Il y a des livres qui ont pour objectif de provoquer des changements socioculturels et politiques et dont les auteurs font partie des écrivains engagés qui cherchent à trouver de nouvelles voix ou voies dans et pour la société marocaine, comme le disait Babana Hampton, dans son ouvrage «Réflexions littéraires sur l’espace public marocain». Siham Benchekroun fait partie de ces auteurs engagés qui relatent amplement les abus contre les droits de l’Homme. Après son premier roman, «Oser vivre», puis «A toi», «Les Jours d'ici», entre autres, Siham Benchekroun a coordonné la publication, en mai dernier, d’un nouvel ouvrage collectif sur un sujet très polémique dans la société marocaine «L’héritage des femmes au Maroc». Certes, le sujet semble faire l'objet de beaucoup de traitement et ne représente plus un tabou comme par le passé, mais le livre l’aborde d’une manière quelque peu scientifique, selon Siham Benchekroun. Ainsi, plus de huit mois après la publication de cet ouvrage qualifié de «pluridisciplinaire», les co-auteurs ont décidé de communiquer autour et d’en débattre avec les étudiants. Dans ce cadre, une journée d’étude a eu lieu, mercredi à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales – Aïn Chock de l’Université Hassan II – Casablanca (FSJES). La rencontre a réuni également des chercheurs de plusieurs disciplines notamment des sociologues, des économistes, des juristes et des théologiens qui ont débattu de la question des droits de la femme tout en ayant pour point de départ l’ouvrage «L’héritage des femmes au Maroc».

Présidant la séance d’ouverture de cette journée, le doyen de la FSJES, Abdellatif Koumat, a souligné que le monde universitaire est interpellé par ces questions d’ordre social, ce qui explique les raisons d’abriter cette rencontre. Pour sa part, la coordinatrice de l’œuvre collective est revenue sur les raisons, plutôt personnelles, qui l’ont poussé à travailler sur ce sujet et à chercher à convaincre les autres co-auteurs de l’accompagner. L’un des co-auteurs, Fouzi Mourji, a évoqué le volet économique à travers une «analyse économique de la situation de la femme au Maroc». Selon lui, «l’objectif est de recourir aux outils de la science économique pour décrire et analyser la situation des femmes et les chances d’épanouissement qui leur sont offertes au Maroc, aux divers stades de l’existence humaine», a-t-il dit. Dans ses conclusions, il relève que les femmes souffrent plus de la précarité que les hommes. Car, les prétendues prises en charge par les «mâles» de la famille ne sont pas «effectives», soutient-il.
Juriste et docteure en science politique, Fatiha Daoudi a, elle, décortiqué la question de l’accès des femmes au patrimoine par voie successorale. Elle affirme ainsi qu’il y a une mise en œuvre de politiques publiques contre les coutumes discriminatoires, mais «il n’y a encore aucun débat officiel sur le caractère inégalitaire des règles successorales, malgré la mutation sociétale et malgré le recours fréquent au contournement. Un accès égalitaire à la propriété immobilière par la voie successorale participera à la lutte contre la précarité économique des femmes, optimisera leur autonomie financière et leur permettra de participer au développement du pays», estime-t-elle.
Une autre partie de ce débat a porté sur les enseignements des approches théologiques. Youssef Kellam, docteur en Religions comparées de Dar El Hadith El Hassania, a parlé du sujet de «L’ijtihad à propos de l’héritage dans les premiers temps de l’Islam». Le salafiste Abdelouhab Rafiki, présenté comme chercheur en Études islamiques et consultant, a, lui, fait un zoom sur le principe successoral «La règle du Taa’sib» en évoquant les pratiques actuelles.