative populaire.

Un mot sur le cas de La Chine. Arrive-t-elle à gérer de manière proactive son image dans le but d'améliorer sa réputation au sein de la communauté internationale ?
Tout dépend de la position qu’on a vis-à-vis des Chinois, les «fils du ciel» comme les nomme le français Claude Chancel, professeur de Chaire supérieure, agrégé d’histoire. Selon qu’on est sinophile, ou sinophobe ou «sinolacre», la réponse varie. Du côté négatif, il est reproché à la Chine d’être prédatrice quand il s'agit de ressources dont elle manque, sanctuarisant celles qui lui restent chez elle. Il lui est également reproché de négliger l’environnement, de polluer les sols, l’eau et l’air. Sur le plan humain, les reproches ne sont guère moins vifs. Se pose d’abord l’identification difficile de l’interlocuteur chinois : État, société publique, groupe ou entrepreneur privé ? Ensuite, la question des salaires, des conditions sociales de travail sur leurs chantiers. On regrette aussi que les Chinois ne forment guère le personnel et n’opèrent pas de transferts de technologie. Et enfin que des produits chinois, de qualité médiocre, mais peu chers, évincent du marché domestique des produits locaux. Un ouvrage écrit en 2013 par deux journalistes espagnols, Heriberto Araùjo et Juan Pablo Cardenal, est des plus sévères sur cette projection de la Chine dans le monde. Ils estiment que, à l’instar des anciens empires qui envoyaient leurs bagnards, leurs prostituées et autres aventuriers occuper et coloniser des terres lointaines, la Chine envoie, à son tour, sur la planète entière, ses chômeurs. En 2013, l’ex-gouverneur de la Banque centrale du Nigéria (Lamido Sanusi) n’a pas hésité à reprocher à Pékin de n’acheter que des matières premières et de ne vendre que des produits manufacturés, sans rien transformer sur place. Ce qui relève de «l’essence du capitalisme». Du côté positif, beaucoup d’observateurs soulignent l’apport, essentiel, de la Chine à l’Afrique par exemple. D’abord en capitaux, dont elle manque cruellement. Sous forme de dons, de prêts et d’investissements directs à l’étranger, la Chine autorise un vrai progrès en certaines régions. Ensuite, en infrastructures, si primordiales pour désenclaver et relier. Pékin a donc contribué à donner confiance à l’Afrique qui venait de connaître successivement une décolonisation peu réussie, les effets douloureux des PAS (plans d’ajustement structurel du FMI) et «deux décennies perdues» ! La qualité de ses ouvrages approche celle de l’Occident, mais à un prix nettement inférieur, sur le continent africain, où le décollage économique est avant tout une question d’infrastructures (routes, voies ferrées, ports). L’offensive chinoise, comme l’explique le professeur Claude Chancel, s’étend aux hôpitaux et aux dispensaires, aux écoles et aux universités, aux lotissements résidentiels et aux palais présidentiels, aux stades de football et, pas depuis longtemps, au siège de l’Union Africaine à Addis-Abeba, et elle envisage d’élever, à Modderfontein à proximité de Johannesburg, le futur «New York de l’Afrique». Grande puissance financière alimentée par ses excédents commerciaux et par sa gigantesque épargne domestique, la Chine n’est pas avare de crédits (demandez aux USA) et en dons pour l’Afrique. Et ce que l’on ne sait pas assez sur la Chine, c’est qu’elle a mis en place tout un arsenal pour dérouler son «soft power», à travers le monde, mais surtout en direction et en destination de l’Afrique. La Chine dispose de moyens d’informations qui monte en puissance : agences de presse, radios, télévisions, cinéma. Elle s’est dotée de moyens puissants pour gagner la guerre des écrans. Sur le plan culturel, inspiré sans doute par les expériences préalables de l’Alliance française ou du British Council, le réseau des centres culturels Confucius se déploie de façon remarquable en Afrique et séduit une partie des élites du continent qui n’hésite plus à apprendre le mandarin. Le modèle chinois a fini de briser toutes les certitudes du modèle anglo-saxon et du modèle germano-latin. Mais surtout, la Chine a permis de redistribuer les cartes.

Et le Maroc ? Dispose-t-il d’un processus par lequel il crée ou modifie, dirige, évalue et gère son image ? Ses fondements et ses principaux acteurs ?
Vous savez, avec la regrettable décision de l’ex-OUA de reconnaitre le Polisario, les Africains dans leur écrasante majorité (surtout les jeunesses et les femmes africaines) attendent encore de l’Union Africaine un rétablissement du Maroc dans ses droits inaliénables sur son territoire. Le Royaume n’avait pas de choix, à l’époque, que de se tourner vers l’Europe. Sous Sa Majesté Hassan II, ce fut ce qu’on peut appeler la stratégie du Grand Large. Depuis l’avènement de Sa Majesté Mohammed VI en 1999, c’est ce qu’on peut appeler le temps de la stratégie de la Steppe et des Savanes, qui vient compléter le tableau général du Maroc, dans sa politique commerciale et économique. Disons que le processus par lequel le Maroc crée ou modifie, évalue et gère son image, relève d’une combinaison réfléchie d’une stratégie de «soft power» incarnée et portée à bras-le-corps par Sa Majesté Mohammed VI et, d’une stratégie de marché et de réseau, «agressive», déroulée par ses «Grands Champions» (RAM, Maroc Telecoms, OCP, banques, assurances). C’est aussi à l’image d’une stratégie typique dans la guerre navale, en ce sens que le capital de sympathie, d’influence, de leadership et de vision stratégique et prospective de Sa Majesté
Mohammed VI vaut pour le Maroc comme un vaisseau amiral qui, dans une expérience navale, est au-devant des troupes, suivi d’une importante flottille (les transnationales). Dans un autre registre, vous avez Maroc Export pour ce qui est des flux sortants et l’enseignement supérieur et la formation militaire pour ce qui est des flux entrants. Il ne faudrait pas aussi oublier qu’à côté des «voies royales», il y a aussi d’autres voies moins formalisées et qui participent aussi au processus d’une construction d’un Maroc séduisant et attractif et profondément africain. Par exemple le plateau médical du Maroc en termes d’offres de soins de santé et de soins médicaux. Vous avez aussi le commerce Sud-Sud (marchandises et biens) et le sport (la Botola Pro 1, la Coupe du monde des clubs).

Quels en sont les points faibles et les points forts ?
Vous savez, face à la rude concurrence sur les marchés du Nord, la nouvelle politique commerciale extérieure du Maroc se veut un repli stratégique sur le continent africain, d'où il entend devenir un relais de croissance et un hub entre le Moyen-Orient et l’Afrique d'une part et, entre la Chine et l'Afrique au sud du Sahara d'autre part. Disons-nous qu’avant 2000 et dans une perspective afro-centrée, l’aide et l’assistance furent pendant longtemps, le principal outil de coopération économique du Royaume du Maroc avec les pays d’Afrique au sud du Sahara. En plus des aides urgentes, le Maroc accordait environ 300 millions de dollars par an à ses amis africains au titre de l’aide publique au développement (APD), soit 10% de la totalité de ses échanges avec l’Afrique. Du temps de Sa Majesté Hassan II, les relations internationales du Maroc avec ses voisins du grand Sud étaient surtout dominées par l’assistanat multiforme que le défunt souverain consentait à l’égard de ses pays frères. Avec Sa Majesté
Mohammed VI, les affaires et les échanges commerciaux sont venus compléter le panorama des relations Sud-Sud entre le Maroc et les pays d’Afrique, du sud du Sahara, notamment avec les pays de l’espace de l'UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) et de l’espace CEMAC (Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale). Depuis plus d’une dizaine d’années, le Maroc s’est tourné vers le grand Sud, qui est devenu un véritable relais de croissance pour ses PME/PMI et une bouffée d’oxygène pour ses grands champions. Un repli stratégique du Royaume qui conforte, à bien des égards, cette vision de feu Hassan II, lequel disait dans son style que le Maroc était un arbre dont les racines sont en Afrique et les branches en Europe. Ce qui épouse également et parfaitement une fable bien sénégalaise qui enseigne que «quand le guerrier recule dans un champ de bataille, ce n’est point une fuite, mais une prise d’élan pour mieux sauter sur sa cible». Toutefois, un constat donne à voir que la nouvelle diplomatie économique du Maroc vers le grand Sud reste dominée par la conquête du bien matériel (échanges commerciaux et conquête des parts de marché). Or en Afrique, notamment en Afrique de l’Ouest et du Centre, pour consolider les conquêtes commerciales et les parts de marché dans la durée, il faudra aussi tisser, nouer, nourrir, raffermir ou créer le lien immatériel. À long terme et de manière stratégique, la nouvelle diplomatie économique du Maroc, pour le moment essentiellement axée sur le bien matériel, gagnerait aussi à s’ouvrir sur les échanges de biens immatériels dans les domaines des arts et de la culture. Car, en Afrique en général et particulièrement au sud du Sahara, le lien immatériel est cultivé dans tous les domaines de la vie, que ce soit en politique, en société comme dans les affaires. Pour le Maroc, dont l’économie a besoin de débouchés et de relais de croissance, ainsi que pour les pays francophones de l’Afrique de l’Ouest et du Centre aux territoires d’affaires et d’opportunités presque «vierges», dans lesquels tout reste à faire, une sagesse africaine enseigne «que celui qui cherche où passer la nuit et celui qui cherche de la compagnie devraient normalement s’entendre». D’où tout le retour sur image pour le Maroc, d’aller dans le sens d’une prise en charge plus soutenue des échanges de biens immatériels avec les pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre dans lesquels le Maroc a une forte présence économique et commerciale. Pour justement rendre plus dynamique, plus vivant, le dialogue, la complémentarité et la complicité entre les arts et les cultures arabo-berbère et négro-africaine dans une perspective d’identité commune africaine. Au-delà des initiatives privées, dans ce sens, il y a des actions à mener et des initiatives à prendre au plus haut niveau.

Dans la grammaire géopolitique actuelle, quels sont les pays qui doivent recourir à un re-branding ?
Particulièrement les pays en Afrique, qui souffrent toujours de stéréotypes, de prénotions et de jugements de valeur, qui malheureusement ont la vie dure. Vous savez, jamais un continent n’a été aussi dynamique, aussi en mouvement et en situation que le continent africain. L’Afrique bouge et ne correspond plus à cette Afrique «mal partie», à cette Afrique «qui refuse le développement».
Les Afriques d’aujourd’hui ne correspondent plus à ces Afriques qu’on enseignait dans les livres et regardait au cinéma. Et il faut «vivre les Afriques» pour s’en apercevoir. Les Afriques actuelles ne veulent plus s’offrir à la mondialisation, mais s’ouvrir à la mondialisation. Les Afriques actuelles ne veulent plus rester des enjeux des acteurs, mais comptent devenir de véritables acteurs. Vous savez, pendant la colonisation, nous étions considérés comme des esclaves. Durant la Seconde Guerre mondiale, comme des soldats.
Pendant la construction de l’Europe, comme de la main-d’œuvre. En cette mondialisation, comme un marché, comme des consommateurs. Mais nous ne sommes pas qu’un marché et des consommateurs, même si nous sommes la nouvelle frontière de l’économie mondiale. Nous sommes aussi des inventeurs et des producteurs de modèles venus du Sud. Et le mobile banking et notre capacité à domestiquer les outils-monde et notre capacité à réinventer la finance (la finance solidaire) en sont une parfaite illustration. Les Afriques ont du talent et du génie. Et cela, on le démontre chaque jour où nous sommes en situation et en mouvement.
Mais cela ne suffit pas, il nous faut aussi communiquer, partager et vulgariser les «success-stories» africaines sur le continent. Communiquer sur cette dynamique nouvelle en mouvement en Afrique ne revient pas à masquer l’immense problème d’aggravation des inégalités croissantes, du chômage ou de l’exclusion, ni à perdre de vue le grand déficit en infrastructures, l’insuffisance du capital humain, et les problèmes de gouvernance et d’ordre institutionnel qui entravent l’entrepreneuriat et l’investissement sur le continent. Vanter la nouvelle résilience de l’Afrique ne signifie pas passer sous silence ses vulnérabilités internes et externes. 

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