GéoPolis

Revendications identitaires

Brexit et séparatismes : quels enjeux ?

author LE MATIN

En 2014, l'Écosse avait voté, lors de son propre référendum, en faveur du maintien dans le royaume. Dans la foulée de la déconfiture des séparatistes écossais, plus d’un s’interrogeait sur la pertinence du projet de souveraineté. L’idée qui prévalait était que les souverainistes avaient du pain sur la planche et qu’ils allaient devoir trouver d’autres arguments que l’appartenance culturelle et le danger identitaire pour rassembler les populations et fonder leur aversion de l’union et de l’unité d’une nation, d’une patrie. Une telle tâche s’avérait ardue. Après le Brexit, la question de l'indépendance est reposée, d'autant plus que les Écossais ont largement voté pour le maintien dans l'Union. Au-delà des slogans faciles et des calculs abracadabrants, quel serait aujourd’hui le bénéfice réel de la souveraineté ?

Près de 10 jours après l’accord favorable des Britanniques pour une sortie de l’Union européenne, de nombreuses voix se font encore entendre. Une assemblée réunie à Carlton Terrace veut comprendre. Elle regroupe une centaine de personnes, toutes des Remainers convaincues – des élus, travaillistes, conservateurs, et des journalistes – suite à la défaite de leur camp, celui du «Remain». Avec la victoire du «leave», Cameron pourrait alors entrer dans l'histoire comme le Premier ministre qui a contribué à briser le Royaume-Uni et qui a attisé de nouveau les envies séparatistes. À commencer par la montée du nationalisme en Écosse et ses conséquences sur la survie du Royaume-Uni. Les indépendantistes catalans estiment à leur tour que le Brexit et la perspective d'un nouveau référendum d'autodétermination en Écosse donnaient des arguments à leur camp, réclamant une nouvelle fois la tenue d'un référendum dans leur riche région du nord-est de l'Espagne. Les répercussions en France étaient immédiates, le Front national souhaitant enclencher un Frexit en incitant les Français à emboiter le pas aux Britanniques.

Commençons par un éclairage sémantique : l’indépendantisme ou le séparatisme est un mouvement politique qui consiste pour un peuple à revendiquer son indépendance relativement à un État plus grand dont il dépend. Il vise la sécession d’une province ou d’un territoire par rapport au pays auquel il appartient. Une situation qui se traduit pour un territoire, une région ou une localité, par le fait d’avoir son propre gouvernement et de s’auto-diriger.

Un pareil mouvement se développe dans les territoires colonisés ou considérés comme tels. Les revendications indépendantistes peuvent évoluer vers l’autonomisme ou aller plus loin, se radicaliser et évoluer plus de souverainisme et pour une accession du territoire en question au statut d’État souverain. Le principal argument invoqué par les mouvements sécessionnistes est que leur région prospère en a assez de «subventionner» soit leur gouvernement central, soit d’autres régions plus pauvres. Les jeunes ne semblent guère partager cet avis. Le référendum sur le Brexit était un vote générationnel. Plus europhiles, les jeunes Britanniques ont largement voté pour le «Remain», contrairement à leurs aînés, plus nombreux à pencher pour le «Leave». (D'après le sondage YouGov, 75% des 18-24 ans ont voté pour rester dans l'UE, tandis que 53% des 50-64 ans ont voté contre, tout comme 59% des plus de 65 ans.). Cette tendance au rejet de l’idée du souverainisme dans les rangs des jeunes ne date pas du referendum sur le Brexit. Les résultats d’un grand sondage réalisé en mai 2014 (par CROP pour le compte de la presse au Canada), auprès de 500 jeunes de 18 à 24 ans, montrent qu’une large majorité des jeunes Québécois rejette l’idée que le Québec devienne un pays souverain. Le Parti québécois (PQ) ne recueille que 16% des intentions de vote de cet électorat jeune et 69% des répondants auraient voté Non à un référendum sur la souveraineté. Dans une autre étude réalisée en avril 2014, par le biais d’un sondage politique provincial lors de la campagne électorale de 2014 auprès de 1.220 répondants âgés de 18 ans et plus dans toutes les régions du Québec, le PQ était quatrième chez les 18-24 ans et en troisième place chez les 25-44 ans. Une tendance mise en évidence aussi lors du Brexit.


Au-delà des slogans faciles et des calculs abracadabrants, quel serait aujourd’hui le bénéfice réel de la souveraineté ? À l’ère de la mondialisation et des régionalisations, le séparatisme est devenu un accessoire identitaire, largement emblématique et ultimement contre-productif. Des penseurs, des philosophes,
des essayistes et des politologues se sont interrogés à ce sujet.

Et les questions fusent : est-ce que la souveraineté mettrait l’économie du Royaume-Uni, du Québec, de l’Écosse ou de la Catalogne à l’abri des fluctuations de l’économie mondiale ? L’exclusion subséquente de certains de l’Union européenne, du G7 ou du G20 augmenterait-elle leur influence et leur poids économique ? Comment leur indépendance améliorerait-elle les finances publiques ? Le service dans les hôpitaux ? Comment réduirait-elle le décrochage scolaire ? Un Royaume-Uni, Une Écosse, Une Catalogne et un Québec souverains n’auraient-ils pas, par ailleurs, à affronter – comme la France, l’Allemagne, les États-Unis et d’autres pays indépendants – les mêmes risques écologiques ? À l’heure de l’ouverture et des échanges académiques, culturels et commerciaux, la règle de la réciprocité ne s’imposerait-elle pas au même titre aux entrepreneurs, aux chercheurs et aux artistes britanniques, écossais, catalans et québécois que leurs homologues à travers le monde ? Seront-ils à l'abri d’une rude concurrence ?
Le vrai challenge réside donc dans la construction d’une communauté européenne capable, au-delà de l’État-Nation, de porter un projet collectif dont dépendra la puissance et l’hégémonie dudit territoire.
Il est communément admis que l’existence d’une identité est conditionnée par le partage d’un
minimum commun.

Il serait, en effet, quasiment impossible d’appréhender un espace, quel qu’il soit, si l’on ignore non seulement son histoire, mais plus encore, si on rejette toute idée de territorialité matérielle ou immatérielle ou toute idée de temporalité propre. Réussir un tel exercice revient à faire d’un territoire un lieu de réappropriation des différents héritages multicivilisationnels de façon à se construire un avenir commun qui puise ses fondements dans les valeurs et les particularités de ce patrimoine collectif. L’objectif serait, donc, d’éviter toute dilution dans «le temps mondial» selon l’expression de Zaki Laïdi.

Sur le continent européen, où se concentre une grande majorité des séparatistes, peut-être que les Européens devraient s’attacher à répondre à la question de savoir «qui ils sont», s’il existe une identité européenne à même d’unifier les peuples, de façon à limiter l’anxiété des conservateurs qui s’inquiètent de la montée de l’immigration, à améliorer la lutte contre la discrimination et la xénophobie et, in fine, réussir les politiques de lutte contre le racisme. Construire une société européenne passe nécessairement par l’utilisation de l’histoire et de la culture partagée pour une meilleure compréhension entre les peuples du continent, le message culturel deviendrait alors un symbole très politique.

La culture est un sujet éminemment géopolitique, elle soulève en effet des compétitions pour se maintenir et s’étendre sur des territoires. Le mot culture allait faire son entrée sur la scène géopolitique quand les penseurs allemands ont commencé à valoriser le «génie national» sous l’expression allemande de Volksgeist, manifestant la cohésion du peuple. Dans les années 1980, les géographes anglo-saxons utiliseront plus le vocable «place» au lieu de «territory» pour que, quand on aborde la notion de territoire, celle-ci englobe aussi bien l’aspect politique, culturel que social. Plus que par le passé, la notion de territoire devient de plus en plus liée à la notion d’identité sous l’effet de la mondialisation, dans le sens où le territoire est relié à l’identité culturelle des populations qui y sont installées. Pour les tenants de la géographie culturelle, le territoire est un espace symbolique défini par la relation d’un groupe avec l’aire dans laquelle il évolue.

Dessiner une bonne trajectoire de l’interculturalité installerait les divergences dans un cadre commun qui permettrait de les dépasser et de découvrir une unité européenne dotée d’une force de rayonnement d’une civilisation millénaire. Jean Monnet avait dit, en parlant de la construction européenne : «Si j’avais su, au lieu de partir du charbon et de l’acier, j’aurais commencé par la culture.» 


Séparatisme : le point de vue londonien

Les Londoniens ont voté à environ 60% en faveur du maintien du Royaume-Uni au sein de l'Union européenne. Un point de vue partagé par les experts de Dorval Asset Management, acteur référent de la gestion à vocation patrimoniale : «Le Brexit est un Lehman Brothers politique, mais pas un choc économique et financier immédiat, sauf pour le Royaume-Uni.» Un «Lehman politique», cela signifie que, de la même façon que la banque américaine avait entraîné d'autres établissements financiers dans sa chute, le Brexit risque de faire école dans d'autres pays de l'UE.
De son côté, le collaborateur parlementaire français Jean Paul-Hugo a affirmé qu’«Au-delà de l'Europe, le référendum britannique sanctionne un modèle de société devenu inhumain. Qu'il soit économique ou politique. Reste aux humanistes européens de défendre la paix, combattre la haine». Tim Farron, le leader des Démocrates libéraux, a publié «C'est notre futur. Nous voulons rester en Europe pour toujours ! La marche pour la Grande-Bretagne en Europe !»

Séparatisme : le point de vue catalan

Les partisans de l'indépendance de la Catalogne, région de 7,5 millions d'habitants, réclament depuis plusieurs années un vote sur le modèle du référendum organisé en Écosse en septembre 2014, où 55% des électeurs s'étaient prononcés contre l'indépendance. Nicola Sturgeon, Première ministre de cette région septentrionale du Royaume-Uni, a évoqué la possibilité d'un nouveau référendum, après que l'Écosse a voté à plus de 60% pour le maintien du Royaume-Uni dans l'UE, à rebours de l'ensemble du pays, qui l'a rejeté à 51,9%.
Plusieurs points de vue favorables au séparatisme ont été affirmés. Le président catalan, l'indépendantiste de centre droit Carles Puigdemont, a lancé que «La démocratie a gagné, car le peuple britannique a pu voter». Le chef de la liste séparatiste catalane «Démocratie et liberté» aux dernières législatives espagnoles, Francesc Homs, a soutenu que «La démocratie n'est jamais une mauvaise solution». Ainsi, l’indépendantiste de gauche Gabriel Rufian a déclaré : «Nous aimerions avoir un homme politique de droite comme Cameron qui a appelé aux urnes deux fois». Parmi les quatre principaux candidats aux législatives de dimanche, seul Pablo Iglesias (Unidos Podemos, gauche radicale) est favorable à un référendum d'autodétermination de cette riche région du nord-est de l'Espagne. Rappelons que la Catalogne est gouvernée par une coalition indépendantiste, appuyée par une majorité fragile et hétéroclite au parlement régional, allant de la droite à l'extrême gauche.

Bouchra Rahmouni Benhida
Professeur à l’Université Hassan Ier, elle est aussi visiting professor aux USA, en France et au Liban. Ses travaux de recherche lui ont permis d’intervenir dans des forums mondiaux et des special topics dans des institutions prestigieuses à Hong Kong, en France, au Liban, aux Emirats arabes unis et en Suisse. Elle compte à son actif plusieurs ouvrages : «L’Afrique des nouvelles convoitises», Editions Ellipses, Paris, octobre 2011, « Femme et entrepreneur, c’est possible», Editions Pearson, Paris, novembre 2012, « Géopolitique de la Méditerranée », Editions PUF, avril 2013, «Le basculement du monde : poids et diversité des nouveaux émergents», éditions l’Harmattan, novembre 2013 et de « Géopolitique de la condition féminine », Editions PUF, février 2014. Elle a dirigé, l’ouvrage «Maroc stratégique : Ruptures et permanence d’un Royaume», éditions Descartes, Paris, 2013.

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