Le parcours, qui se déploie en onze sections chrono-thématiques, est avant tout un panorama pluridisciplinaire de l’œuvre de Pablo Picasso. L’ensemble des techniques et des styles qu’il s’approprie sont mis en lumière à travers la question du modèle, que l’artiste n’a eu de cesse d’explorer tout au long de sa vie et qu’il a plié à toutes les métamorphoses. Des années de jeunesse jusqu’aux derniers autoportraits, «Face à Picasso» est l’occasion d’une réflexion sur la notion, riche d’une histoire pluriséculaire, de «modèle». Dans l’œuvre de Pablo Picasso, elle est parfois prétexte : si les portraits de famille et d’amis proches peuplent les premières œuvres de l’artiste, les années de jeunesse témoignent déjà d’un vif intérêt pour le traitement de la figure humaine, qui demeure le véritable sujet de toutes ses expérimentations formelles. Le travail préparatoire aux «Demoiselles d’Avignon» (1907, New York, Museum of Modern Art), dont plusieurs études sont rassemblées dans l’exposition, tout comme l’élaboration de ce nouveau langage plastique qu’est le cubisme sont autant d’interrogations sur le corps et ses représentations.

À travers le thème de l’artiste et son modèle, Picasso regarde et réinvente des traditions iconographiques longues de plusieurs siècles. «Face à Picasso», les peintres du passé deviennent eux aussi des modèles, sources d’inspiration inépuisables, comme en témoigne la série autour du «Déjeuner sur l’herbe» d’après Manet. Plus largement, le motif de la muse entre le modèle et la femme aimée prend, dans l’œuvre de Picasso, une ampleur inédite, comme en témoignent les séries essentielles que sont la «Suite Vollard» ou, plus tard, la «Suite 347». Des ensembles comme les photographies de Dora Maar laissent entrevoir les vies qui se cachent derrière les portraits du maître et permettent de définir le modèle comme une personnalité active, au rôle essentiel dans la mise en œuvre des processus créatifs picassiens.

Enfin, à travers les face-à-face de l’artiste et du modèle peut être observé, en creux, le regard que Picasso porte sur sa propre activité. L’omniprésence du thème, que certains historiens de l’art ont même qualifié de «genre en soi», est en vérité l’écho de la première obsession de Pablo Picasso : le geste créateur, incarné tour à tour par le motif récurrent de l’atelier ou les autoportraits, avoués ou déguisés, qui peuplent les peintures et les dessins de l’artiste. Alors que sont dévoilées de nombreuses œuvres iconiques comme «La Fillette aux pieds nus» (1895), «La Femme aux mains jointes» (1907), «La Lecture» (1932), «La Cuisine» (1948), «La Femme enceinte» (1959) ou «Le Jeune Peintre» (1972), les aspects sériels et pluridisciplinaires de la production picassienne sont eux aussi questionnés. Les nombreuses femmes au fauteuil que l’on retrouve tout au long du parcours d’exposition en témoignent : des portraits peints et solennels aux longues séries de gravures et de dessins, les inventions de Picasso sont l’expression d’une liberté absolue. Soulignons enfin que cette exposition est organisée par la Fondation nationale des musées en collaboration avec le Musée national Picasso-Paris.