Le Matin : Quel diagnostic faites-vous de la situation de l’eau au Maroc actuellement ?

Ahmed Iraqi : Pour résumer la situation de l’eau au Maroc, on peut parler de 150 milliards de m³ de précipitations chaque année, d’un potentiel de mobilisation de ces eaux à hauteur de 21 milliards de m³ et d’une consommation avoisinant les 14 milliards de m³. Il s’agit là d’une réalité qu’il faut gérer. En ce qui concerne les barrages, malheureusement leur gestion reste toujours favorable aux gros propriétaires terriens et c’est d’ailleurs là le point de départ de la loi sur l’eau élaborée en 1995. Dans cette loi, nous avons essayé de rendre équitable la distribution de cette eau mobilisable. On a d’ailleurs mis en route le Conseil supérieur de l’eau afin de définir une stratégie de l’eau ainsi que les agences des bassins pour veiller sur sa distribution.

Et qu’est-ce qui s’est passé depuis ?

Malheureusement, depuis 1995 et jusqu’à aujourd’hui, le Conseil supérieur dont la mission est politique ne s’est réuni que très rarement et les agences du bassin se sont retrouvées obligées de gérer en fonction des lois antérieures. Ainsi, l’eau des barrages a continué à bénéficier aux gros propriétaires terriens alors que la gestion de l’eau consommable a été déléguée à des agences privées. 

Ces agences reçoivent l’eau en contrepartie d’un montant dérisoire. Cette même eau est revendue aux consommateurs à des prix élevés. Donc je peux dire que la problématique est encore à résoudre et il va falloir revenir à un projet partagé de gestion de l’eau.

Peut-on aujourd’hui parler d’une pénurie d’eau au Maroc ?

Oui effectivement, on peut parler d’une pénurie de l’eau, mais qui est aggravée par la mauvaise gestion des ressources. À mon avis, il faut revenir à la loi et essayer de l’appliquer dans les règles de l’art. Il y a beaucoup de compétences qui ont beaucoup à apporter dans ce sens, mais le problème reste ouvert sur le meilleur comme le pire. Aujourd’hui, le Chef du gouvernement s’est emparé du dossier après les instructions royales données dans ce sens. On verra dans les prochains jours ce qu’il pourra apporter à une problématique aussi simple que compliquée.