Sommet américano-russe

Les États-Unis filent un mauvais coton en Syrie, selon Moscou

,LE MATIN
16 Juillet 2017
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Une rencontre au sommet américano-russe devrait avoir lieu ce lundi à Washington pour mettre sur la table leurs multiples contentieux. Le numéro trois du département d'État, Thomas Shannon, accueillera le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov. Les deux responsables devraient discuter de la Syrie.

La réunion de Washington intervient au moment où les Forces démocratiques syriennes (FDS), soutenues par les États-Unis, ont pris le contrôle de près de 42.000 km² de territoire suite à des combats contre l'État islamique (EI). Les FDS, une alliance regroupant des combattants kurdes, arabes et syriens, dirigée par les miliciens kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), ont pris de nombreux territoires dans le nord de la Syrie suite à des combats les opposant au groupe EI. Les forces ont remporté leur plus récente victoire au nord du pays, dans la ville de Raqqa, bastion de l'EI. Il faut préciser que la décision du Président Trump de fournir des armes aux Kurdes syriens, qui combattent l'État islamique, marque un changement déterminant dans la géographie politique du Moyen-Orient : les États-Unis choisissent de soutenir leur allié kurde en Syrie, faisant fi de la Turquie qui veut à tout prix empêcher l'établissement d'un État kurde indépendant.

Pour sa part, Ankara estime que le Parti de l’Union démocrate ainsi que sa branche armée, YPG, sont des organisations terroristes liées au PKK, autre groupe terroriste kurde. En même temps, les Américains essaient de rassurer les Turcs en leur garantissant que les nouvelles armes ne seront utilisées que contre l'EI et que la quantité de munitions livrées sera limitée à ce qui est nécessaire pour cette opération. Et en effet, les Turcs craignent que les armes soient remises au PKK et utilisées contre leur armée. Les Kurdes syriens, eux, craignent qu’après la défaite de l'EI les États-Unis n'aient plus besoin d’eux et reviennent à leur ancienne alliance avec la Turquie, une grande puissance qui reste membre de l'OTAN. Cela les laisserait vulnérables dans le cas d’une attaque terrestre turque visant à détruire leur demi-indépendance. Pour Mevlüt Cavusöglu, ministre turc des Affaires étrangères, chaque arme obtenue par l’YPG est une menace pour la Turquie. «Le PKK et l’YPG sont toutes deux des organisations terroristes. Chaque arme saisie est une menace pour la Turquie», dit-il. Il n'y a pas longtemps, le premier vice-président de la Douma (Parlement russe), Ivan Melnikov, avait déclaré que les États-Unis filaient un mauvais coton. Le comble, a-t-il affirmé, c’est que «le temps a montré que les États-Unis jouent un double jeu en ce qui concerne la Russie», ajoutant que «pour répondre à leurs intérêts, les États-Unis soutiennent directement ou indirectement les forces de destruction, les partisans du sang et du chaos. Ils veulent protéger un grand nombre de terroristes et les garder pour leurs actions inavouées. Tout cela est devenu très apparent maintenant», avait conclu Ivan Melnikov.

Certains observateurs affirment que la raison pour laquelle les États-Unis ont financé et soutenu à la fois Daesh et les forces kurdes était qu’ils voulaient se servir de l'EI, qui est une organisation de guérilla, pour ensuite découper une tranche de Syrie à occuper sous le prétexte d’y former un état kurde indépendant. En prévision de quoi d’ailleurs, des représentants de la «région autonome kurde» ont annoncé anticonstitutionnellement et unilatéralement sa fédéralisation. Cette situation confirme l’approche sécuritaire de «chaos contrôlé», privilégiée par les Américains.
Cette théorie affirme que la démocratie est par définition incompatible avec le chaos et que, par conséquent, le système démocratique est idéal pour maintenir la paix dans les relations internationales. Et puisque les États-Unis sont le parangon de la démocratie à l’échelle globale, ils sont tout simplement obligés de faire baisser le niveau d’instabilité en aidant à transformer les régimes autoritaires en démocraties, c’est-à-dire en contrôlant le chaos. La pratique de ce contrôle suppose l’affaiblissement de tel ou tel État, en minant ses possibilités économiques et politiques sans recourir à la force.





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