Le numéro vert destiné à recevoir les appels dénonçant les cas de corruption a-t-il atteint ses objectifs ? A-t-il contribué à impliquer les citoyens dans la lutte contre ce fléau ? Il est difficile de répondre à ces questions à peine une année après son lancement. Mais d’ores et déjà, il est clair que la mise en place de ce service n’a pas encore connu le succès escompté par ses initiateurs. En effet, sur toute une année, seuls 19 dossiers ont été déférés devant la justice, qui a engagé des poursuites judiciaires. Les personnes impliquées ont été arrêtées et condamnées. Le bilan est donc mitigé pour une plateforme censée soutenir le circuit traditionnel de dénonciation qui consiste à porter plainte auprès de la police judiciaire ou du procureur du Roi. Pour en savoir plus sur ce sujet, nous avons contacté Abderahmane Lamtouni, magistrat, chef du service des crimes financiers et économiques au ministère de la Justice.

Pour ce responsable, le nombre réduit des dénonciations est à attribuer à la nature des appels qui manquent dans certains cas de sérieux ou sont hors sujet, notamment les demandes de renseignement, la dénonciation d’autres actes que la corruption ou les dénonciations qui ne peuvent pas aboutir à des poursuites. «Nous recevons chaque jour près de 500 appels, dont seulement 2% concernent des dénonciations réelles», nous confie M. Lamtouni. En effet, tandis que le circuit traditionnel de dénonciation enregistre chaque année plus de 6.000 réclamations aboutissant à des poursuites, le numéro vert reste très peu sollicité par les citoyens. Il faut dire aussi que la nature même du dispositif n’est pas encourageante. En effet, la ligne est souvent occupée, car seuls trois magistrats se chargent de réceptionner des centaines d’appels.

Un dispositif qui est appelé à changer selon M. Lamtouni, puisqu’un centre d’appel en bonne et due forme sera mis en place prochainement. Un appel d’offres sera d’ailleurs bientôt lancé pour choisir la société qui serait chargée de l’aménagement de cette plateforme. Par ailleurs, une vingtaine de cadres relevant du ministère de la Justice seront affectés à cette nouvelle plateforme et seront chargés de répondre aux appels et de les trier. Selon M. Lamtouni, les réclamations «hors sujet» seront également prises en considération et traitées.