Le Matin : L’Italie est l’invité d’honneur de la 12e édition du Salon international de l’agriculture au Maroc. Comment se déclinera la participation italienne ?
Roberto Natali : La participation «spéciale» de l’Italie à la 12e édition du SIAM représente une occasion extraordinaire pour développer davantage les relations de partenariat entre l’Italie et le Maroc dans le domaine agricole. En fait, c’est un secteur où mon pays exprime une expertise technologique reconnue au niveau international et qui correspond très bien aux nécessités du Maroc. L’ambassade d’Italie, en collaboration avec l’Agence italienne pour le commerce extérieur (ICE) de Casablanca et Verona Fiere, a coordonné la participation de 60 entreprises italiennes et la réalisation d’un Pavillon national (avec une extension de plus de 600 m2) dans le pôle international du Salon.
Les secteurs principaux d’activité des entreprises au SIAM concernent la mécanisation agricole, l'équipement et les outils, les ferments et les engrais, le matériel zootechnique, le fourrage, le matériel de construction agricole, les produits de pépinière, la machinerie pour la conservation et le traitement de produits alimentaires. Dans le cadre de notre participation en qualité de pays à l’honneur, les institutions italiennes au Maroc organisent aussi un séminaire sur «la technologie italienne pour un développement durable de l’agro-industrie au Maroc», afin de promouvoir la duplication des expériences de collaboration gagnant-gagnant déjà développées dans certains secteurs. Une cérémonie d’inauguration du Centre technologique italo-marocain des viandes rouges de Meknès est prévue à la fin du séminaire.
En octobre 2014, l'Agence italienne pour le commerce extérieur avait signé avec l’ONSSA (Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires) un protocole d'accord qui a conduit, grâce à la contribution décisive du ministère du Développement économique italien, à la création dudit centre, nommé Bio Beef, pour le traitement de la viande rouge. Plus précisément, il s’agit d’un groupe de vingt machines (Made in Italy) pour le traitement de la viande bovine et sa transformation en saucissons, produits par cinq entreprises italiennes et installées dans le centre Bio Beef, où même des activités de formation en faveur des employés sont effectuées.

Votre pays est le troisième pays agricole de l’Union européenne. Pouvez-vous dresser un bref panorama de l’agriculture ?
L’agriculture représente un secteur clé pour l’économie italienne et se caractérise par une offre de produits diversifiée, des standards de qualité très élevés et l’appréciation du «Made in Italy». Avec une production agricole nationale d’environ 50 milliards d’euros, l’Italie est le troisième pays agricole de l’Union européenne et l’un des leaders mondiaux de l’agriculture biologique en Europe et dans le monde. La péninsule connaît des conditions naturelles (sols et climats) variées et normalement favorables et ses structures de production sont petites et nombreuses. L’Italie est très impliquée dans les productions sous signes d'identification de la qualité et de l'origine ; elle compte le plus grand nombre d'appellations d'origine protégée (AOP), d'indications géographiques protégées (IGP) et de spécialités traditionnelles garanties (STG) de l’Union européenne. Il s’agit du 1er producteur européen de riz et de fruits et légumes, dont la gamme inclut toutes les productions continentales et méditerranéennes. L’huile d’olive est aussi une autre production emblématique et d’excellence de mon pays.
L’industrie agroalimentaire représente en Italie le 2e secteur industriel après les industries métalliques et mécaniques. Les principales branches de l’industrie agroalimentaire italienne sont l’industrie laitière, le secteur vinicole, l’industrie des pâtes et la meunerie. Ce secteur industriel se caractérise par un grand nombre de structures de taille modeste, souvent familiales et artisanales. On retrouve aussi les grands groupes avec un chiffre d’affaires supérieur à 1 milliard euros, tels que Barilla et Ferrero, ainsi qu’une multitude de petites et moyennes entreprises fédérées autour du produit au sein d’un consortium support (Prosciutto di Parma, San Daniele, Parmigiano Reggiano, Grana Padano, etc.).
Les productions agroalimentaires, dont les exportations ont augmenté de 70% en 10 ans, constituent l’un de fers de lance du gouvernement italien pour la promotion du «Made in Italy» dans le monde entier. Le choix du thème de l’exposition universelle de Milan en 2015 «Nourrir la planète, énergie pour la vie» a aussi permis d’utiliser cette manifestation comme un puissant outil pour la mise en avant des savoir-faire italiens en matière agricole et
agroalimentaire.

Au sein de l’Union européenne, l’Italie est le pays qui compte le plus grand nombre d'appellations d'origine et d'indications géographiques protégées. Le Maroc a également lancé un programme du Plan Maroc Vert de protection de certains de ses produits agricoles. Y a-t-il une collaboration entre les deux pays dans ce domaine ?
Dans le secteur de l’agriculture et de l’agro-industrie, les institutions des deux pays entretiennent un dialogue constant et très efficace et travaillent ensemble afin de soutenir et renforcer les échanges commerciaux et pour encourager les investissements et le transfert de technologie vers le Maroc. L’expertise italienne en matière agricole et la qualité des machines italiennes sont reconnues au niveau mondial. La participation de l’Italie au SIAM 2017 en qualité de pays à l’honneur est une preuve de l’attention particulière que le Maroc réserve aux entreprises italiennes du secteur qui présentent un modèle de collaboration commerciale pour un avantage réciproque. Les institutions de nos deux pays vont donc continuer leur coopération dans ce domaine qui sera plutôt finalisé pour renforcer les contacts entre les secteurs privés et favoriser les échanges d’expertise entre petites et moyennes entreprises marocaines et italiennes.
Le Maroc connait bien le rôle joué par l’Italie en tant que pays promoteur d’une philosophie de production basée sur le respect de la nature, de l’environnement et des modalités de production traditionnelles. Nous sommes toujours disposés à partager avec nos partenaires marocains notre expertise en matière de systèmes transparents et corrects d’appellations d’origine protégée et d’indications géographiques. Les structures compétentes de deux pays sont déjà en contact, notamment pour faciliter un développement plus fort de l’agriculture biologique au Maroc. En particulier, le ministère de l’Agriculture italien a développé une collaboration très efficace avec l’Office national de sécurité sanitaire et des produits alimentaires marocain qui a conduit récemment à une visite sur place des fonctionnaires de l’ONSSA à certaines pépinières en Italie.

Quels sont les produits agricoles marocains qui intéressent le plus les consommateurs italiens ? Quel est le volume d’échanges de produits agricoles entre les deux pays ?
Le volume des échanges commerciaux de produits agricoles et alimentaires entre nos pays avoisine les 300 millions d’euros, avec un solde positif de 72% pour le Maroc, c’est-à-dire que l’Italie représente pour nos partenaires marocains un client important qui en 2016 a importé plus de 200 millions d’euros de produits alimentaires, notamment poissons, fruits de mer et mollusques traités et conservés (214 millions exportés par le Maroc en 2016) ; fruits et légumes transformés et conservés (20 millions). Pour ce qui concerne les machines agricoles, l’Italie est plutôt fournisseur du Maroc, avec un volume des échanges d’environ 23 millions d’euros et avec une présence de tracteurs italiens qui dépasse les 30% du segment de marché.